‹ La philosophie ancienneChapitre 117 sur 194 · Voy. Hegd, Geicfc. cUr Phil, XIV; Phiî. dir Geteh., IX · texte numérisé non relu

Voy. Hegd, Geicfc. cUr Phil, XIV; Phiî. dir Geteh., IX

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chose D. Mais l'homme, ici, c'esl la raison impersonnelle. L*idée qui s'y révèle a un caractère universel. — 2® Quoiqu'il s'établisse dans la conscience, qu'il l'observe et la contemple en lui-même, il n'y reste pas tout à fait, car il reconnaît à la raison un caractère divin. Moraliste, il est aussi théologien; mais il est surtout moraliste. Socrate remonte an principe de la loi. C'est ce qui apparaît dans sa conception de la loi non écrite.

De plus, son Dieu est un Dieu esprit, vivant et présent dans la conscience humaine. Là est la grande opposition ; on ne peut trop y insister.

Ce qui surtout est, en effet, nouveau, ce qui est menaçant pour le culte et les divinités grecques, c'est ce Dieu vivant, présent partout dans l'univers, présent surtout dans l'homme. Dieu revêtu d*attributs moraux, de bonté, de sagesse, de providence. Les anciens philosophes, Xénophane, Heraclite, l'avaient confondu avec la nature; Anaxagore seul l'avait soupçonné, mais seulement comme principe ordonnateur du monde matériel, non comme esprit résidant dans l'àme de Tbomme. Or ce principe ainsi posé au dedans, c*est l'autorité déplacée et renversée ; elle renverse aussi tout ce qui était placé au dehors : la loi écrite et la loi religieuse, le polythéisme, la tradition, les institutions, l'État lui-même.

3® Conséquences de la révolution socratique. — Que de corollaires, en effet, les uns latents et invisibles, d'autres déjà entrevus et indiqués, sinon déduits et formulés, vont sortir de ce principe, et cela par la vertu même de cette méthode i

On en a vu poindre quelques-uns : 1® les droits de Vindividu en face de TÉtat, le respect et la dignité de la personne humaine; 2* la famille renouvelée, le mariage pris au sérieux, fondé sur une communauté d'intérêts et aussi d'affection mutuelle, ainsi que le comprend le disciple (Xénophon, Economiques)', la femme reconnue égale de l'homme ou de même nature que lui et devant aussi réclamer ses droits; 3"^ la réhabilitation du travail comme condition d'indépendance, de bien-être et de liberté, l'industrie par là relevée et mise à son rang, etc.

Socrate a-t-il voulu ou même entrevu ces conséquences? non sans doute ; mais tout cela est compris dans son principe et doit accoucher plus tard, laborieusement, lentement, dans le cours des siècles. Il en sera ainsi quand l'idée socratique, recueillie et développée par les successeurs, Platon, Aristote, les stoïciens, etc., viendra se mêler au courant religieux de l'idée chrétienne, qui elle aussi con- Jlient les mêmes germes et les mêmes conséquences.

JUGBMBNT GÉNÉRAL SUR SOCRÂTB 177

▼I. — Jag«m«Bt général ■or Boorata ; sa grandeur morale, etc.

I. Jugements divers sur Socràte. — Comme tous les grands hommes , Socrate a été l*objet de jugements très-divers. Nous ne pouvons ni les apprécier ni les reproduire. Laissant de côté ce qui a été dit, en sens opposé, de son rôle et de sa doctrine, des causes de sa mort et de son procès, etc., nous ne nous attacherons ici qu'à un seul point, sa grandeur morale, qui, bien qu'universellement reconnue, n'a pas échappé tout à fait à cette diversité d*opinions. Ecarter tout parallèle au point de vue religieux ou autre est ici la condition de la vérité historique.

n. Sa grandeur morale. — La grandeur morale de Socrate, elle est, sans doute, dans sa mission et dans la manière dont il l'a remplie ; elle est dans la foi qu'il a eue en elle, dans l'inébranlable fermeté de son caractère, la constance avec laquelle il a jusqu'au bout poursuivi sa réforme et l'a accomplie, sans jamais un instant ni fléchir ni dévier. Elle est finalement dans sa mort^ qu^il a volontairement choisie, comme étant non-seulement pour lui préférable à la vie, mais nécessaire à sa cause et au triomphe de son idée {CriUm), Quant à la manière dont cette mort a été subie, il n'y a rien à lyouter sur la fin de ce drame, aujourd'hui, comme il y a deux mille ans, présent à la mémoire des hommes.

Mais ce qui doit le plus nous le faire admirer est de n'avoir mêlé à toute sa conduite aucun motif personnel, je ne dis pas de vanité ou d'orgueil, mais d'estime de soi, ni même aucun souci de la gloire.

