LA. MISSION DB SOCRATE
rak et unûù&raelle^ patriotique et cosmopoUtôy grecque et humaine. Lui apparot-^lle aussi sous la forme religieuse, conme mîssîen divine, inspirée pur la Divinité ? Cela ne fait ancun doute. Dans toutes ses paroles et ses actions, à tous les moments solennels de sa vie, Socorate parle de sa mission comme d^une mission divine. U se l'est donnée, mus il la lient aussi d'un dieu ou de Dieu. U obéit à un ordre supérieur et à une volonlé qui n'est pas la âeane. Outre le démon dont il sera parié, le passage suivant de V Apologie l'indique parfaitement : c Le Dieu semble m'avoir choisi pour vous exciter et vous aiguilWnner, pour gourmander chacun de vous partout et toujours. Que ce soit la Divinité elleHuéme qui m'ait donné à celte ville, c'est ce que vous pouvez aisément vous-mêmes reconnaître. B (PI., Apol .) Ici, Socrate semble n'èlre qu'Athénien; mais il n'est pas moins citoyen du monde, «'occupant de l'homme général, comme le veut sa méthode. N*a-t-il pas en vue rame humaine, pour la guider et la perfectionner? Dans son propre esprit, qu'il étudie et contemple, ne reconnait-il de l'esprit que le celé individuel non général? N'est-ce pas la raison, ses idées qu'il veut scruter et mettre au jour? (Voy. infra.) Sa régénéralien morale a donc pour but l'humanité. Lui qui, selon son disciple^ itiût ami du peuple, Test aussi des hommes, à la fois Tami du peuple et philanlhrope, xal 87}{aotuo^ xat (piXavOptoxoç âv. {Mém,^ 1, 2.) Sa méthode seule y conduit. Cette réforme a pour caractère essentiel l'universalité. — Le démon de Sacrale est une autre totam du sentiment qu'il avait de cette mission*
X. Le dèmw de Socrate. — 1<* Son importanee; explicatione diverses. — Parmi les singularités de la vie et de la personne de Socrate, la plus frappanle est sans contredit ce qui a été nommé son démon. Ce fait, qui est d'une hante importance, puisqu'il joua un grand r6le dans son procès, a été l'objet de disputes nom^ brenses et d'explications diverses. Il demande d^abord à être précisé. Voici ce qu'en dit Xénopbon :
« U disait qu'un génie lui montrait des ngnes certains de ce qu'il devait faire et de ce qu'il devait éviter. » {Mém.y 1. IV, c. 8.) c 11 pensait, il disait qu'un être, supérieur daignak l'inspirer, et c'était d'après ses avis intérieurs qu'il conseillait à ses amis de suivre le«rs desseins ou de les abandonner. Les uns se sont trouvés bien de l'avoir cru, les autres se sont repentis. x> {Ibid.)
Le langs\ge de Platon est peu différent. Le texte examiné de près, on écarte déjà certaines explications. D'abord, le démon de Socrate
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n'est pas un, être réel et personnel, un démon ou génie familier, avec lequel il converse comme on Ta pensé ; c'est plutôt une voix (<p<ovi9 intérieure, un signe qui Tavertit : to SatfAovtov ov^iieTov (Euthyd.) ; xb Tou 6eou oiqfAeTov (Plat., ApoL). Elle est pour Socrate la voix du génie, <pcov^ tou SatfAov(ou, ou la voix divine et démoniaque, ôeTov ti xa\ BoLi^é^tov, C*est pour lui comme une inspiration soudaine, une divination, ^ eUoOuTa fAot (Aavxtx^ ^ tou SatfAoWou (Plat., ApoL, XXII). C'est donc quelque chose d'impersonnel et d'indéterminé, dont luimême ne se rend pas compte (quiddam divinum : Cic). Cette voix, qui ne se fait entendre qu'à certains moments, se bornait à des conseils. Elle le détournait de certains actes plutôt qu'elle ne dictait des actes à faire. Elle pouvait néanmoins s'étendre à la conduite des autres ou de ses amis ^
Nous ne reproduirons pas toutes les explications qui ont été proposées de ce phénomène. Etait-ce, comme on Va dit souvent, la voix de la conscience qui retentit au fond de l'âme humaine? C'est un côté sans doute ; mais cette explication ne peut suffire. La voix qui conseillait Socrate s'appliquait aussi à des actes utiles. La conscience ne juge que le caractère moral des actes. Le reste est du ressort de la prudence humaine, qui prévoit ou apprécie les suites. Etait-ce une forme de la divination (fxovrtxov t( : Phèdre)^ Peut-être, mais non comme l'entendaient les Grecs. Ici, le devin est à l'intérieur. L'oracle vient du dedans, non du dehors, et cette différence est capitale. Est-ce enfin l'inspiration divine? Sans doute ; mais, encore ici, on doit être fort réservé. Quand Socrate parle de sa mission, il dit 6 ôeoç, le Dieu, non le démon ou le signe démoniaque. Lorsque c'est la voix, le signe accoutumé (tlcDÔuTa fioviOt celle-ci n'est qu'un avis, non un ordre. (Plat., Apol.)
2*» Explication vraisemblable. — Socrate n'est ni un mystique, ni un esprit crédule, ni un enthousiaste vulgaire ; encore moins peut-on le prendre pour un imposteur; mais il croyait à une communication immédiate de Thumme avec la Divinité. Celle-ci, partout présente dans l'univers, Tétait aussi à Tàme ; et l'âme du sage est son vrai sanctuaire. Malgré son bon sens, Socrate n'était pas sans enthousiasme ; il entrait souvent dans une sorte de ravissement et d'extase. Comme tous les grands hommes, il avait foi dans sa mission. Que, dans les moments où l'âme s'exalte, il ait cru entendre au dedans une voix supérieure et divine, c'est un phénomène qui
1. Voy. XéDophoD, Mém., 1, 1; IV, 8; Apol, II. —Platon, Apologie, XXI; Phédon, Théélèle, Théagèt, Philèbe, Phèdre, XX; Euihyphron, Buthydème, Rép., I. — Dioffèoe de Laêrce^ II, v.