EUCLIDE DB MÉGARE
mais dont les éléments étaient trop hétérogènes et le lien trop faible pour qu'elle eût une longue durée. Ses adhérents prirent d'abord le nom de Mégariques^ ensuite A'ErisHques et finalement de Dialecticiens : fxeyaptxol, six' IpKjrotol, BaTapov Si SiaX«cTixo( (Diog. L., II).
Sa doctrine. — 1» Ontologie et morale. — Elle est toute dans ces mots, qui semblent échappés de la bouche de Parménide (IlapfjLevfôeta : Diog. L.). Il disait que le bien est un, quoiqu'on le désigne par différents noms, qu'on l'appelle sagesse, Dieu, esprit, etc. Les contraires du bien, il les supprimait, et niait qu'ils eussent une réalité'.
Le sens de ces paroles n^est pas moins socratique ; Socrate, qui ramenait tout au bien, lui aussi en généralisait l'idée. Sa méthode d'induction le portait à tout confondre dans la sagesse^ cppov7)<j(ç (p. 141).
Si, chez lui, la diversité des formes de la vertu conserve quelque importance, elle n'atteint pas le fond et n'est que provisoire. Le savoir conduit au bien ; l'ignorance, son contraire, doit disparaître devant la science, comme l'ombre chassée par la lumière. Dès lors, le bien reste seul]; il a une existence positive. Socrate, il est vrai, ne va pas jusque-là, mais sa dialectique y conduit. Lui-même ne proclame-t-il pas l'unité des vertus? Or ce bien unique, qu'on l'appelle Dieu, esprit ou sagesse, peu importe. A ce point de vue supérieur, la différence s'efface. L'induction socratique tend à absorber les espèces comme les individus dans le genre, et le genre dans YuniverseL On a pu dire, en ce sens, que Socrate est plus idéaliste que Platon (Fouillée). C'est à tort, selon nous, car dans Socrate le bon sens, qui est la mesure, est un élément essentiel de son génie. Mais que des disciples, imbus déjà d'une autre doctrine et habitués à manier la dialectique, aient converti en réalité ce qui chez lui n'était qu'en virtualité, quoi de plus naturel ? Les stoïciens, héritiers des mégariques , n'auront pas ces scrupules. Eux aussi proclameront le bien unique et ^indifférence absolue des biens et des maux en face du bien suprême. Tout cela est déjà dans Euclide. C'est l'essence du mégarisme enté sur le rameau socratique, mais dont le tronc est l'éléatisme.
1. Ovro« U tb «■yec0ày àiri^yfro KoXkcH^ 6if6fief,9t xatXoù/iMOt irt fih yitp fpÔTfTiQ lit y M ik $§6v, xai ôtXXoTt voCv xai ta Xoiiti, rà ^è ocvrcM^/Myec x& «yoc6A àiriiput /ft^ tlyou pàoxoty. (Diog. L., H*) — Megaricorum fait Dobllis disciplina... qui id Iwnum esse dicel)ant qood esset unam et simile et idem semper. Hi quoqae multa a Platooe. (Cio., Acad., II, 22.)
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i"" Dialectique et Logique. — Euclide s'appliqne surtout à la dialectique. En cela, il est fidèle à la fois à l'esprit éléatique et socratique. La méthode de Socrate a deux procédés, Tinduction et la définition. Tous les deux sont mis en pratique dans ses dialogues. Il fit plus : il cultiva aussi la théorie de cet art de raisonner et posa des règles de discussion. 1® Il est dit que, démonU*ant par TabsurJe, il combattait les raisonnements de ses adversaires, non dans lespr^misses, où xari X^jjLjjiaTa, mais dans la conclusion^ iXXi xœt' lîceçpopav (Diog. L., II). — a*» Il rejetait aussi le raisonnement par analogie^ xov BA Ttocpa^oXTjç Xo^ov divi^pet {ibid.). La raison qu'il en donne prouve sa sagacité. De deux choses Tune, disait-il : ou la comparaison est exacte, et il vaut mieux raisonner directement d'après le sujet; ou la similitude est imparfaite, et le raisonnement ne vaut rien. En toute chose, le différent ne peut expliquer le différent (Simplicius) * .
