LA MORALE DBS CYNIQUES
dilion. Celle-ci reste indifférente. On peut être libre dans les fers comme esclave sur le trône.
La femmcy elle aussi, est proclamée l'égale de Thomme, car la vertu de Thomme et de la femme est la même : avSp^ç x%\ yu^aixhç ^ ctMi (2pet^. C'est ce que dit Antisthène (Diog. L., VI). Hais elle perd les vertus de son sexe. La réserve, la pudeur n'ont pas de raison d'être et sont de vains mots.
VIII. Les convenances et les bienséances. — De tous les aspects de la morale cynique, c'est celui qui a le plus choqué le sens moral et révolté l'opinion commune. On le conçoit. La pratique, coïncidant avec la théorie, se trouvait ici en opposition flagrante et directe avec les mœurs et les habitudes d'une société civilisée. C'est ce qui leur a valu leur nom, resté dans la langue. Le cynisme se définit : tout acte, toute parole consciente et réfléchie qui blesse ou brave ouvertement ce que l'humanité civilisée regarde comme conforme aux lois du beau et de la convenance ; c'est ce qui est honteux, grossier, malséant, surtout ce qui offense la pudeur. La chose, sans doute, n'était pas nouvelle; le théâtre d'Aristophane seul le prouve assez. Ce qui est nouveau , c'est un système réfléchi, raisonné , qui nie ces lois , les déclare contraires à la nature et à la raison, et qui à l'appui de la théorie apporte l'exemple.
Or, voici comment le cynisme raisonne. Partant de ce principe que tout ce qui est naturel et nécessaire est bon^ que tout ce qui est bon est beauy il en conclut que le naturel ne saurait être mauvais, ni laid, ni honteux, mais tout au plus est indifférent. Il rejette donc comme préjugé, convention arbitraire, faiblesse ridicule, tout ce qui, dans l'opinion commune et dans les usages, est regardé comme inconvenant, malséant, honteux, grossier, ou même immoral ou licencieux. Le principe est l'identité de la nature et de la raison. Tout ce qui est naturel est bon; tout ce qui est bon est licite et ne saurait être défendu. Cela seul est honteux qui est mal. On peut dire qu'il tourne dans un cercle. De plus, on le sait, il supprime toute différence, tout degré dans la conformité ou noncouformité au bien et à la nature. Il n'y a pas de milieu (fura^u), pas de nature inférieure ni supérieure. C'est ainsi que d'un seul mot {la nature) se trouvent réhabilités tous les penchants, les instincts inférieurs de la nature humaine, qu'il vaudrait mieux, sans doute, ne pas avoir ou retrancher, mais qui en soi ne sont ni bons ni mauvais et ne diffèrent pas les uns des autres. Rien en soi n'est ni grossier, ni vulgaire, ni laid, de ce qui est naturel. Dès lors
^iS LES CYNIQUES
pourquoi se cacker? Pour<}uoi ne pas Aire en public ce qui en soi est nécessaire ou permis selon Tordre nalnrel? Diogèoe, â q«i Ton reproche de mai^er ea public, répond qu'il a bien faim en public (le reste ne peai se dire saas être 4e la secte). Les usages, les lois qui blâment ou défendent ces choses sont arbitraires, factices, n'ont aucun fondement naturel (<»ù ^uaet, ot}}À vo;i.^). S'il en est ainsi des actes, à plus forte raison des paroles.
Quant à la pudeur y le cynique n hésite pas à la déclarer ellemême un préjugé ou une lausse honte, du moioM telle que nous l'entendons. La honte, il Tadmet, mais uniquement pour ce qui est mal ou contraire à la nature. Ce qui est juturel, nécessaire ou permis, ne doit pas être dérobé aux yeux et ne peut offenser les oreilles. Ce qui n'est pas honteux pour nous ne doit pas l'être po«r les autres. La nature a établi les rapports ente les deux sexes. Ces rapports sont naturels, et ks instincts nécessaires pour perpétuer l'espèce. On ne 4toit pas rougir de oe qui est naturel. Ce qui est permis ne doit pas être caché, ni pour l'honune, ni pour la femme.
IX. RELiGKHf. — Pour finir cet exposé de Ja doctrine des cyniques, nous devons ajouter quelques mots sur leur manière d'entendre la religion et leur rapport avec le culte populaire.
Sur Dieu et «es attributs, on retrouve en partie les idées de Socrate. Mais l'hostilité avec le polythéisme est plus marquée, quoiqu'elle soit tempérée. Ici se reproduit la distinction des sages et des insensés ou des ignorants, et le dédain de t' opinion ^rulgatre.
Le ip^OTtiiéisnie admet la pluralité des dieux. Le cynisme mûntient Vunité. Les idées d'Ântisthëne s«r ce point ont quelque chose d'élevé qui rappelle Socrale. Il disait qu'il n'y avait qu'un Dieu en réalité, populares deos multos, naîuralem Deum unum esse dicms (Cic, de Nat- deor,j I, i). La religion, du reste, devait être traitée au point de r&e moral. L'attribut suprême de la divinité est de n'«vuir besoin de rien. Les hommes vertueux sont un reflet de celte perfection et comme les images des dieux : Tt^ç àyiA^ àfv^pac dewv elxovaç elvat. Le sage vit avec les dieux, et sa vie est une fête perpétuelle. Les Dieax doiit il est l'ami lui assurent une félicilé presque égale à la leur. On trouve aussi um tendance à l'interprétation allégoriqfae des mylha ' .
1 . Le cynisme n'est donc ni athée ni impie (au sens élevé). Il n'attaque pas de front la croyance vulgaire ; mais fl la raille (initiations, images, purifications). (V. Diog. L.). Il €Toit à l'Sme et ne me pas l'immortalité ; mais il n'en a mil «ood. La vertu est lout et sufût au bonheur.
LBS BHRBURS DU CYNISME 219