‹ La philosophie ancienneChapitre 115 sur 194 · V. — Conclusion : place de Socrate dane l'histoire · texte numérisé non relu

V. — Conclusion : place de Socrate dane l'histoire

Socrate est, en effet, un des grands hommes de l'histoire et un des plus grands. Quiconque a reçu une éducation libérale a présents à la mémoire le nom et le souvenir du sage athénien. Et cependant, on l'a vu, rien, au premier abord, ne frappe dans cette figure. Aucun éclat n'est répandu autour de la personne de Socrate. Il n'a été ni un législateur comme Selon ou Lycurgue, ni un homme d'État comme Périclès, ni un grand capitaine comme Miltiade ou Thémistocle. Il n'a pas, comme Thucydide, Phidias ou Sophocle, laissé de chef-d'œuvre qui atteste son génie. Philosophe, il n'a pas eu de système et n'a même rien écrit. Sauf la catastrophe qui la termine, sa vie s'est écoulée t)aisiblement au milieu d'hommes de toute condition, déjeunes gens surtout, la plupart ses amis et dont quelques-uns à peine se disent ses disciples . Il a passé ses jours à causer avec eux et avec le premier venu de ses compatriotes, à les questionner, à leur donner des avis, à discuter sur toutes sortes de sujets, sans avoir lui-même sur ces questions toujours des réponses bien arrêtées ou qu'il tînt à faire adopter et à enseigner aux autres. Son procès, il est vrai, est compté parmi les plus célèbres, et sa mort a de quoi nous le faire admirer. Hais combien, dans cet instant suprême, ont aussi su montrer du courage ou furent, comme lui, martyrs de leur opinion I D'où vient donc la gloire qui s'est attachée à son nom et qui, depuis tant ie siècles, s'est conservée intacte sans jamais s'éclipser ni même s'affaiblir?

C'est que Socrate, indépendamment de sa vie et de son caractère, a, comme il a été dit, fait accomplir une révolution à la pensée et imprimé à l'esprit humain une direction nouvelle. C'est qu'en

lui se réalise et se symbolise encore un plus grand événement : la fin du monde ancien et le commencement d'un monde nouveau.

Nous devons, en résumant ce qui précède, préciser le rôle de Socrate et marquer la place qu'il occupe dans cette histoire et dans celle de Thumanité.

4° 5a place dans V histoire de la philosophie. — En philosophie, d'abord, dans le domaine de la pensée pure, Socrate, on l'a dit, représente le mouvement de réflexion commencé par les sophistes. Non-seulement il sauve la science, que ceux-ci mettent en péril, mais il la réintègre et l'assoit sur sa base véritable. Cette base, c'est la conscience que l'homme a de lui-môme non comme être sensible et individuel, mais comme nature raisonnable, à ce titre, participant de Vuniversel et le sachant. En d'autres termes, c'est la raison en nous, raison consciente et révélant les idées universelles et nécessaires , condition de toute science et de toute moralité. Socrate, avons-nous dit encore, a trouvé ainsi le point fixe, le fondement solide sur lequel reposent à la fois tout le savoir humain et toute la conduite humaine. Là sont réunies à leur foyer commun ou dans leur principe et à leur source, comme elles y ont leur légitime autorité, la science et la morale, la pratique et la théorie^ distinctes, mais inséparables. — Sous ce rapport, tous les philosophes qui viennent après lui datent de lui et ne font que le continuer. Il en est ainsi des chefs des écoles les plus diverses. Nonseulement ses successeurs les plus directs, Platon et Âristote , mais ceux qui s'écartent le plus de sa doctrine, les épicuriens, les stoïciens, les académiciens et les sceptiques, marchent dans cette voie et lui empruntent sa méthode. Les alexandrins eux-mêmes, dont la philosophie a pour objet suprême l'absolu et qui, pour y atteindre, se servent du procédé opposé, transcendantal ou mystique, les alexandrins, qui après avoir suivi sa méthode l'abandonnent, faisant succéder l'intuition à la réflexion, se rattachent encore à lui, ne fûtce qu'en prenant la connaissance de soi comme point de départ pour s'élever à Dieu et s'absorber en lui. Socrate est donc bien, comme on Ta dit, le fondateur d'une époque ou d'une ère nouvelle en philosophie : il est le promoteur du grand mouvement philosophique qui va suivre et se continuer après lui, qui ne s'arrôtera que quand le monde grec lui-môme sera fini et que la philosophie grecque aura disparu de la scène avec les autres formes de la civilisation ancienne.

2^ Sa place dans l'histoire uniioerselle. — Hais Socrate a une place plus élevée encore et remplit un rôle plus général dans l'bis-

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