Euclide, on le voit, avait fixé son attention sur la nature du raisonnement. Il y a, chez lui, un germe ou un antécédent de la logique d'Aristote. Mais l'art syllogistique est à peine soupçonné. Le logicien néglige le plus important, les prémisses, pour s'attacher à la conclusion, qui n'est rien sans elles. En rejetant Vanalogiey il s'éloigne de Socrate, qui en avait fait un perpétuel usage. Il revient à la sévérité de ses anciens maîtres.
3" Rapports avec le platonisme {les idées dans le mégarisme), — Euclide , qu'avait fréquenté Platon , l'a-t-il devancé dans la théorie des idées? Trouve-t-on dans cette école la première con* ception et comme l'ébauche de ce grand système? On a cru (Schleiermacher) reconnaître les idées dans un passage célèbre du Sophiste de Platon, où TÉcole mégarique semble clairement désignée '. Làdessus, les critiques et les érudits se sont divisés. Faute de documents plus précis, le point ne sera jamais bien éclairci'. Quoi qu'il
1. Selon Pranll {Geseh, der Logik, i B., § 33), les Mégariques n'ont fait qn'enricbir la logique dee éléafes et des sophistes, et il est difficile de distinguer ce qui est d'eux et des sophistes. Ce jugement nous semble trop sévère.
2. Voici en abrégé ce passage, où il s'agit des matérialistes ioniens et de lenrs adversaires : c Les uns ne savent qu'embmner les pierres et les arbres. Ils nient qu'il y ail autre chose que ce que les sens ttteigiieDt.. hxmi leors adversaires s'en vont-ils, avec raison, pour les combattre, chercher, dans une région supérieure et invbible, des formes intelligibles et incorporelles, voiqrà «Errcc xai àffu/utara cf^v], qu'ils forcent de reconnaître, comme la véritable essence, r^tf àlviOiv^y ouv^av iTtfac. » (PI., Soph,)
3. Les raisons de M. Zeller à Tappai de l'opinion de Schleiermtcber sont fert bonnes sans donie (t. Il, p. 214). Il réfots très-bien PrtnU, qui nie cette parenté et ne voit dans la théorie mégarique des idées qu\ia aride nominattsme, déjà chez Antisthène {Getch. der Logik, I, 33). Mais oela ne Jette pas ane bien vive lumière sur le côté intéressant du débat.
KUBULIDE 195
en soit : !<> La parenté est évidente. ^ Jasqn'oû Ta4-elle? Dans quelle proportion Temprunt, sMl est réel, existe-t-il? Le problème est insoluble. S"" Si les mégariques ont aperçu cette théorie avant Platon, cela suffit pour justifier le mot de Cicéron : Nobilis fuit megarieorum disciplina. Mais elle n^appartient pas moins à celui qui Ta développée et en a fait la base de toute sa philosophie. Ici, c'est un embryon avorté, un germe infécond. Cicéron n'y regarde donc pas de trop près quand il dit : Vides quam non multum a Platone diS" senserint megarici {Acad.y II). Qu'ils soient d'accord, soit. Mais quelle distance les sépare ! Il est vrai qu'il ajoute : Hi quoque multa a Platone {ibid.).
II. EuBUUDE , DE MiLET. — Disciple d'Euclide, probablement son successeur, il cultiva surtout la dialectique. Avec lui, le mégarisme retourne à la sophistique. C'est à lui qu'on attribue les célèbres arguments classés plus tard parmi les sophismes et qui firent tant de bruit dans la Grèce. Diogène (liv. VII) cite les sept suivants : 1° le Menteur, 2*» le Cachéy 3« VEkctre, 4« le Voilé, 5o le SoHU, 6» le Cornu, V le Chauve * .