Voilà ce que tout esprit dégagé de préjugé reconnaît en lui, depuis le pvemier moment où il apparaît sur la scène de l'histoire jusqu'au dernier où il disparaît. On ne peut saisir dans sa vie, dans ses actes ou ses paroles, rien qui fasse songer à un retour complaisant sur lui-même, rien même qui laisse entrevoir un appel direct ou indirect à la postérité. Ce point étant encore souvent méconnu 1, il convient de le mettre en pleine lumière.

D'abord, et ceci doit être remarqué sur Socrate, aucune existence ne peut être citée, dans toute l'antiquité, qui soit plus concordante

i. c "UApologiê socratique,,» est le dlBOonrs d*an bomme qui parle pour la postérité sans sonci de la vie, tola potieritatU cura et abruptis into blanài^ mêntiê (mots de Tadte sar Othon, Eût,, II, 44). » (Qrote, Bût. dt la Grèce, t. XII, tred. fr., p. 328.) « Cette prévidon de la deroière scène de sa vie, etc^ Cette gloiifloaUoD de ki-môme marquée et btonaDte, etc. » (Ibid,, 334).

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que la sienne. Pas un acte, pas un mot, pas une note qui détonne dans sa ne et qui rompe cet accord, aocompagoé d*ane parfaite et inaltérable sérénité. liais» de plus, Socrate s'est si bien identifié avec le rôle, non qu'il s'est donné, mais qu*îl croit avoir reçu {sup., 123), qu'il s'y oublie lui-même tout entier. Sauf quand il est obligé de parler de lui pour se défendre, il disparaît en quelque sorte à ses propres yeux. Cette personnalité si forte, si ferme, si originale et si calme dans son imperlurbabilité , elle s'efface et s'éclipse toutes les fois que le moi, l'être individuel se trouve en présence de la vérité universelle et divine, dont il est l'interprète et finalement le martyr.

On a dit de Socrate qu'il pose devant ses contemporains et devant la postérité (voy. infra). Un mot plus juste ne pouvait être choisi pour exprimer le contraire de la vérité historique. Le vrai, c'est que Socrate ne pose jamais. S'il pose, c'est devant sa conscience et devant le Dieu qui l'a envoyé et auquel il ne veut pas désobéir {va 6eS) àTTsiÔEiv), selon les paroles de son Apologie (Plat., ApoL). On l'a caractérisé avec beaucoup plus de justesse en disant (Zeller) que son « regard est tourné vers le dedans, non vers le dehors. * Le Dieu, dont la voix en lui retentit, lui parle de l'intérieur. Hais il n'entend rien de ce qui se dit autour de lui, encore moins le bruit lointain des générations futures. Il est insensible à la renommée, indifférent à l'opinion des hommes, du moins à celle du grand nombre, t^ tGv TroXXGv WÇt) {CriU)j qu'il sait être ignorante, souvent injuste, toujours mobile et capricieuse. Ceci même est un point essentiel de sa doctrine. Il le dit et le répète, il préfère l'opinion d'un seul homme sensé et fondée en raison à celle de la multitude*. {Ibid.)

1. « Ce D'est pas d'aujourd'hci seulement que je ne consulte qna ma ralsMi et ne me rends qu'aux motifs qui me paraissent les plus justes, b (PI., Criton,)

« Parmi les opinions des hommes, il en est auxquelles il faut attacher une grande importance, et d'autres qu'il faut dédaigner. » {Ibid.)

« Sur le juste et Tinjuste, le beau et le Idkd, sur le bien et le mal, MâvroDB- Dous et craindrons-nous Vopinion de la mttittfude, ou celle d'un seul homme, tf| T&v neXAûy iâÇri iff rv^ roC ivoç, si nous en trouvons un qui soit habile en ces matières? et ne devrons-nous pas avoir plus de respect et de déférence pour cet homme que poi^r tous les autres ensemble? » (Ikid.)

« Il ne faut donc pas, excellent Criton, nous mettre si fort en peine de ce que le peuple dira de nous, mais bien de ce que dira celui qui connaît le juste et l'injuste. Or ce juge n'est autre que la vérité. • {Ibid,)

c Que ce soit là les considérations de ce peuple qui tue sans motif et qui, ensuite, rappellerait ses victimes à la vie avec aussi peu de raison. » {IHd.)

« Si tu n'as pas de meiUeurs principes à me faire valoir, sache bien que ta ne m'ébranleras pas, quand la multitude irrUée, pour m'épouvanter comme un enfiiDt, me présenterait des fanfiges eDcore plus «flrenses que oelles dont elle

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