‹ La philosophie ancienneChapitre 151 sur 194 · PLATON HISTORIBN DE LA SOPHISTIQUE · texte numérisé non relu

PLATON HISTORIBN DE LA SOPHISTIQUE

Esl-ce là manquer à la vériié historique? Est-ce même caricaturer les sophistes? Qu'on examine tous ces personnages, les sophistes, on verra avec quel soin et quel art Platon les a représentés chacun avec son caractère propre et connu, dans sa vérité historique. Chacun d'eux y a son langage aussi bien que la doctrine qu'il professe; son tour d'esprit même et les artifices de style, jusqu'au son de sa parole et de sa voix, sa prononciation (V. Gorgias)^ sont conservés, sans pour cela que ses mérites et ses qualités personnelles soient niés au méconnus. Prodicus est le sage Prodicus, Hippias l'homme universel, qui enseigne toutes les sciences et pratique tous les arts (l*** et 2«iïip/nas). Protagoras est bien l'éducateur de la jeunesse qui s'engage à élever les hommes, naiSelietv âvOpwirooç, et à former de bons citoyens (Protag.). Il enseigne la politique, il rend habile à parler et agir en toute affaire et toute circonstance, se proclame lui-même sophiste et en fait profession (ibid.). Gorgias tient son art, l'art de la parole, pour le premier des arts, l'art de tous les arts {Gorgias)^ etc. U est vrai que l'ironie socratique, qui partout se mêle à l'éloge, lui ôte singulièrerement de son prix. Mais cela est encore de Thistoire; Socrate, sans cela, n'eût pas été Socrate. Partout le rôle sérieux, le beau rôle lui est réservé, à lui, l'adversaire des sophistes. Il semble bien que Platon a eu le droit de le lui donner. Toute la question se ramène à savoir si l'idée qu'il s'est faite de Socrate est vraie ou si elle est fausse, si Socrate, comme on le dit (Grote), nefut que le premier des sophistes, si son disciple, qui le met aux prises avec eux, en cela lui-même l'a ravesti et nous en a donné une idée contraire à la saine notion historique, celle qu'on doit en avoir, au dire de la critique moderne.

Nous n'y reviendrons pas. Mais veut-on la preuve palpable en sens inverse delà vérité de ce que nous disons? Cette preuve par les contraires, nous n'irons pas la chercher loin : le défenseur de la sophistique (Lewes) lui-môme nous la fournil par l'idée singulière qu'il a eue d'assimiler Platon à Aristophane. Si l'un, nous dit-il, a calomnié et caricaturé Socrate, l'autre, Platon, le disciple, a fait de même, il a calomnié et caricaturé les sophistes. (V. 76td., Lange.) — On ne pourrait, il faut en convenir, être plus maladroit dans le choix d'une comparaison. Car si l'on veut un exemple pris dans tout le théâtre ancien où la vérité historique ait été ouvertement violée, les Nuées d'Aristophane sont cet exemple. Et on aura beau faire, la critique moderne (Hegel) ne parviendra, jamais à laver le grand poète de ce reproche. En cela même, comme poète comique, il a violé une règle fondamentale de son art, qui est d'être vrai, même historiquement. Lui-même, on Ta dit, est le sophiste dans la pièce où est représentée la sophistique.

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