XX INTRODUCTION
tion OU d'asphyxie, semblable à la colombe de Kant qui, voulant s*élever au-dessus de l'atmosphère, ne peut plus se servir de ses ailes pour se soutenir.
Autre contradiction. On a beau parler du génie, d*œuvre du génie à propos des systèmes, ce sont de grands mots dont on abuse; si le génie Qsi personnel (et on le dit), si rien iH impersonnel n'est empreint dans ses œuvres, il n'y a pas de science qui consente à reconnaître les droits du génie et sa supériorité. Le génie sera renvoyé à l'art. Sa virtuosité n'a pas de place dans la science et dans sa méthode. Tout au plus celle-ci, la science, consentira-t-elle à recevoir quelques révélations provisoires, restant à l'état d'hypothèses tant qu'elles n'auront pas été vérifiées et démontrées. Mais ce qui est purement personnel, arbitraire et subjectif ne doit pas se rencontrer chez elle. La science vit dans l'absolu. Pour elle les métaphysiciens seront des virtuoses de la pensée, dont chacun joue un air particulier différent selon les temps, les sectes et les écoles, selon le talent de ceux qui cultivent cet art et s'y exercent pour l'amusement de ceux qui aiment ces airs, non pour les savants peu accessibles aux charmes de cette harmonie d'ailleurs assez discordante. Ce qu'il leur faut, ce sont des connaissances exactes, claires, certaines, exemptes de confusion, émanant de procédés non moins sûrs et reconnus de tous. Mais tout ce qu'on dit de la métaphysique comme personnelle conduisant au probable ou au vraisemblable n'a rien qui les séduise et les attire. Tout cela, qu'on le sache bien, n'est propre qu'à déconsidérer la philosophie déjà trop suspecte aux yeux des savants.
Une dernière contradiction à relever, est de donner pour garantie à la métaphysique la vérité morale, ou d'emprunter à la raison pratique son critérium qu'on transporte à la raison spéculative (Renouvier, Secrétan, Hamilton, Harms, etc.).
Cette conception dérivée du criticisme est celle des âmes honnêtes effrayées de l'abhne que creuse autour d'elles l'opinion que j'examine, La raison pratique succédant à la raison théo-
Là SCIENCB BT LA PHILOSOPHIB XXI
rique, Toilà le refuge. Mais il est mal assuré. La logique y voit la plus palpable inconséquence. Cette raison bicéphale, comme on Ta qualifiée, qui ne croit pas d'un côté et qui croit de Tautre, bonne pour les moralistes, comme le sentiment pour les mystiques, est repoussée des savants. L'esprit scientifique n'y Terra jamais qu'une claire contradiction, dont l'esprit critique lui-même qui a inventé cette distinction fait aisément justice. Inaugurée par Kant, préconisée par ses adeptes, sans cesse reproduite, elle n'a jamais pu se soutenir; les plus subtils arguments ne peuvent la sauver de son inconséquence.
Mais ce qui surprend le plus de cette opinion, c'est qu'elle s'imagine expliquer mieux que toute autre l'intérêt qui s'attache à l'histoire de la philosophie.
Dans les sciences, nous dit-on, c'est la vérité acquise ou trouvée qui réellement intéresse; peu importe la manière dont la découverte s'est faite ou, au moins, l'intérêt est secondaire. Qui songe beaucoup à s'enquérir des moyens auxquels Archimède on Hippocrate ont eu recours et dont ils ont conduit leurs recherches? Mais on s'intéresse vraiment aux anciens systèmes, à ceux de Platoriy A'Aristote, aux doctrines de Zenon et i'Epicure et à leurs méthodes. Pourquoi? c'est que leurs œuvres sont des œuvres d'art et non de science, c'est que ce sont des artistes qui les ont créées, comme Phidias^ Sophocle^ Homère ou Pindare^ et que ces systèmes sont des productions du génie (Ibid.).
L'explication nous parait plus ingénieuse que solide. Qu'ils soient ou non des créations du génie, s'il n'y a rien de vrai dans ces systèmes, pourquoi voulez-vous qu'on s'y intéresse, à eux et à la manière dont ils ont été conçus ou formés? On s'intéresse à une œuvre d'art poétique, architecturale, pittoresque ou musicale, parce qu'elle est belle et si c'est un chef-d'œuvre parce qu'une impérissable beauté y réside; mais l'œuvre d'art philosophique, qui n'a pas cette beauté pour elle, si la vérité n'y est pas, ou si, ce qui est la même chose, la vérité est subjective, personnelle ou individuelle, pourquoi doit-on s'y intéresser? Elle