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au sein de la philosophie grecque. « I>éjà, Tidée (Begrifi) d'Anaxagore (le vouç) avait élé un présage non équivoque; mais dle-méme étoit encore une idée négative. Le vouç est une abstraction purement formelle, une pure généralité. Le principe n*offire rien de fixe el de solide. Avec HéraeÛte, le mouvement ou le flux et le reflux perpétn^i avait été proclamé. Les Eléates ne peuvent faire prévaloir le principe opposé (de rimmobilité). Devant Tidée qui se cherche et ne se trouve pas, tout disparait et s!écrouIe. Rien ne reste debout : Vêtre pas plus que le non-être ne donne la fixité. Aussi, les idées, les principes, les mœurs, les lois , tout vacille et perd son équilibre. Les vrais prmcipes (Grundsatzen) appartiennent à Tidëe, mais à Tidée développée; oelieHîi ne s'est pas encore révélée. Dès lors, le contenu (Inbalt) , le fond de toute chose, est entraîné dans le mouvement (gerath in Bewegung). Ce mouvement, nous le voyons s'opérer dans les sophistes.

« C'est le principe de la nouvelle sagesse. Leur nom Findique. Ils se donnent à eux-mêmes le non de sophistes, aof^lvntl, comme maîtres de sagesse, ciqMibles de rendre sages, ao^^s^v. Les sophistes, ajoute Hegel, sont précisément Topposé de notre érudition (Gelehrsamkeit)^ qui ne cherche qu'à accumuler les eonnaissanees, à entasser une masse de faits empiriques, ce qui n'a aucun rapport avec la philosophie. »

Nous n'avons ici qu'à répéter ce qui a été dit de cette manière d'envisager la sophistique, elle est aussi originale que vraie. Qu'on admette ou qu'on rejette le système hégélien , cela n'a aucun rapport avec une rékabihtaiion des sc^histes. I) y a plus : Hegel, faisant l'histoire de la pensée, sans approuver ni condamner, reconnaît la nécessité d'une Uam^plus haute et d'un autre dèvelq>pement de la pensée humaine.

L'historien philosophe revient ensuite sur un autre caractère qu'il r^arde comme essentiel et constitutif de la sophistique et que nous avMis aussi apprécié plus haut ; il s'agit de ^opposition au sens commun ou i la saine raison et à ses principes. Nous ne (»t)yon8 pas devoir inôsler de nouveau.

Hegri achève cet exposé historique. A mesure qu'on avance, ceh»^ devient, je ne sais si je dok dire, à mon tour, une sorte de réhabiKtelion de la sophistique (on ne te sait jamais). U commence par déclarer fu'il ne s'occupe d'elle qu'an pomi de vue scientifique, A ce point de vue, il ne s'agit que de marquer sa phce générale (aDgemeine Slelkmg) dans sa philosophie grecque. € La sophistique, dit-il, est mal famée. Son opposition à Socrate et à Platon lui a fait un mauvais a. Le mol veut dire que le vnû y est réfuté par le faux et que le

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faux y devient plausible ou vraisemblable. Nous avons à écarter ce mauvais sens et à Toublier. »

On voit avec quel sans-gêne Hegel se débarrasse du côté moral. Mais peut-on dire : oublier ce qui a été pensé, senti, jugé depuis vingt siècles, ce qui est resté enraciné dans la mémoire des hommes, n'est pas si aisé, même au savant ou à l'historien philosophe. L'histoire a été appelée la mémoire vivante et la conscience du genre humain, vita memorix (Cicéron, Deorat., H, 9), conscientia generis humani (Tacite). Elle aurait été mal définie. L'historien décnt, démontre et réintègre. U explique et ne juge pas. Soit. Encore faudraitil soi-même ne pas l'oublier.

Or, l'auteur qui revient sans cesse à son point favori, la nouvelle culture j et à l'opposition au sens commun^ nous semble en effet manquer à son précepte. Son langage, au lieu d'être purement et froidement scientifique, prend le ton apologétique. Du moins, on ne sait trop à quoi s'en tenir. Nous citons encore :

« Les sophistes ont été les maîtres de la Grèce. Ils ont succédé aux poètes et aux rapsodes. Dans la philosophie, ils viennent à la suite des Eléates. Dans l'Ecole éléatique, l'idée (Begriff), ia pensée, tourne sa force négative contre la détermination. Eux aussi, les Eléates avaient déjà tout attaqué ; ils n'avaient rien laissé debout ; ils avaient détruit les principes en vigueur et contredit la raison commune en attaquant ce à quoi elle croit, le mouvement, les maximes et les lois, tout ce que la raison commune établit et défend. Lorsque cette idée (Begriff) apparaît, elle devient la philosophie générale, et non seulement la philosophie, mais la culture que tout homme qui n'appartient pas au peuple se donne et doit se donner. C'est à eux (aux sophistes) que la culture dut son avènement en Grèce. > {Ibid.)

