LA SCIENCE ET LA PHILOSOPHIE XXIII
créés, du génie même qu'ils ont mis dans la composition de ces œuvres.
Autrement toute cette histoire des systèmes qui se succèdent ou se renouvellent sous nos yeux, tous consacrés, disent leurs auteurs, à la recherche de la vérité, mais qui, en réalité, nous font assister à la poursuite fatigante d'un fantôme de vérité jamais atteint et qui fuit toujours, cette histoire ne peut que nous déplaire et nous fatiguer nous-mêmes, au lieu de nous plaire et de nous intéresser. On a beau qualifier d'œuvres d'art ces élucubrations de la pensée abstraite et les attribuer au génie, ces mots ne cachent pas moins la vanité des efforts humains pour saisir ce que l'esprit désire le plus ardemment connaître et ce qu'il lui est interdit de savoir. L'assimilation que l'on fait des systèmes et des œuvres artistiques, est un leurre. Elle ne peut leur rendre l'intérêt qui ne peut venir que de la vérité enfermée dans ces conceptions, comme ailleurs, dans l'art, il est excité par la beauté identique à la vérité, présente et visible dans les images sensibles qui la manifestent.
Pour nous, qui sommes de l'avis contraire, c'est précisément parce qu'ils sont vrais, de la vraie vérité, qui est la vérité scientifique, que ces systèmes intéressent au plus haut degré les esprits capables de les comprendre. Et c'est parce que l'histoire qui les expose et les apprécie, qui nous fait connaître leur marche et leur succession, qui aussi nous retrace les procédés plus ou moins conformes à l'esprit humain dont ils sont sortis et qui ont servi à démontrer la vérité dans cet ordre d'idées, c'est pour cela que cette histoire est hautement instructive et intéressante; mais, nous le disons sans détour, dans Topinion fort louable, sans doute, que nous apprécions, cette histoire se trouverait non, comme on le croit, exhaussée, mais rabaissée, diminuée, réduite à n'être qu'un ennuyeux roman dépouillé de la forme qui fait le charme des œuvres de l'imagination proprement dite.
L'esprit humain, disons-nous, ne peut se réjouir que de ses conquêtes dans le champ de la vérité. Il en est de la pensée pure