Ces sophismes, qui nous semblent ridicules, donnaient du fil à retordre aux dialecticiens. Il nous est aujourd'hui difficile de croire que les Grecs aient pu prendre au sérieux de pareilles arguties; mais, comme on l'a dit des arguments de Zenon (p. 51), il est plus facile de les qualifier que d'en démêler le vice. Anstote [de Soph. El.) s'est donné la peine de le faire. Il a montré en quoi ils pèchent contre les règles du raisonnement. D'ailleurs ces sophismes, pour les mégariques, ont un but sérieux, celui de mettre en contradiction les sens et la raison, de montrer l'incertitude de toute notion sensible et l'impossibilité de définir les idées qui s'y rapportent. C^est, au fond , à quoi tend le mégarisme , et ce qu'avait fait avant lui
i. Le Menteur, Si ta dis que ta mens et qae ta dises vrai, ta dis vrd et tn mens à la fds : Si te merUiri dicis idque verum dicis, mentiris. Dicis autem te mentrrif verumque dieis, mentiris igitur, (Gic, Acad,, II, 29.) On en a fait : Les Crétob sont mentears... — Les trois suivants, le Caché , le Voiléy VEUetref se ressemblent. Electre, cette fille d'Agamemnon, connaissait et ne connaissait pas son frère, car, en présence d'Oreste, elle sait qu'Oreste est son frère et ne le reconnaît pas. — Le Sorite et le Chauve sont aussi les mêmes arguments sous forme différente. Un grain de blé ne fait pas un tas; deux, trois non plus, etc. En ôtant uo cheveu à une tète garnie de cheveux, on ne la rend pas chauve; en ôtant deux, trois, etc., pas davantage. Donc on peut Ôter à un homme tous ses cheveux sans le rendre chauve. (Voy. Cic., ibid.; Hor., Ep. II.) — Le Cornu. Tu as ce que tu n*as pas perdu. Tu n'as pas perdu de cornes, donc lu as des cornes. (Voy. Diog. L., II.)
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l'éléatisme. Platon, qui a aussi combattu cette manière subtile de raisonner, se borne à la tourner en ridicule (voy. Euthydème ').
III. ÂLEXiNUS. — ' Parmi les successeurs d*Eubulide, on cite Alexinus d'EUs, violent disputeur (àvr,p ^(XoveucoTaToç) et surnommé pour cela Elenxinus (EXc^Çivoç) ou le Querelleur (Diog. L., II, 10). De sa polémique avec Zenon, on ne connaît que ceci. Le stoïcien soutenait que le monde, étant parfait, était doué de raison. A ce compte, disait son adversaire, il est aussi poète, grammairien, etc. (Sext. Emp., Math.^ IX). Il voulut fonder une école, qu'il appela olympique, mais il ne réussit pas (voy. Diog. L., ibid.).
1. L'cxplioaUoD de Hegel et ses remarques sonl iotéreasantes. Les voici en abrégé.
Ces sopbismes, dit-il, ont pour bat de montrer l'insafQaance du langage corn* mun, de lui prouver qu'il se oontredit et n'a aucune valeur scientifique. Mettre celui qui s'en sert dans I'eml)arras de répondre nous semble uo jeu puéril; notre sérieux moderne le repousse. Il en était autrement des Grecs. Ils avaient le respect du mot à Tégal de la cbose. Le mot et la cbose étaient-ils en opposition, le mot avait le dessus, car, pour eux, la cbose non exprimée était cbose non raisonnable ; la raison n'existe qu'énoncée par la parole.
Nous trouvons aussi dans Aristote {Soph» El.) une foule d'exemples pareils qui viennent des anciens sopbistes conmie des éristiques. Eubulide a écrit contre Aristote; rien n'en est venu Jusqu'à nous (Diog. L.| II, 119). Platon se sert souvent de ces plaisanteries, pour tourner en ridicule les sopbistes. Les éristiques cependant allèrent encore plus loin. Us étaient devenus des plaisants à la cour des Ptolémées, ainsi Dlodore (Diog. L., ibid.). Cet amusement dialectique était babituel aux pbilosopbes.
De même que la reine de Saba vint de l'Orient vers Salomon pour lui poser des énigmes, on les voit à la table des rois engager entre eux une spirituelle conversation, se porter des défis, se cblcaner et s'en amuser. Les Grecs iiimaient beaucoup ce jeu d'esprit qui consiste à trouver des contradictions dans le langage commun et les opinions reçues.
Toute proposition consiste en un sujet et un prédicat. Dans la pensée commune, ils sont différents. Pour elle, le vrai, c'est le simple, ce qui ne se contredit pus. Mais, en réalité, la proposition simple, égale à elle-même, est une tautologie qui ne dit rien. Aussi le sens commun est-il bientôt à court. Là oà il trouve une contradiclion, il ne obercbe pas la solution. Il ne vient pas à l'esprit que l'unilé des contraires seul est le vrai ; que, dans cbaque proposition, il y a à la fois le vrai et le faux. Si le vrai est pris dans le sens de simple, le faux dans le sens opposé, la contradiction subsiste ; mais le posilif et le négatif s'accordent entre eux dans le sens divisé.