Mais la qualité de cette culture, la nature et l'objet de cet enseignement, Hegel n'en dit rien. < La religion n'enseignait pas ; il n'y avait aucun enseignement religieux. Les prêtres ont sacrifié, rendu des oracles; ils sont prophètes et devins ((juxvtc(c). Ils exposent des maximes ; mais enseigner est toute autre chose. Les sophistes ont enseigné la sagesse, les sciences en général, la physique, les mathématiques, la musique, etc. Ce fut leur première mission de former l'esprit. Le besoin de la réflexion en Grèce avait dû s'accroître. Cette culture intellectuelle, les sophistes Font propagée. Ils l'ont exercée comme un état, une profession Us font payer leurs leçons, voyagent de ville en ville. La jeunesse s'est attachée à eux, s'est instruite par eux, etc. >

Tout cela, nous le savons ; mais toujours le point principal est

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éludé. L'apologie est plus sensible encore dans ce qui est dit de la pensée libre, de la libre pensée (Freie Gedanken), de son opposition aux maximes communes. € L'éducation est un mot vague. Dans un sens plus précis, elle doit se tirer d*elle-méme, devenir sa propre création. Il ne suffit pas de croire, il faut se rendre compte. Un homme d'esprit sait trouver des points de vue généraux... C'est la sagesse pratique. A ce titre, les sophistes étaient des sages. On accorde à la sagesse de connaître ce qui fait la forcer la puissance (Macht), parmi les hommes et dans l'Etat. Celui-là est puissant (machtig) qui sait conduire à ses fins les autres hommes. Ainsi fai^^ salent les sophistes. Ce sont là leurs leviers. Us savaient se servir des penchants et des passions des hommes. Aussi les sophistes sont des maîtres A' éloquence. Véloquence consiste à savoir envisager les différents côtés d*une chose, à faire valoir ceux qui sont conformes à rutile et à laisser les autres dans l'ombre. De là la logique d'Aristote. Les sophistes en firent les premiers une étude particulière. Le sophiste est maître en cet art. Il sait rendre éloquent, habile à parler, titt9TaT7)v Tou icoivjaai St{vov X^Yi^v. Cet art de parler, les Français y excellent. Nous nommons cela bavarder, mais on apprend chez nous le français pour parler le bon français. L'homme non cultivé se trouve fort embarrassé dans la compagnie de pareils hommes. Ce qui constitue la culture de l'esprit, c'est que celui-ci ait présents les différents points de vue, qu'il possède une richesse de catégories sous lesquelles il considère un objet. C'était l'habileté que l'on acquérait avec les sophistes. »

Cela est très vrai ; mais cette habileté, dans quel sens et à quoi est-elle employée? La question faite au savant serait indiscrète ; et la réponse il n'a pas à la faire.

A l'appui de ceci, H^el fait une analyse du Protagoras de Platon où ce genre d'éducation est mise en scène. Les raisons de part et d'autre, ditrU, sont faibles. Celles de Socrate ne valent pas mieux que celles qui sont mises dans la bouche de son adversaire. Elles sont prises au point de vue empirique. La conclusion du dialogue est que la vertu politique est le résultat de l'éducation de la jeunesse, i

Nous avons reproduit ce passage, afin que l'on vit bien quel est l'esprit et le caractère de cette prétendue réhabilitation. Hegel ne voit qu'une chose dans la sophistique et dans l'œuvre des sophistes, et il le dit lui-même : la culture d'esprit qui rend puissant et habile (&(vov Xtytiv) à mener les hommes à ses fins. C'est le secret, tout l'art de la politique et de Yèloquence.

n est un côté que nous tenons à faire ressortir dans la thèse hégé-

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lienne : le oôté de hpuisiance (Maoht) ou de la force (Mvotviç), sur lequel le philosophe allemand insiste beaucoup, mais ne «^explique pas.

