LB MOT SOPHISTE, SON HISTOIRB
les sophistes, réunit sous ce nom de sophistes tous les maîtres d'éloquence et se le donne à lui-môme. — C'est ainsi qu'on verra ce mot reparaître plus tard à Rome, à Tépoque des empereurs, où il est également applique à tous les rhéteurs, aux maîtres qui enseignent en public ou chez les particuliers.
n y a donc à distinguer au moins deux sens du mot sophiste, Tancien ou le vulgaire, qui se conserva en partie et redevint en honneur chez les Romains, et le sens nouveau, celui qui a prévalu. Celui-ci est le sens précis, philosophique, qu'il a pris et gardé depuis Socrate, Platon et Âristote; il est entré dans la terminologie philosophique et il a fini par passer dans la langue vulgaire ^
De cette diversité de sens, surtout de la signification première, on a essayé de tirer un argument en faveur des sophistes (Grote, Lewes, Lange, etc.). On a dit, M. Zeller lui-môme l'a dit, que le sens donné par Platon est en partie trop restreint, en partie trop étendu, c Theils zu eng, theils zu weit > ; trop restreint parce qu'il introduit à priori l'idée d'une fausse sagesse comme caractéristique de toute une classe d'hommes en réalité très différents et professant des doctrines très diverses; trop étendu parce qu'il ne représente pas exactement ce moment particulier de la sophistique chez les Grecs et qu'il en fait une catégorie générale, etc. (PhiL der Griechen, I, 885).
Comment le savant historien a-t-il justifié son assertion? on le verra plus loin. Quoi qu'il en soit, il nous semble que c'est attribuer une trop grande importance aux mots, c Les mots, dit Bacon (Nov. org.y I], sont les étiquettes des choses. Si le mot a changé de valeur et de sens, c'est que la chose elle-même a changé ; c^est, qu'au temps de Socrate et de Platon, elle n'était plus la môme, qu'elle a pris un nouvel aspect, et s'est spécialisée. Pour marquer l'apparition de ce phénomène nouveau, la sophistique, à bon droit regardé comme très important dans l'histoire ancienne par ces historiens eux-mômes, il a bien fallu, ou inventer un terme nouveau ou donner à l'ancien une signification nouvelle, restreinte et plus précise. Re$ verba sequuntur. Platon, Aristote, Xénophon l'ont fait, ils ont précisé ce sens, appliqué ce terme à la forme nouvelle de la pensée ou à la direction de l'esprit qui s'offrait à eux, et aux hommes, parfaitement connus, qui étaient à la tôte de ce mouvement. Est-il vrai, que ces hommes étaient animés du môme esprit, que, malgré la diversité de leurs opinions, un lien logique réunissait leurs doctrines? nous n'avons pas à revenir sur ce sujet traité ailleurs (p. 289).
1. On le dit m6me des choses matérielles : denrées sophistiquées, vin sophistiqué, etc. •
H iis c'est akiBi qtte B'esi èbàbld éL s^est fixé le se» de oee ternes : de topkiiiique (ao^umCa, «oçtortxiQ comme earaotérisUque générrie, de Mopidsie {n^Êovffi) appliqué aux indindas; à'art sophistique (oo^wtorl! i^yi)) ooBiae propre à Tart qi'ib caltivent; de wpkisme {aif^tft^^ (TOfcdJKk), pour désigner le gemre d'arguments qa'ik emploient, etc.
Ainsi a été changée la agnileation première vague et indéterminée de ces mots. La sophistique^ en particulier, a été dès lors sjmonyme de famse sagesse^ égCHste et intéressée. Les hommes, qui ont porté ce nom de sophistes^ ont été dtstingoés des vrais sages ou des vrais philosophes.
La sophistique a été < la sagesse apparente et non réelle >, telle qu'Aristole Ta définie {MeLy IV, n; Ref.^ Sofrii. I). On eat sorti du vague et de rindétermination dans la langue ^ de la confusion des idées qui y est inhér^ile. Platon et Aristote, qui ont fait cesser Véquivoque, ont-ils par li égaré Topinion? Nous persistons à croire le contraire. Et, aux raiscms qui ont été données, pourrait s'ajouter eelle-d, comme le fera voir ce qui suit : c Non me solum raiio et disputatio impulit ut ita crederem, sed nobilitastummorum philasophorum et auctoritas (Gic., De sen,, 21).
Mais leur reprocher d'avoir fixé la langae, de complicité avec tool le monde et d'abord avec les contemporains, est un point qui, selon nous, ne mérite pas d'être discuté.
n faut s'attaquer à la définition elle-même qui est de dioses ei noa de mots. Autrement nous dirions avec Leihoiz : c Si quelqu'un donne un autre sens aux paroles, je ne veux point disputer des mots. » {Nouv. Es8. sur tEnt. Aum., I.)
La question de mots ainsi élucidée et écartée, nous nous trouvons en face de l'idée elle-même et aussi en face des jugements qui Taccompagneat ou la suivent diez les principaux auteurs de l'antiquité et des temps modernes, que nous allons interroger jusqu'à ce que nous soyons arrivé» à l'époque actuelle, celle de la réhabilitation, qu'eUe-mêrae nous avons pu examiner et apprécier.
LBS SOPHISTBS BT LB8 SOCBATIQUBS 327