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Plato and other campanions Socratet, 3 vol

LE PLAIDOYIft POSITIYIBTH (OROTB, LBWBS) 388

bltr, ctr on le uii^ sur oe point) qui fort peu FintirMie) Hegel eit très discret. Pour lui, c'est chose indifférente au savant, un de M6 sujets que se plaît à débattre le moraliste au point de vue du sens eommuo» oette raison étroite» dont l'esprit libéral des sopbiitea a su se dégager, dédaigneux des vieilles maximes aussi bien dans la pratique que dans la théorie. Il faudrait faire des frais nouveaux d'érudition et de eritique pour prouver que Platon et Aristote on tout autre les ont calomniés (voy. infra : Platon historien d» la êophiêtiqui)*

Toute Targumentation de M. Orole roule sur les points suivants t 1» Vidée génétale de la êophistique et des sophistes ; 2<» V enseignement spéculatif des sophistes; 8* Leur enseignement pratique ou moral; 4<» Leur honorabilité.

L Le savant anglais recherche d'abord l'origine de ropinien qu'on s'est faite des sophistes. Selon lui, la eause prinoipàle est oelle-el : Les sophistes, à l'Inverse de leurs prëdëoesseurs, ont enseigné pour de l'argent. • Ds ont fait de la philosophie une profession rétribuée, fait nouveau dont se sont emparés leurs adversaireë. C'est là oe qui les distingue dés premiers philosophes, de Platon et des autres êoere* tiques. On y a joîot d'autres accusations, celle de charlatanisme, etc. C'est à Platon surtout qu'il faut s'en prendre, moins à Xénophon et 6 Aristote, qui pourtant ne les ont pas ménagés. Quoi qu*il en soit, ils ont changé la signification du mot sophistes, qui d'abord n'avait rien de défavorable. C'est à leurs écrits, à ceux de Platon surtout, au grand talent de leur adversaire, à l'éloquence de ses écrits, qui sont de véritables satires, qu'il faut attribuer ce changement i. >

M. Grote insiste beaucoup sur ce point; 11 y revient sans cesse, et il en Aiil comme la eeractéristique même de la sophistique.

V Le nom de sophistes, dit-Û, dans son sens primitif, n'avait rien d'odieux; il désignait des hommes savants et habiles. On le trouve ainsi dans Homère. Ulysse est alnd appelé. C'est Platon qui lui a donné un sens particulier dans sa polémique. L'usage qu'il en fit a prévalu. Ainsi s'est introduite la coneeption erronée qu'on s'en fit et qui est restée depuis les sophistes. Les sophistes étaient simplement des maîtres gagés, des processeurs qui enseignaient les préceptes de la vie

1. Noai oamuisBoai Isi lophistès iiiHeat par H téttafgnafe ee Flttoa, lear ennemi déclarée Us portent la peine d'ine irompeaaa assaciaUen 4'i4éet« taappli* cable à Protagoras et à Gorgias. Le nom de sophiste conviendrait k Socrate lui* même, an motna an point de tue ipteUectttel (6rote, flUi. dé la Gfèô$).

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active, comme Isocrate et Quintilien, et qui faisaient payer lears leçons. »

Ainsi : l"" la postérité, trompée par Platon, a été dupe d'une erreur de mots; 2<* « une nouveauté » (H. Grote le dit textuellement), le fait d'enseigner pour de l'argent, a fait changer la signi6cation du mot sophistes. Telle a été l'origine de la grande polémique entre Socrate et les sophistes; c'est ce qui a motivé la haine de Platon et des autres socratiques.

Le plaidoyer, à son début, tout à fait dans le sens et selon l'esprit positiviste, ne ressemble en rien, on le voit, à la thèse idéaliste de la dialectique de l'idée. Il ne faut pas savoir mauvais gré à la critique anglaise de prendre tout d'abord sur ce terrain la défense des sophistes. Avoir enseigné pour de l'argent n'est pas un si grand grief. Qu'ils se soient enrichis et aient fait payer même très cher leurs leçons, cela ne peut déplaire aux partisans de la morale utilitaire. Aussi l'explication elle-même a fait une fortune considérable; elle a été partout accueillie et répétée. Nous-même ne la repoussons pas entièrement, pourvu qu'on nous accorde qu'elle est insuffisante.