La confusion de la force et de la justice est précisément le point capital. C'est celui de la doctrine des sophistes, que Socrate et Platon (voy. Gorgias, Rép., I, ii) ont tenu à éclairoir; e*est ce qui leur fait paraître cette éducation dangereuse, propre à former une génération de rhéteurs et de sophistes. Il s'agit de savoir, en effet, si une telle éducation donnée par les sophistes et par les rhéteurs est bonne ou mauvaise, s'il ne s*agit que de Thabileté à déployer, des forces de l'esprit à exercer et à développer, en l'absence complète du but moral. Ce but absent, toute dirigée vers le succès, elle est propre à mettre en état ceux qui la reçoivent, de satisfaire leurs passions égoïstes, mala n'est-elle pas aussi uniquement destinée è pervertir les esprits et à corrompre les ftmes? Pas un mot n'en est dit. On va même jusqu'à dire que c'est de la sagesse, à ce degré, et que les sophistes sont des sages.

Quelle sagesse et quels sages? Il faut en convenir, il règne en tout ceci une déplorable confusion. Certes, mis en face d'une pareille équivoque, ni Socrate, ni Platon , ni Aristote ne l'auraient tolérée.

J'insisterai encore sur ce mot de la puissance (Macht, machtig), qui revient si souvent dans cette équivoque et, j'ai regret de le dire d'un si grand penseur, dans cette sophistique apologie de la sophistique.

Ce mot, on le sait, est employé en divers sens. U y a la puissance physique, mais surtout la puissance intellectueUe, la première et la plus puissante de toutes. L'art des sophistes, la culture de l'esprit qu'ils procurent rend supérieurs ceux qui l'ont reçu ; c'est cette puissance qui semble être ici préconisée, dont on vante les avantages et h supériorité.

Dans cet oubli total du point de vue moral, celui de la justice et du droit, si éloquemment rétabli par Platon {Rép., U; Gorgias)^ inévitablement vient à l'esprit la fameuse devise : La fbrce prime le droit. C'était celle de Thrasymaque et de Calliclès. Ne faisant pas de distinction, ne semble-t-il pas que le philosophe allemand prenne lui-même sous sa protection cette maxime, si souvent celle des diplomates et des hommes d'Etat? Pour savoir au juste sa pensée, il faudrait s'en référer à sa Philosophie du droit; mais, il faut l'avouer, ce qui est dit de la toute-puissance de Yidée^ de la souveraineté de Vidée et de Y esprit (Geist) serait loin de nous rassurer (voy. PhiL des Rechts^ § 437, etc.). — Il y &9 nous le savons, une interprétation supérieure de la formule, qui peut-être ne nous rassurerait pas plus, celle du droit concret opposé au droit abstrait^ etc. {Ibid.) Hegel en ferait-il bénéficier les sophistes ? Ce qu'il y a de sûr, c'est que pour les vrais philosophes,

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da moins en France, oà la notion du droit est restée et restera distincte de celle delà force, la confusion n^est pas possible. L*esprit fonçais y résistera toujours. La formule où les deux idées s'identifient est ren*voyëe aux sophistes. Mais nous devons couper court à cette discussion.

rV. Lés PRmcn»Aut sophistes. Protagoras H Gorgiûs, — Hegel, qui traite longuement de la sophistique, s'étend fort peu sur les so-» phistes. Les seuls dont il s'occupe sont Protagoras et Gorgias, qui représentent les deux points de vue principaux de la pensée et qui sortent des deux grandes écoles grecques, l'ionlsme et l'éléatisme.

Le but que Hegel se propose est seulement de « montrer, dit-Il (p. 28)| comment la êcience^ qui s'étend à tout, avait dans l'un et dans l'autre sa forme générale, par laquelle elle est la science pure. *

!• Protagoras, aux yeux de Hegel, est un grand penseur et un profond philosophe. Il voit en lui un précurseur de Socrate et de Platon. Il y a plud< un prédécesseur de Descartes et de Kant, Voici comment il s^exprime à son sujet :

c Protagoras n'était pas, comme d'autres sophistes, seulement un maitre habile; c*était aussi un profond penseur, un philosophe qui avait réfléchi sur les prindipes universels ou les plus généraux. Il exprimait ainsi la maxime fondamentale ié sa science : L'homme est la mesure de toute chose, de ce qui est et de ce qui n'est pas. Or c'est là un grand principe. Cette maxime a deux sens ! — On c'est le cété indéterminé et divers, la particularité, l'homme individuel ou acdden« tel qui est la mesure, et alors c'est l'égoïsme et le scepticisme. L'intérêt Individuel qui se fait centre, c'est le mauvais sens, la perversité dont on fait un reproche principal aux sophistes. — Ou, dans l'homme, on considère le côté universel, substantiel et rationnel, la raison. L'homme est ainsi la mesure en tant qu'il renferme en lui la raison. C'est le point de vue de Socrate et de Platon. Toujours est-il que le grand principe est Ici exprimé. Tout le progrès ultérieur de la philosophie n'a pas d'autre sens : savoir que la raison est le but de toutes choses. Son développement fournit Texplication de ce principe. II indique cette conversion remarquable de la pensée en vertu de laquelle toute vérité objective n'existe que dans son rapport avec la conscience- La pensée est Ici exprimée, comme le moment essentiel de toute vérité. L'absolu prend la forme ieh subjectivité pensante, qui particulièrement est apparue dans Socrate. L'homme est la mesure de tout, c'est-à-dire le sujet pensant. Ce qui existe n'existe pas en général, mais pour mon savoir. La conscience est ce qui produit essentiellement ce contenu. La

