‹ La philosophie ancienneChapitre 166 sur 194 · III. ~ ARISTOTB : La Sophlstlqaa dans Arlstote · texte numérisé non relu

III. ~ ARISTOTB : La Sophlstlqaa dans Arlstote

I. L'autorité d'Aristote. — Son accord avbc Platon, leur esprit DIFFÉRENT, ETC. — C'cst avcc Platou Ic plus grand nom de la philosophie ancienne; il est aussi la première autorité en ce qui concerne son histoire. On dira de lui-même, au sujet des sophistes, qu'il n'est pas impartial, que lui aussi est imbu des préjugés de l'école socratique; car, s'il n'est pas le disciple immédiat de Socrate, il l'est de Platon, son disciple, dont il suivit vingt ans les leçons. Mais on n'ignore pas non plus ce qui distingue et sépare les deux philosophes, les qualités différentes de leur esprit, les oppositions de leurs systèmes comme de leur génie, leurs dispositions particulières. On sait à quel degré Aristote , cet esprit sévère et positif, conserve vis-à-vis de son maître l'indépendance de ses opinions. Cette indépendance se révèle partout dans sa manière de voir et de juger les personnes et les choses. Elle éclate à chaque page de ses écrits. U y a plus, il semble qu' Aristote se plaît à contredire son maître partout où leurs opinions

\ . Nous avons traité ce s^jet dans nos QwiHont de Philosophie, à Tarticle PosinvisMB, p. 449 et soiv. 3« èdit.

3fô LBS SOPHISTES GRBCS

se rencontrent et sur toutes les parties de la philosophie. Or, il sç trouve que, sur ce point, presque seul, la sophistique et les sophistes, ils sont en parfait accord ; cet accord subùste et se maintient partout sur les sophistes dans les endroits qui les concernent. Il n'y a pas à signaler la moindre différence ou dissidence. Les idées et les jugements sont identiques et le langage lui-même souvent est semblable, comme on peut s*en convaincre en les lisant. On est amené i conclure que la vérité qui partout ailleurs les divise les a ici réunis.

n. RÔLE DISTINCT DES DEUX PHILOSOPHES RELATIVEMENT A LÀ SOPfflSTIQUE.

— U y a pourtant à tenir compte du rôle distinct des deux philosophes, et de la tâche que chacun d'eux a entreprise. L'un combat la sophistique et réfute les sophistes sur tous les points où leur doctrine est opposée à la sienne. L'autre aborde le sujet surtout en savant et avee une autre méthode. Esprit sévère et positif, c^est en froid logicien qu'il envisage cette forme vicieuse de la pensée et qu'il l'étudié. Ce que Platon avait attaqué, flétri, tourné en ridicule, il le reprend, l'observe et le décompose; il en met à nu les vices. C'est à la forme du raisonnement qu'il s'attache, c'est le syllogisme faux, apparent, trompeur, ^atvilAsvov ouXXoytotJiov, qu'il soumet à l'analyse, qu'il suit dans toutes ses formes les plus subtiles et les plus spécieuses.

L'art même des sophistes, cet art dont ils abusent pour tromper ou embarrasser les esprits, il en pénètre les secrets et en dévoile les artifices. Partout il les poursuit dans leurs faux raisonnements, il signale leurs ruses, en un mot, il réfute tous ces sophismes. En cela, malgré les lacunes, il a rendu un service signalé à l'esprit humain et à la philosophie; c'est là son mérite spécial à l'endroit de la sophistique.

Mais il n'a pas fait que cela. Comme métaphysicien, comme moraliste dans toutes les autres parties de sa philosophie, il nous donne de la sophistique la même idée générale et particulière qu'on a trouvée dans Platon. Comme lui, en outre, il la condamne, la déclare fausse et dangereuse; ses jugements ne sont pas moins sévères. Il en signale les dangers. U le fait au point de vue spéculatif et pratique par tous les côtés ou aspects principaux où elle se présente, métaphysique, logique, moral, social et politique, par celui de la rhétorique qui, diez les anciens, est mêlée à la politique.

Tout cela, je le répète, il le fait avec un autre esprit, plus en savant qu'en moraliste, moins en ennemi qu'en observateur et en historien,' sans passion ni parti pris, mais avec sévérité; et c'est ce qui prête à ses jugements une force et une autorité nouvelles que Ton ne peut contester, mais qu'il était bon de constater.

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