RÉSUMÉ DR CBS ÉCOLES
m. — BAsumé ém ces Aeoles.
Par ce qui précède, on doit comprendre le rôle inférieur de ces écoles et leur place dans la philosophie grecque.
Indépendamment du manque de génie chez les hommes qui les représentent, elles sont incapables de continuer le mouvement imprimé à la pensée par Socrate. Aucune, en effet, n'a compris le sens et la portée de sa réforme. Pour qu'il en soit ainsi, un haut essor doit être donné à la spéculation qu'elles méprisent ou dont la faiblesse chez elles est manifeste. — La première, qui seule a quelque valeur théorique, attachée au passé, conçoit l'idée nouvelle d'une façon trop étroite pour la faire avancer et fructifier. Le bien, qu'elle place dans une unité immobile et sans vie, fait qu'elle-même s'immobilise ; excluant la diversité, elle empêche tout développement. Pour se soutenir, la dialectique, qu'elle emploie, n'engendre que des sophismes et dégénère en éristique. — La seconde, hostile à la fois à la science et à l'opinion coounune, conçoit un idéal abstrait de vertu parfaite qui, au fond, n'est qu'une négation vide et l'opposé de k vsaie perfection. Elle-même ainsi se paralyse. L'inaction à laquelle elle se condamne lui interdit de remplir les devoirs positifs de la vie privée et sociale. Son renoncement, qui n'a rien du dévouement, n'est que l'indifEèrence. Elle s'isole dans un égoïsme qu'elle croit sublime, maïs qui, au fond, n'est que ridicule et où n'est pas même cette liberté qui lui est si chère. Aussi n'engendre-t-elle rien, et elle laisse après elle un nom sans honneur, synonyme d'impudence et d'insociabilité. Le monde lui parait malade ou atteint de folie; elle-même est une maladie ou une singularité qui touche à la démence. La société, qu'elle brave et qu'elle attaque, la tolère avec dédain et la laisse passer sans s'émouvoîr ni subir son influence. — La troisième s'écarte encore plus de son modèle et comprend plus mal la pensée de Socrate. Le plaisir, qu'elle donne pour but à la vie, n'est pas s<m but ; elle-même le reconnaît en avouant qu'il est impossible de l'atteindre. L'homme d'esprit qui proclame et représente ce principe en ajoute un autre qui le contredit et n'est pas moins chimérique ; la liberté qu'il croit garder au sein du plaisir est Ile-même une vaine apparence. S'il parvient à pallier ou à déguiser es conséquences de sa doctrine, ses successeurs les dévoilent, et elles révoltent le sens moral. Cette doctrine aboutit au dégoût de la vie et au désespoir; le sensualisme finit par engendrer le pessimisme. En essayant de se relever, ce système est forcé de renier son point de départ et d'avouer par là son impuissance.
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Toutes ces écoles, du reste, parties de points opposés, aboutissent au même résultat, Vindifférence absolue, Vinsensibilitéj V apathie. Toutes se contredisent. De là leur courte durée et leur peu d'importance théorique et pratique.
Elles ne doivent pourtant pas tout à fait périr. Elles renaîtront plus tard dans d'autres écoles plus célèbres et plus importantes, quand, après de glorieux efforts, Tesprit spéculatif chez les Grecs retombera sur lui-même épuisé et fatigué, lorsque les circonstances sociales auront ramené le côté pratique et discrédité la spéculation.
Heureusement ce moment n'est pas venu. La Grèce, qui, dans la première époque de sa philosophie, s'est montrée si féconde en vastes systèmes et capable de la spéculation la plus hardie, ne peut si vite abandonner ces hautes et pures régions, pour se renfermer dans l'étroit horizon des problèmes qui n'intéressent que la pratique. Elle qui a produit tant de grands hommes et de si beaux génies dans les arts et dans la poésie, qui a créé tant d'immortels chefs-d'œuvre, ne peut retomber ici au-dessous d'elle-même, descendre sitôt de cette sphère supérieure de la pensée. La réforme socratique aurait avorté si elle pouvait aboutir à un si mince résultat.
Aussi, du vivant même de Socrate et à ses côtés, dans ses entretiens et de ses exemples s'est formé un autre disciple qui, pénétré de son esprit, s'est montré capable de le continuer et, en le continuant, de le dépasser. En lui, l'idée qui est en germe s'est fécondée et transfigurée. C'est lui qui, seul après Socrate, doit fonder une école vraiment socratique. Lui-même, il est vrai, se verra à son tour remplacé et supplanté par un autre génie qui, au même titre que lui et tout en le contredisant, sera son vrai disciple.
Ainsi s'accomplit tout vrai progrès, dans l'ordre des idées. Tous deux devront porter la pensée spéculative à ses plus hauts sommets. Et, pour répéter une comparaison très souvent employée, mais qui n'a pas cessé d'être juste, ces deux astres du firmament intellectuel, après avoir éclairé le monde ancien de leur lumière, doivent projeter leurs clartés dans les âges suivants.