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pensée subjective est là essentiellement en action. Ge mouvement de la pensée se prolonge jusque dans la philosophie moderne, Kant dit que les phénomènes^ c*està-dire ce qui nous est objectif, ne nous apparaissent comme réalité qu'autant que nous les considérons dans leur rapport avec la conscience et non sans ce rapport. — Le second moment est plus important. Le vrai (Inhalt) s'enferme-t-il dans la particularité de la concience, où est-il déterminé comme Tuniversel, l'absolu en soi et pour soi? Dieu, le Bien de Platon est aussi un produit de la pensée, mais il est, et plus encore en soi et pour soiy absolu. Je le reconnais seulement comme étant fixe, étemel, ce qui, dans son essence, est l'universel, objectivement, sans qu'il soit posé par moi. >

Cette appréciation peut être vraie, mais Protagoras est-il le profond penseur, tel que Hegel le représente? Platon ne l'a pascru, Aristotenon plus ^. Le sophiste, disciple de Démocrite et dHéraclite, a su fort bien tirer la conséquence rigoureuse de leur principe. C'est ce que Platon fait voir très clairement dans le Théétète. Aristote dit de même dans sa Métaphysique : < U ne fallut pas un regard bien profond pour Tapercevoir. » Mais Hegel y voit un élément ou un moment de son système. Le devenir perpétuel (Werden) a sa place élevée dans la dialectique hégélienne. Il n'en fallait pas plus pour que Protagoras, comme Heraclite (que Hegel a réhabilité), fût uo profond penseur.

On^peut admettre très bien tout ce que Hegel dit ici de la raison humaine, de ses deux faces, subjective et objective^ individuelle et universelle. Son interprétation, en ce sens, de la formule de Prota-goras est fort juste. Mais cette explication est la sienne^ celle d'un successeur de Kant, et sa profondeur celle du phUosophe moderne, non celle du sophiste. Historiquement parlant, Protagoras a tiré la conséquence du système d'Heraclite. En cela il a été très bon logicien, mais c'est tout; le reste est kantien ou hégélien. Le titre de penseur profond et l'admiration tardive dont il est l'objet ici, il les doit à ce que Hegel Ta mieux compris qu'il ne s'est compris lui-même, et qu'à deux mille ans de distance il a reconnu en lui son disciple.

Ne semble-t U pas d'ailleurs que Hegel se contredise un peu plus loin lui-même dans ce qu'il dit de la manière dont Protagoras appliquait ou expliquait son principe? Hegel convient que Protagoras exprime ce principe « d'une manière commune et triviale » dans les exemples qu'il choisit : les uns ont froid, les autres ont chaud, c Le froid et le chaud n'ont rien de vrai, etc. U en est de même du plus et du moins.

1. Il n'y a rien de si menreilleax dans la proposition de Prottgoras, mais toutefois cette proposition n'est pas dénuée de sens (MéU, X, ch. i).

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de l'esprit sain et de la folie, de la santé, de la maladie, du sommeil et de la veille. Pour la connaissance sensible, il en est ainsi : c'est la conséquence du système d'Heraclite. Platon dit de même, Kant de même. Toute sensation est relative. Ce sont les catégories de la pensée. »

Pour nous, nous ne discuterons pas ce point de savoir s*il convient ou non d'attribuer à Protagoras ou à tout autre des sophistes cette profondeur métaphysique de la pensée que lui reconnaît Hegel ; mais nous retenons ceci : c'est que, de son propre aveu, le point de vue de Protagoras est celui du scepticisme spéculatif, et en morale celui de Végoisme^ ce qui est le mauvais côté de la formule. Or cela nous suf6t pour apprécier, ce semble, la sophistique dans Fun de ses maîtres.