Hegel examine, à ce point de vue, les Arguments d'Ëubulidc. Ce qui les caractérise, dit-il, c'est qu'ils exigent une réponse simple par oui ou par non. Ainsi le veut la raison abstraite (Verstand). Ne pas savoir répondre est d'un esprit grossier. Une cbose est ou n'est pas {principium exclusi tertii)^ disent les Mégariques. Partant de celte abstraite identité, ils embanasBent l'esprit et s'en font une sorte de système.
Qu'on prenne un à un ces sopbismes :
l*» Le Menteur, Il faut y répondre par oui ou par non. JDeux contraires ne
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IV.DiodoreCronus. — Ainsi nommé à cause de la lenteur de son esprit; il n*est connu que par Tanecdole qui le fait mourir de chagrin pour n'avoir pas su répondre sur-le-champ à un argument qui lui fut adressé en défi à la table de Démétrius Soter et pour lequel celui-ci ne lui épargna pas les plaisanteries. Avec Diodore, on voit l'Ecole de Mégare retourner à son origine et se replacer tout à £sdt sur le terrain de l'éléatisme. Prenant la défense de l'Etre unique, il attaque le mouvement et la génération^ comme Tavait fait Zenon (voy. p. 50). Cependant il déploie dans l'invention des arguments une certaine origiualité (voy. Sext. Emp., Math.^ X, 12).
Un raisonnement plus neuf est celui de Diodore sur les possibles
peuvent se rencontrer (la vérité et le mensonge). C'est une contradiction immédiate. Cette oppoRÎtion de tout temps s'est reproduite. Chrysippe composa làdessus 6 livres ; Philetas de Cos mourut de consomption par suite d'une étude excessive pour résoudre ces équivoques (Diog. L., VII, § 196). Il en est comme de Tétemel problème de la quadrature du cercle^ où Ton cherche le rapport sioiple d'une grandeur incommensurable. Cette histoire se reproduit toujours. Elle est dans Don Quichotte. C'est une des questions posées à SanehOt pour l'embarrasser. Dans son gouvernement de Barataria se trouve un pont et au bout une potence. Tout passager doit dire la vérité ou être pendu. Arrive un homme qui dit : « Je vais me faire pendre à cette potence. » Que faire? S'il ment, il doit être pendu ; mais, s'il est pendu, il aura dit la vérité, et on aura pendu un innocent. Sancho ne se casse pas la tôle à chercher h. solution ; il prend, dans sa sagesse, le parti le plus doux. II ne voit pas s'il y a à distinguer entre être pendu comme cause et être pendu comme conséquence, si le fait d'être pendu comme faite ou punition et celui d'être pendu comme crime diffèrent ou non. Cela est pour lui trop subtil. Le suicide offre la même contradiction. La mort ne peut être à la fois le contenu et la punition du crime.
2^ Dans le Caché (Electre) se trouve l'opposition du connaître en général et du connaître dans le cas particulier, La contradiction n'est pas plus réelle pour qui sait faire la distinction et reconnaître l'accord des deux contraires. — 3 Le Sorite et le Chauve offrent une antre opposition, celle du quantitatif et du qualificatif (de la quantité et de la qualité).
Les deux idées de tas et de calvitie sont deux idées de qualité. En ce sens,
la quantité répétée ou âiée peut très-bien se convertir en une qualité opposée.
