SECTION I
L*IDÉB DE LA SOPHISTIQUE CHEZ LBS CONTEMPORAINS OU LES SUCCESSEURS IMMÉDIATS DE SOCRATE : XÉNOPHON, PLATON, ARISTOTE, ISOCRATE.
Les socratiques eh c^néral. — Ce sont, dit-on, des ténuMUS suspects et des juges plus suspects encore. Intéressés et passionnés, ils manquent tout à fait d'impartialité sinon de clairvoyance. On connaît tons les motifs de haine, au moins d'aversion qu'ils avaient contre les sophistes. Us formaient une école, use secte, un parti, comme one église à Athènes. Surtout, depuis la mort de Socrate, ils ne pouvaient ptrdoBAer à leurs adversaires qu'ils croyaient avoir été en partie les auteurs de sa mort ou du procès qui avait amené la «ondamnatioa de leur ami et de leur maître.
Encore ki, nous ne vouions pas rentrer dafts le débat qui nous ra^ mène en arrière (voy. p« 169, 306, 291). Nous ferons une seule remarque et pour constater un fait : c'est que, s'il y a eu calomnie ou exagération très grande de la part des aBiis de Socrate et de ses disciples, penoBne n'a élevé la- voix pour les contredire. Et eux-mêmes cependant ne manquaient pas d'ennemis ou d'adversaires. Gela semble prouver, au moii^, qu'ils étaicant les interprètes de l'opinion commone. — Mais, dit-on encore, c'est que la critique historique n'existait pas alors. — On ne voit pas ce qu'elle avait ici à faire. Qu'elle marque aujourd'hui le rAle alors inconnu des sophistes, dans l'histoire, on le conçoit, c'est i dIeHBéme son rôle; mais, sur la question, Umie philosoiddque et surtout morale, de la sophislique elle-même, de «a nature, de renseignement des sophistes, du danger de leurs doctrines, de i'faGiioflrabilité des sophistes, des défauts qui leur sont reprochés : la cupidité, la vanité, le savmr supeilcîel de ces hommes, leur vain étalage de paides, etc., les andens nous semUent avoir été aussi bien et mieux placés que nous pour les eonnaitre et sainemei^ les appréder. Des hommes oosame Platcm et Aristote, pour être de bons juges, certes, ne manquaient pas de lumières, et nous n'avons
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pas moins de garantie dans leur caractère. Tout au plos, pourrait-on taxer d'exagération leur opinion, trouver en leur manière de voir une sévérité excessive, qui a sa source dans les préjugés d'une morale qualifiée d'ascétique ou les conceptions d'une métaphysique surannée.
Hais ce sujet, je le répète, pour nous, est épuisé. Ce que nous voulons faire ici, c'est d'étudier, dans son principe et à son début, chez les fondateurs de cette opinion, la notion même de la sophistique telle qu'elle est exprimée dans leurs écrits; c'est aussi de montrer que, malgré la diversité de leur esprit, de leur caractère et de leurs doctrines, l'accord est parfait chez ces grands auteurs et ces témoins directs sur tous les points essentiels qui constituent cette forme de la pensée humaine, la sophistique, et les hommes qui la représentent. C'est par Xénophon que nous devons commencer :
Z. — > zAnoPHON : X«a sophistiqua dans Zénophon.
I. Son autoiuté comme historien. — Son accord avec Platon. — Quoique disciple et apologiste de Socrate, il n'est pas moins regardé comme historien véridique. Malgré son aversion pour les sophistes, son témoignage ne peut guère être récusé en ce qui les concerne euxmêmes, et ce qu'il en dit dans les Hémoires ou ailleurs. La mésintelligence entre lui et Platon, qui est un fait avère (voy. Aulu GeUe, XIV. 7), donne encore plus de valeur à l'accord des deux disdples.
On avance qu'il est moins défavorable aux sophistes et que, chez lui, la doctrine de Socrate n'est pas aussi opposée à la leur, qu'elle s'en rapproche même et lui ressemble ou n'en diffère que très peu (Grote).
C'est une grave erreur à bon droit relevée (voy. Fouillée : Socrate^ L. VUI, ch. i). Quiconque a lu les Mémoires est frappé, au contraire, de Popposition, comme il Test de l'accord avec Platon, sur tous les points principaux où la comparaison doit s'établir.
Pour l'un comme pour l'autre, la sophistique est la fausse sagesse, opposée à la vraie, que Socrate représente. Partout, dans les Mémoiresy s'ofifre cette opposition ; lors même que le nom des sophistes n'est pas prononcé, le contraste est visible. Sur la science, sur la justice, sur le bien et l'utile, sur le beau, sur l'éloquence et l'art, sur la politique, sur la religion, etc., c'est toujours la même contradiction ou opposition, qu'elle soit ou non formulée. Là où ils apparaissent et sont mis en scène, les mêmes caractères sont attribués aux sophistes ; les mêmes défauts de leur caractère sont signalés, la cupidité, la vanité, l'ostentation, les vaines promesses, la prétention non