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LA THÈSE HÉGÉLIENNE DES SOPHISTES

elle méconDait plutôt la vraie nature et Tessence même de la sophistique, comme il a été prouvé aUleurs (p. 98). De plus, elle reste entachée d'équivoque et d'obscurité en face de Topinion ancienne, seule nette et précise. On ne voit pas en quoi celle-ci a pu être changée ici par la critique moderne.

Je vais plus loin : même en se plaçant au point de vue hégélien, la sophistique serait encore, selon nous, mal définie. Dans la logique de Hegel, en effet (la Logique des contraires)^ la contradiction (Widerspruche) est nécessaire, il est vrai, mais elle n*est pas absolue, et elle doit être levée. Or, la sophistique reste dans la contradiction. Les deux termes le oui et le non sont égaux. Leur identité absolue subsiste, et cela au point de vue de la logique transcendante comme de la logique formelle, La dialectique supérieure ne les a pas conciliés. La négation et l'affirmation se valent. Il n'y a d'affirmé, comme le dit très bien Hegel, que le sujets le moi superficiel et vain, l'individu, seule mesure de toute chose, selon la formule de Protagoras. Cette contradiction, encore une fois, la sophistique s'y est arrêtée, elle n'en est pas sortie.

C'est son point d'arrêt {Standtpunckt). Elle l'affirme comme la loi absolue de l'esprit. Elle proclame la négation, le non-être^ Yéquiva-lent de l'être {oLYttkoyld), Telle est la devise.

Ce n'est pas tout encore : dans la logique hégélienne, Vapparence (das Schein) vis-à-vis de Vessence (Wesen) joue un rôle essentiel et nécessaire. Elle n'est pas prise d'une manière absolue, comme chez les sophistes. Autrement, lui-même Hegel serait un sophiste. L'apparence y est la manifestation (Erscheinung) de Vessence ou de l'idée. Or la sophistique précisément consiste à écarter le contenu, l'essence, ce qui fait, de la forme, une forme vide, une pure et mensongère apparence ; en un mot elle substitue l'ombre à la réalité de l'idée. Or c'est ce que dit aussi Platon (voy. le Sophiste) et les deux philosophes ici sont d'accord. Aristote lui-même ne dit pas autre chose. Donc, même au point de vue hégélien, la sophistique sera bien définie l'apparence vaine et trompeuse , et on retombe dans la définition d'Aristote : la fausse sagesse, 9atvo(xév7) aocpta {Soph, Elench,^ 1, 1).

Qu'on le prenne donc comme on voudra, la sophistique a été et sera toujours ce qu'elle est pour la conscience humaine, qui, elle, n'a pas changé : savoir l'indifférence au vrai, l'art de remplacer la vérité par l'apparence, et cela dans un but intéressé, égoïste ; l'art de faire briller cette image trompeuse (stScoXov) aux yeux fascinés ou éblouis de l'esprit. C'est la fabricatrice d'images, c{$â)XoirotY)T(xy) (Plat., Soph.). Toute

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la pbléinique de Platon, >e vrai disdple de Socrate, contre les «ophistes, nrnle sur cette idée. C'est aussi le point de départ d*Aristote dans sea traite de la Réfutation des sophistes. Sans positivameot nier que cela soit, ta thèse hégélienne s'efforce de substituer une autre idée, qui ne saurait être ni la première ni la vraie. Placée, je Tai dit, en dehois et à côté dç la question, elle ne réforme donc pas, comme on Ta cru et répété, l'opinion ancienne, qui reste dans soa intégrité.

Est-ce à dire qu'il n'y ait rien de vrai dans la manière dont Hegel oonçoit la sophistique, dans la place ou le rôle qu'il lui assigne comme f(Nrme de la pensée et du raisonnement, et cela au point de vae de la métaphysique et de la logique aussi bien que de rhistoire?

Non sans doute, et nous-mème avons relevé déjà les mérites principaux, que nous rappellerons brièvement.

D'abord il est bon de l'avoir réintégrée ti d^avoîr montré son importance commme mode de la pensée, pourvu que cette réintégratiom ne soit pas une réhabilitation; mais il faut que toute obscurité, sur ce point, disparaisse. C'est, en effet, une forme native, un oMuivement négatif et destructif, un moment de crise intellectuelle et nnirale, peut-être nécessaire ; c'est un degré de la réflexion encore si l'on veut, l'apparition de la raison subjective et individuelle, de la suàjectimté toute personnelle qui s'érige en maîtresse. Ce mouvement se ppoduiC à toutes les époques, surtout aux époques de décadence et de dissolution des croyances, là où l'esprit humain se sent dévoyé, où il est comme suspendu dans le vide. On ne peut nier non plus qu'elle annonce, chez les Grecs, une culture nouvelle, et ne satisfasse à des besoins nouveaux. Elle a pu contribuer au progrès des arts et des sciences, élargir le cercle de la connaissance, créer des arts nouveaux, quoique inférieurs, la rhétorique, la grammaire, etc. Elle a pu aiguiser l'esprit sur toutes sortes de sujets, etc. Mus tout cela ne change en rien sa nature, ni l'opinion qu'on doit en avoir.

Ce qui doit élre maintenu, c'est que cette forme de la pensée humaine est en ^e-mème fausse, mauvaise, mensongère, vicieuse et fort dangereuse; c'est que ses effets sont funestes aux Etats comme aux individus. Ceux qui la représentent et la pwsonnifient sont, à divers degrés, des personnages peu honorables, bien qu'ils sachent se faire honorer et admirer. Platon et Aristote, qui Tont combattue, dévoilée et réfutée, ont porté sur elle ce jugement que la moderne oritique ne saurait réformer. Si elle Tessaie, forcée qu'elle est d'y employer des arguments plus spécieux que solides, elie-méme risque de «'enrôler sous le drapeau de la sophistique.

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