U n'y a pas de contradiction réelle à ce qu'un grain de blé indéfldment ajoi^ à
un grain fasse un tas, à ce qu'un cheveu successivement été rende une tête
chauve. Pourquoi? C'est qu'une quantité répétée peut très-bien produire une
chose différente d'elle-même. Une petitesse ou une grandeur inflnie n'est plus
une grandeur. Nous séparons sans cesse ainsi la qualité de la quanUté. Mais cette
distinction n'apparaît pas tout de suite à l'esprit. Un groschen, dit-on, ne fiiit
jamais un thaler. Soit, mais avec ce rien on vide la bourse. L'eau chaude est
toujours de l'eau chaude ; mais, i 80 degrés Réaumur, elle se convertit soudahi
en vapeur. — Cette distinction dans l'opposition de la qualité et de la quantité
est très-importante ; mais cette dialectique du passage d'un des deux termes dans
l'autre, le raisonnement vulgaire ne la connaît pas. Pour lui, chaque terme
reste ce qu'il est. ~ Dans ces exemples et sous ces plaisanteries se retrouvent les
lois de la pensée. — Les Grecs à celte époque et plus tard montrèrent une
inépuisable invention pour ces jetix d'esprit. (Hegel, Gesch, der Phil.r t. Il,
198 LES MÉGARIQ0BS
(Trepl duvaTtôv), qui fit grand bruit et excita de irifs débats (toy. Cie., De fato, 9; Ep. fam,^ IX). Diodore soutient contre Chrysippe que cela seul est possible qui est réel, que ce qui n*est pas réel n'est pas possible. « Le passé est nécessaire, puisqu'il a été et ne peut être changé ; le futur l'est aussi , sans quoi il ne devrait pas être. Le présent est ce qu'il est et ne peut être autre qu'il est. > La put»sance et Vacte ne diffèrent pas (voy. Arist., Met», IX). Le but est le même que pour l'École d'Elée : établir l'unité, nier le mouvement et le changement, la génération, supprimer la distinction de la puissance et de Vacte. L'identitication du réel et du possible dans le nécessaire est une autre forme de prouver l'unité absolue.
Y. Stilpon. — C'est un des plus célèbres philosophes de cette Ecole. Il eut un tel succès dans son enseignement que peu s'en fallut, disait-on, que la Grèce entière ne se rassemblât autour de lui pour mégariser (Diog. L.). Il forme l'anneau qui relie l'École de Hégare au stoïcisme. Sa doctrine, qui a pour but surtout la morale, roule sur la vertu. Il enseignait que le souverain bien consisie dans l'impassibilité ((^Tiaôeia) : Summum bonum animus impatiens (Senec, Ep. 19). Le sage se suffit à lui-même; il est au-dessus de tout événement fâcheux. Chez lui, l'accord du caractère avec la doctrine prêtait beaucoup d'autorité à ses paroles. Sa maison ayant été détruite, sa femme et ses enfants tués, il répondit à Dèmétrius, qui l'interrogeait sur son malheur^ qu'il n'avait rien perdu. « Tous mes trésors, dit-il, sont en moi-même ^ » Réponse digne d'un stoïcien. Fidèle à l'esprit de sa secte, Stilpon s'attachait à détruire les espèces et les genres intermédiaires entre Vêtre et les objets. Chaque chose, disait-il, a sa propriété particulière» qui n'est pas celle d'une autre. C'est toujours la pluralité, la différence niées ao profit de l'unité absolue, ou admises comme hypothèses et moyen de dialectique.
VI.EcoLES d'Eus et d'Erétrie. — On ne sait presque rien de ces Ecoles, du reste fort obscures et de peu d'importance. Elles cultivèrent la dialectique dans le même sens énstique et la morale .^ dans le même esprit.
La première eut pour chef Phédon (ï Elis y l'ami de Socrale, dont la gloire principale est d'avoir donné son Bora au dialogue de Platon où est racontée la mort de Socrate, avec son dernier entre-
1. Hic enioi cipla patria amissis liberis, amisea uzore et tamen si bealus exiret, interrogaate Demetrio numquid perdidisset omnia, nibil ioqait perdidi, omoia bona mecum sunt (Sen., Ep. IX).
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tien sur Timmortalité. Socrate mort, il se relira à Elis, où se réunirent autour de lui plusieurs amis ou disciples de Socrate. Mené" dème^ Tun d'eux, transféra cette École à Erétrie. Ces deux sectes prospérèrent peu et s'éteignirent sans laisser rien d'important après elles. La subtilité dialectique et les arguments captieux poussés jusqu'à la frivolité ne pouvaient fûre vivre ces rejetons du socralisme. Elles purent néanmoins fournir des sujets de discussion au futur créateur de la Logique, qui a pris la peine de les réfuter (voy. Arist., Sophût. EL; — Diog. L., YI, 9).
Sur V Ecole mégarique , ouvrages principaux : Ferd. Deyckg y De Megaricorum doctrina^ Bonn, 1827. — Henné,. EcoZe de Még.y 1843. — Mallel, Hist^ des Écoles de Mégare et d* Erétrie, Paris, 1845.