Un exemple assez curieux de la manière dont Hegel réhabilite les sophistes est à la fin de cet article sur Protagoras. c Protagoras, dit-il^ vécut à Athènes; il y vécut longtemps avec le grand Périclès, qui prenait part à cette culture. On discutait alors tout un jour pour savoir si c'est le javelot, ou celui qui a lancé le javelot, ou celui qui a institué Texercice du javelot qui est le vrai coupable de la mort d'un homme » (Plutarq., Périclès, ch. 36).

Hegel voit là une grande question engagée dans cette dispute, celle de la responsabilité. C'est possible. On avouera cependant qu'elle eût pu être posée d'une façon plus profonde et plus sérieuse. Si Périclès assistait et admirait, cela prouve moins la profondeur que la subtilité de l'esprit grec. £n tout cas, il s'est bien gardé d'y faire allusion dans ses discours. Le siècle de Périclès dut son éclat à d'autres œuvres, et son éloquence s'exerça sur d'autres sujets.

2* Gorgias. — Ce scepticisme atteignit, selon Hegel, une bien plus grande profondeur encore (weit grosseren Tiefe) avec Gorgias, un esprit très habile, un homme d'État très distingué. On conçoit l'admiration de Hegel pour ce disciple des Elèates versé dans la dialectique. Sa thèse de Vêtre et du non-être reproduit le point de vue objectif dn problème de la connaissance et de la science pure, c Ici, c'est de la pure dialectique. Il était déjà très fort dans sa dialectique appliquée à Yart oratoire; mais ce qui le distingue, c'est sa pure dialectique appliquée aux catégories générales de Vêtre et du non-être, non à la manière des sophistes, dit Hegel (qui ne le prouve pas). — La dialectique de Gorgias se meut dans la région plus pure de l'idée (Begriffe) que celle de Protagoras. Et, ici, Hegel se moque de Tièderoann, qui a vu la saine raison dans celte dialectique qui contredit le sens commun . Le sens commun, n'est-ce pas lui qui condamne Copernic? La république chez les Chinois est absurde. La dialec-

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tique du Pro(igor«s était subjeotive; cello de Gorgias eat Ql(f$ÊHvet e'eit li sa aupériorité, et Hegel reproduit Y argumentation bien connue de Gorgiaa, sea trois thèseê rapportéea par Sextuê Empiricus : L'être n*e$t pa»^ eto. >

U ajoute : « Ce n'eat paa là du bavardage (Aeîn Geêchwats)^ oomme on le oroit volontiera* Se dialectique eat Qkjetiive; noua pouvons donner de son contenu un expoeé d'un haut intérêt» » Ce que fait Hegel en l'expliquant d'après son ayatème au point de vue de sa la» gique. Gorgiaa devient ainsi un prédéoeaaeur de Kaat*

a Cette dialeotiqae eat invincible pour celiii qui soutient que l'être sensible est l'ôtre réel» Sa vérité est de maintenir ce mouvement oomme étant en soi négatif. L'unité eat dana la penaée* L'ôtre n'eat paa enoore saisi comme étant; maia sa eonoeption ait de le rendre universdi de l'universaliser. La vérité philosophique eat ainsi non aeulemant dite, de telle aorte qu'elle serait un centre dans la consdenee aensUïle; maia l'être est ainsi donné comme la vérité philosophique. Les sophistes faisaient ainai de la dialectique, une philosophie Universelle (allgemeine) , leur objet. C'étaient de profonds penseurs )» (Ibid.)*

Pour nouS) nous n'avons qu'un mot i ajouter* En tout oas, s'ils étaient si profonds, c'était aans le savoir. Us doivent beaucoup à Kant et à Hegel de les avoir ainsi compris et eipUqués. Mail cette profon* deur, ils la doivent non moins aux Eléates et à HAioUta, dont eux* mêmes n'ont été que les disciples et les mterprètes.

Les deux principaux sophistes redeviennent, si l'on veut, do granda penseurs, de profonds philosophes, à une condition toutefois : c'est qu'ils aient su eux-mêmes ce qu'ils faisaient; c'est qu'ils aient eu pleine conscience de l'œuvre qu'ils accomplissaient ; c'est surtout qu'ils aient poursuivi le but que Hegel leur aasigne. Autrement, alla ont fait cela sans le savoir, si en outre, comme le dit et le répète PbUon et après lui Arùtote, ils n'ont eu en vue que Vapparenee du vrai, ai mettre cette apparenee à la plaoe de la vérité, afin de faire prévaloir leur opinion, a été leur but véritable et unique, on aura beau faire, les sophistes seront toujours des sophistes et non des pkiloeopkes.

LE PLAmOYER Dtl POSITIVISMB ÀNGUIS EN FAVBtJK DfiS SOPRtSTKS

(lewes, grotb)

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