Nous admettons donc que Platon a eu tort de s'être si fort indigné et scandalisé d'une pareille nouveauté, qui, si elle contraste avec le désintéressement des premiers philosophes, avait dans les mœurs nouvelles son excuse. Nous demandons seulement que d'autres raisons s'ajoutent à celle-ci pour expliquer un aussi grand débat.

H. Grote sent lui-même le besoin de sortir de cette considération et d'arriver à quelque chose de plus sérieux. Voici ce qu'il y ajoute, toujours en communauté de vues avec son compatriote M. Lewes, l'historien philosophe de cette école :

< Les sophistes ont été des précepteurs publics, d'éminents maîtres de la jeunesse athénienne. Ds ont étendu le cercle de l'instruction d'alors, donné un nouveau genre d'éducation, comme aujourd'hui Içs professeurs des universités. Ds ont rendu, à ce titre, des servie^ très grands, propagé des connaissances utiles. Une mesure plus considérable d'éducation pour la jeunesse était devenue nécessaire. Protagoras, Gorgias et les autres subviennent à ce besoin. »

Ici, les deux thèses se rapprochent et paraissent assez bien concorder. Mais ce point, que personne ne conteste, n'est que secondaire. Il ne constitue pas la sophistique, mais seulement un des côtés du rôle que les sophistes ont rempli dans l'histoire.

Tous les auteurs, les anciens comme les modernes, qui parlent des sophistes, leur ont accordé ce mérite d'avoir été les premiers maîtres de la jeunesse athénienne* Ce rôle d'éducateurs, comment l'ont-

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ils rempli? Là est la question. Ne s'agit-il que d'une extension et d'une propagation des connaissances utiles, des sciences et des arts? Quel était Tobjet réel et le fond de leur enseignement? C*est ici le point essentiel, capital. En attendant que M. Grote le dise, son compatriote M. Lewes nous donne une autre explication de la défaveur qui s'attacha plus tard au nom des sophistes et de la mésintelligence qui éclata entre les sophistes et Platon.

< Les sophistes, dit H. Lewes, étaient riches, ils étaient paissants; ils étaient brillants, beaux discoureurs. Demandez à un penseur solitaire, à Platon, ce qu'il pense de Thomme fastueux et puissant, mais frivole, qui usurpe Tattention du monde. L'homme de conviction a eu de tout temps un superbe dédain pour l'homme qui ne sait que jouer de la dialectique et de Téloquence. Le penseur sait que c'est la pensée qui gouverne le monde, etc. Le penseur ne serait point homme s'il supportait cela sans s'émouvoir, etc. » {Hisi. de la Phil.).

Ceci est d'un ordre plus élevé et s^éloigoeun peu de la question d'argent, mais ne nous dit pas ce qu'enseigoaieot les sophistes ni comment ces émineots maîtres gagés, ces professeurs d'université à ÂUiénes, remplissaient la mission qu'ils s'étaient donnée. Pour le savoir, il faut examiner le second point : l'objet de l'enseignement des sophistes.

Mais il est bon d abord de noter ce que M. Grote lui-même, ici d'accord avec M. Lewes, dit de la divergence de direction, l'une purement pratique^ l'autre spéculative^ qui, selon lui, caractérise les sophistes d^une part, Platon et Âristote de l'autre. Voici comment il s'exprime à son tour dans son Histoire de la Grèce (Ir. fr., p. 165) :

< Les deux veines du mouvement intellectuel, l'une dirigée vers les affaires publiques, l'autre vers un développement d'opinions et

une aptitude plus grande pour la vérité spéculative De là, entre

elles, une controverse et une polémique, un esprit de dénigrement mutuel, une rivalité personnelle, sentiment éveillé de jalouse ignorance, une antipathie littéraire et philosophique. C'est la gloire d'Athènes d'avoir réuni ces deux tendances opposées Une liberté entière leur fut laissée, etc.

< Mais de là aussi, pour nous aujourd'hui, la nécessité d'invoquer ce rare sentiment d'impartialité à l'égard des sophistes eux-mêmes, qui furent vaincus par leurs adversaires » (Jlbid.).

