‹ La philosophie ancienneChapitre 128 sur 194 · LBS ERREURS DU CYNISME · texte numérisé non relu

LBS ERREURS DU CYNISME

Et néanmoins cette liberté, toute négative qu'elle est, mise en pratique, est encore quelque chose de respectiible et qui se fait admirer. C'est que combattre les penchants de la nature sensible, résister aux attraits du plaisir, dompter ses passions, limiter ses besoins, et par là ne laisser aucune prise au sort et à la volonté capricieuse des hommes, n'est pas chose vulgaire ; elle exige de la force d'âme et une grande énergie de volonté. Alexandre, en face de Diogène, le sent et en est frappé. Le stoïcisme, qui héritera de cette doctrine, le montrera encore mieux.

II. Idée fausse de la nature. — La manière dont le cynisme entend la na/t^re n'est pas moins erronée. Ici, la confusion théorique consiste : 1*^ à prendre la réalité pour l'essence; 2° à supprimer dans la nature humaine toute différence entre les deux éléments essen» tiellement distincts qui la constituent.

lo La nature d'un être est bien, sans doute, Tensemble de ses qualités ou propriétés. Hais n'y a-t-il entre elles aucune distinction à faire? N*en est-il pas qui tiennent plus que les autres à son idée, à sa nature vraie ou spécifique? Celles-là marquent sa place et son rôle parmi les autres êtres. Le cynisme, qui méconnaît en théorie cette distinction, est conduit, dans la pratique, ainsi que tous ses imitateurs, anciens et modernes, partisans de Vétat de nature, aux plus absurdes conséquences et aux plus monstrueux paradoxes (Rousseau, etc.).

2"* L'homme est composé de deux natures étroitement unies, mais distinctes, et dont l'une , inférieure à l'autre , doit être maintenue dans cet état de subordination, d'infériorité, de soumission. Il est un animal, sans doute, mais avant tout un esprit. Être intelligent et libre , distinct en cela des autres êtres , il est appelé à être ce qu'il est, le plus possible; il doit, en tout et partout, maintenir cette prérogative. Elle doit se révéler dans tous ses actes et dans toute sa personne. Autrement, il déchoit. Le dessous, alors, prend le dessus; l'inférieur devient le supérieur; l'ordre des deux natures est renversé. Dans son absurde radicalisme ou adiapfuyrismey le cynisme méconnaît cette loi et supprime cette différence. Il passe un niveau sur tous les éléments de l'être humain et les confond. Il suffit qu'ils soient naturels, réels ou nécessaires, pour qu'à ses yeux ils soient bons, également bons^ beaux, également beaux, etc. Tout ce qui est naturel est bon, tout ce qui est bon est beau, etc. Le contraire seul est honteux.

Dès lorsy plus de distinction, chez Thomme, entre les penchants

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OU besoins de la iiatnre animale et ceni de la nalare intellectuelle et morale. S*il le pouvait, il les supprimerait tons. Ne le pouvant» il les égalise. De là les grossières conséquences qu'on a vues se produire et qui, depuis, partout se sont produites avec le même cortège de paradoxes que traîne à sa suile ce principe de l'identité du réel et du vrai et de Tégalité absolue de Vinfériêur et du supérieur.

m. De la pudeur. L'obscénité des cyniques. — Je n'entreprendrai pas de tout réfuter. Il est un point plus délicat sur lequel il est bon d'appuyer en finissant, puisqu'à kîi seul il représente le cynisme : la pudeury qu'il nie en théorie et brave dans ses actes. Le cynisme est là tout entier; cynique et obscène sont synonymes dans la langue humaine. On connaît les obscénités de Diogène^ Ce qu'on dit de Craies et de sa femme Hîpparchie est à pône croyable. Quant au sophisme sur lequel ils s'appuient, souvent depuis répété, il est bon de l'examiner. L'appel au sentiment contre ceux qui en contestent la légitimité ne suCût pas. La raison aussi doit pouvoir expliquer et défendre ce sentiment de la pudeur, un des traits caractéristiques de la race humaine.

Le cynisme a raison dans sa grossière logique et selon son principe du naturel; mais on a vu ce (^e vaut ce principe. Ce qui est vrai, c'est la distinction dans l'homme de deux natures essentiellement difTérentes et dont l'une, supérieure à l'autre, le constitue réellement et est son essence. Or, si Thonme est avant tout un esprit, et si par là il est véritablement libre, il lui est donné et ordonné, non de répudier, mab de tenir en respect et à son rang ce qui est inférieur et non libre. Il doit se comporter ainsi à l'égard de cette autre nature qui est aussi la sienne , mais qui en lui est le contraire de l'esprit. En cela il doit s'observer, snrveiUer tous ses actes et toutes ses paroles. Ce qui en lui, qnoique nécessaire, est purement physique, il doit ie spiritualiserj y mettre le cachet on la marque de sa liberté, de sa spiritualité. Donc ce qui est purement animal et rappelle l'animalité, il a raison de le cacher, de le dissimuler, d'en avoir honte et d'en rougir. Il en est ainsi des organes et des actes où Thomme se rapproche le plus de la nature animale, là surtout où il est le moins lilue. On ne peut trop ici le redire, l'homme, comme homme, ne fait rien comme l'animal. D ne mange, ne boit, ne marche, ne s'assied , ne se tient pas comme

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