LÀ SOPHISTIQUB DANS XÉNOPHON
justifiée au savoir universel, enfin, le reproche plus grave encore de corrompre la jeunesse.
n. Son idée générale de la sophistique et des sophistes. — Le passage suivant, souvent cite, atteste cette ressemblance avec Platon et Aristote, en ce qui concerne Vidée générale de la sophistique, celle d'une sagesse vénale, non réelle, apparente ou fardée, et parée de faux ornements.
< Il est reçu parmi nous qu'on peut faire un usage honteux de la sagesse comme de la heautë. Qu'une femme mette ses charmes à prix d'argent et les vende au premier venu qui veut les payer, on lui donne le nom outrageant de courtisane; mais nous ne croyons pas indigne d'une femme honnête de se faire un ami, qui ne chérit en elle que son mérite et sa vertu. Il en est de même de la sagesse. Nous méprisons comme de viles courtisanes, nous appelons sophistes ceux qui la vendent argent comptant. Hais si le sage découvre un jeune homme d'un caractère heureux, s'il se plaît à l'instruire, s'il s'en fait un ami, il remplit les devoirs d'un honnête et respectable citoyen > {Mém.^ I, xxn).
Ce passage, dit-on, ne prouve rien, sinon l'aversion profonde et le mépris que le fait nouveau d'enseigner pour de l'argent inspirait aux disciples de Socrate et aux partisans de5 anciennes écoles. Pour eux, comme pour les anciens philosophes, la sagesse ne se vend pas ; libéralement elle se donne et se communique. Dans ce commerce intellectuel, qui n'est pas un trafic, mais l'union des âmes ou des esprits, s'engendre l'amitié ; celle-ci toute spirituelle est désintéressée comme l'est toute vraie amitié (voy. Arislote, Ethique à Nie, VIII). Noble préjugé sans doute; mais qui n'est qu'un préjugé. Et l'on cite à l'appui un autre passage des Mémoires^ où la même idée est exprimée d'une manière encore plus frappante ^
Ce qui de cet argument est fondé et légitime a été concédé 284-86). Le tout est de savoir s'il n'y a pas en tout ceci autre chose que le gain, si, en cette sagesse vénale, l'objet vendu lui-même n'est pour rien ; en un mot, si ce n'est pas la marchandise elle-même qui, ici et partout ailleurs, est avant tout qualifiée, dont il faut s'enquérir
i. Un autre jour Antipbon disait a Socrate : « Tu te crois un homme juste, mais pas tout à fait un homme sage. Il me parait que tu es aussi de cet avis et voilà pourquoi tu ne fais point argent de tes leçons, i.. Quiconque trafique de la beauté avec qui veut la payer s'appelle un prostitué; mais celui qui, connaissant un homme épris de la vertu, cherche à s'en faire un ami, on le regarde comme un homme sensé. Il en est de même de la sagesse, ceux qui en trafiquent avec qui veut les payer s'appellent tophUes on bien prostitués {Mém., I. vi).
avant de l'aeqaérir, q«d doii être appréciée» contrôlée, vérifiée. Ghes ces philosophes, amis et disciples de Socrate, chez Xénophon en particulier, n'est-ce pas aassi et plutôt encore le côté moral qui provoque et motive Taversion et le mépris? La comparaison avec la beauté fardée des courtisanes semble déjà assez clairement Tindiquer.
Mais îi est d'antres endrmts où il ne s'agit ni de trafic ni du prix, mais bien de la chose elle«iéme, et de l'estime qu'on ddt en faire en raison de sa nature propre et de sa valeur intrinsèque chez ceux qui la vendent ou la distribuent U s'agit aussi de leurs défauts, comme le diarlatanisme, les vaines promesses, ete., de ces maîtres de la jamesse athénienne. Nous devons aussi les ctter«
IIL La nocniNE des sophistes ; lbua chaaultàkismb et lbois vhhes PROMESSES. — « Socrate ne faisait pas toutes les belles promesaes dont les professeurs mercenaires de la vertu sont si prodigues. » {Mém.^ I, vi). Ceci est bien relatif k l'objet enseigné. Dans ce qui suit, c'est aussi du fond de la doctrine même des sophistes qu'il s'agit
c La plupart des gens qui font métier de philosophie soutiennent que l'homme juste ne peut devenir injuste, ni l'homme modeste insolent et que, comme tout se porte sur les principes, on ne peut tomber dans l'ignorance après avoir été bien instruit. > {làid,^ VŒ.)
Mais n'est-ce pas, dira-t-on, ce qoe Socrate enseignait lui-même? — Nullement, du moins dans le sens dont Socrate l'entendait. Lui, Socrate, professait l'invariabilité des jugements de la raison sur le bien et le mal comme sur le vrai et le faux, le juste et tinjuste. U disait aussi qu'on ne pèche que par ignorance. Il avait foi dans l'efficacité des maximes et des principes de la oonscienee hîen éclaira sur la conduite humaine, qui, disait-il, devenait ainsi invariable dans ses actes. — Que disaient les sophistes? Qu'on prat changer d'opinion et de caractère sans cesser d'être le même, parce que la vérité en soi n'existant pas, n'y ayant en soi et d'une façon abêolue, ni bien ni mal, ni juste ni injuste, en changeant d'opinion et de earadére on est toujours ce qu'on était, ni plus ni moins juste, ni pins ni mmns savant, etc. Les deux doctrines aont diamétralement opposées et se contredisent
IV. Le faux SAvom et l'akt uiuversel des sopmsTES. — Ce qui suit s'applique aux anciens philosophes qui sont les physiciens, mais non moins aux sophistes qui, sans rien savoir k fond, se vantaient de tout savoir sur les mystères de la nature comme sur tout le reste. Xénophon les oppose i Socrate, i son savoir modeste. Il fait ressortir