On accordera aisément que Platon est un vrai théoricien et même d'une autre taille que les sophistes. Mais eux aussi n'ont-ils été que des esprits pratiques, étrangers tout à fait à la spéculation? Là-dessus, nous renvoyons les auteurs anglais à la thèse allemande. Ils verront ce qu'en dit Hegel et comment ils le continuent. Il y a plus, la thèse

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anglaiM êlle-mlme B'«t pM» on le vsrra plas loin^ sans se oonlre*

QqoI qu'il an aoit, la rAla des sophistes, selon le savant anglais, aurait Mé purement pAdagogique. Ces maîtres de la jeunesse athë<« nienne se seraient eomplétement désintéresses des hauts prohièmes qu'aborde la spécalatlon philosophique et qu'avaient agités leurs pré^ décesseurs. C'est là le trait prindpal qui les sépare de leurs eontem«* poralns, également livrée à la spéeulatiott la phs haute, de Platon en particulier.

Nous n'eiaminons pas si e'est hien earaetériser la sophistique et les sophistes et si) historiquement parlant, une pareille assertion est admise sible; mais nous ne pouvons ne pas foire remarquer encore combien la thèse anglaise diffère môme ici de la thèse allemande* Elle lui est diamétralement opposée. Pour Hegel, ee qui caractérise la sophistique, c'est précisément le changement qu'elle opère dans la spéculation, o'est qu'elle introduit la spéculation au sein de la pratique elleméme< Elle substitue aux maximes de h raison commune et du bon smê un mode de raisonner par principes qui feit tout chanceler sur sa base, les idées, les lois, les mœurs, les traditions. Elle renverse les systèmes antérieurement construits par les penseurs eux-mâmes qui avaient essayé de résoudre l'énigme de l'origine de l'anivers et de sa formation et s'étaient enquis du principe des choses.

n est impossible d'être pitis formellement en désaccord sur le point capital, Vidée qu'on doit se faire de la sophistique et sur sa place dans le mouvement général de la pensée humaine. Pour Hegel» c'est un grand événement dans l'ordre spéculatif. Pour les positivistes anglais, les sophistes n'ont rien à voir avec la spéculation ,' leur rôle est tout pratique. Les sophistes se bornent k enseigner et i propager les connaissances acquises ; ils étendent le cercle des connaissances positives, mais ils restent étrangers au mouvement spéculatif. Et c'est

i. IM maîtres p«|éi (lophiMai r^inéeeiUét eomiat laa petta mania) a'ètalsai distingaés de leurs prëdécéssears d^aacane manière marquanle ou féairique. Leur vocation était de préparer la jeunesse aux devoirs, aux occupations et aux succès de la vie aetive tant privèa que publique. P'autres l'avtieit Mt aiparavant; mais ces malires apportaient, pour accomplir leur tâche, un œrcle plus Urfe de connaissances avec une multiplicité plus grande de svgets scientifiques et autres, non seulement des moyens plot puissants de composition et de parole, servant comme exemple à réUve» mais eneort la conpi^ension dai élèaieBla en beau laifiga, de manière à pouvoir lui donner des préceptes qui conduisent k ce talents — trésor considérable de pensées accumulées sur des sqjets moraux et politiques, calculés pour raaére laui oanvemtiea très iastnetive, ^ et dat discours tout prêta sur des poiaU j^èraux, des Uâm romsueii, que Ime dieiiplai devaleat appreodie par cœur. Car, bien que ce fût une extension fort importante, ce n*était rien de plus qu*une es^entionf etc.

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là oe qui les a brouilles avec les philosophes spéculatifs, irrités de voir que leurs théories transoeudantes étaient dëdaignéeiparoes nouveaux maîtres qui cherchent à en dégoûter la jeunesse athénienne. Là, Protagoras et Gorgias sont de profonds penseurs; id, ce ne sont pas môme des penseurs, ce sont des pédagogues. Il est vrai que ces professeurs ou précepteurs publics étaient pleins de taloit, qu'ils avidant un savoir qui dépassait la mesure ordinaire, qu'ils s'acquittaient, non sans élo« quence, de la mission qu'ils s'étaient donnée.

Qu'y a-t-il de vrai dans cette assertion Y Qu'y a4-il de faux, d'étroit et de superficiel? Encore une fois, qu'on le demande à la thèse alle^ mande. Gelle^si, malgré ce qu'elle a de systématique, est, selon nous, très supérieure à cette façon tout extérieure et banale d'envisager la sophistique.

n. Quelle était au fond, dans sa substance et dans son ensemble, la doctrine des sophistes? Sur ce point, le positivisme anglais nous ménage une surprise. Jusqu'ici, on avait cru que, malgré leur person* nalité distincte, la diversité des sujets qu'ils avaient l'habitude de traiter et le renom qu'ils s'étaient acquis dans les diverses branches du savoir que chacun d^eux cultivait de préférence, les sophistes grecs avaient une doctrine commune, un même esprit, une méthode sem« blable, qu'ils aboutissaient à des solutions analogues ou identiques sur tous les points importants de la philosophie. C'était ce qui avait servi à les classer, les avait fait regarder comme étant de la même famille ou de la même école, comme formant un groupe distinct dans l'histoire de la philosophie grecque.

M. Grote affirme nettement le contraire. Selon lui, c'est une grave erreur des historiens et sans doute (il ne le dit pas) des contemporains, de Socrate et de Platon, d'avoir cru qu'ils avaient des idées communes, un corps de doctrines semblable. Il n'en est rien. La critique encore doit faire revenir de cette opfaiion complètement erronée et faussement accréditée parles historiens. lei, nous ne pouvons ntieux faire que de citer :

c C'a été une mode, chez les récents historiens allemands de la phi* losophle, d'emprunter à Platon et d'évoquer un fantême appelé diê Sophiitik, la sophistique. Or, en premier lieu, pour que 1 ^traction sophbtique ait un sens défini quelconque, nous devrions avoir une preuve qui constatât que les personnes nommées sophistes avaient des doctrines, des principes ou une méthode à la fois communs à elles toutes, et qui les distinguât les unes des autres. Mais celte supposition n'est pas vraie. Ils n'avaient en commun ni doctrines, ni prtecipee,

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ni méthodes qui leur appartinssent. Le nom même par lequel ils saai connus ne leur appartenait point, pas plus qu*à Socrate et à d*aûtres. Ils n'avaient rien en commun, si ce n'est leur profession, comme maîtres payés, mettant les jeunes gens en état de penser, de parler et d'agir.(t. Xn, p.495).

« Bref, la sophistique n'est ni une secte ni une école avec des doctrines et une méthode commune. C'était une profession avec de fortes particularités individuelles » {Ibid.).

Ceci arfBmé de ce ton tranchant, avec cette hardiesse sûre d'ellemême, a bien de quoi dérouter un peu le bon sens vulgaire. Si c'est là ce qu'a découvert la critique moderne, nous l'avouons, le progrès est considérable; la découverte est bien faite pour changer tout à fait la manière jusque-là admise et ce qui pourrait s'appeler la légende des sophistes. Hais on a du mal à en revenir. Quoi ! non seulement le mot sophistes a été détourné de son sens et mal appliqué, mais la sophistique elle-même est un non-sens. D y a eu des sophistes, mais la sophistique n'a jamais existé. Il y a eu des personnages sous ce nom calomniés, mais la sophistique n'est qu'une abstraction sans réalité, une fausse entité, un fantôme. Socrate et Platon ont combattu cette chimère! Cela rappelle un peu la légende d'Hélène qu'on trouve dans la pièce d'Euripide {Hélène)^ selon laquelle les Grecs se seraient battus dix ans autour de Troie pour un fantême. Eh bien, Platon dans ses dialogues, Xénophon dans ses Mémoires^ Aristote dans sa Réfutation des sophistes auraient fait de même. Egalement dupes ont èiè avec eux et après eux tous les auteurs anciens et modernes qui se sont mis en peine de raisonner de la sophistique, qui Font prise au sérieux et, sous ce mot, ont introduit une idée réelle et commune. U est vrai que Platon lui-même, en déCnissant le sophiste et cherchant à déterminer son idée, dit qu'il est d'espèce fantastique, 9avTaaT{xou Y^vouc {le Sophiste, 51). Mais il ne s'imagine pas qu'elle soit tout à fait d'apparence vaine, ni que les sophistes, qui portent ce masque trompeur de la fausse sagesse, n'aient pas entre eux des traits semblables, n pense tout à fait le contraire. Le sophiste, à ses yeux, quel qu'il soit et quelle que soit la spécialité qu'il ait embrassée et qu'il professe, est toujours le même, qu'il s'appelle Protagoras,Gorgias,ou Prodicus, ou Hippias. Il y a entre eux, pour lui, solidarité complète, qu'il s'agisse de vérité, de beauté, de justice, de sainteté, etc. Pour lui, malgré la diversité, le fond des doctrines est toujours le même. Il parait qu'il s'est trompé, et Socrate avant lui. Ce sont des visionnaires.

Une pareille opinion, quant à nous, nous parait aussi étrange que nouvelle.

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