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LA SOPHISTIQUE DANS ARISTOTE

Nous passerons rapidemoDt en revue ces divers jugements afin d'en montrer avec ceux qui précèdent la parfaite homogénéité.

ni. La définition générale de la sopmsriQL^ dans Aristote, — Nous commençons par Vidée générale ou la définition. Aristote, qui ordinairement n'emprunte rien à son maître, semble la lui devoir en entier, on dirait qu'il n'ait fait que le copier. Seulement il la formule; sa définition est restée pour les âges suivants comme classique et définitive.

Il est bon de la reproduire en entier, afin que la similitude parfaite en soit plus évidente ; la voici telle qu'elle est en tête de la Réfutation des sophistes,

« Parmi les hommes, les uns ont réellement la santé, les autres n'en ont que l'apparence, se gonflant eux-mêmes et se parant comme on gonfle et comme on pare les victimes. Les uns sont beaux, par leur propre beauté; les autres paraissent beaux quand ils ont fait leur toilette (Jiéf. des sophistes^ ch. i*').

c Les sages parlent selon la nature et la vérité {/bid,^ ch. xn). Le sophiste ne songe qu'à tirer profit de sa sagesse apparentej xxl à oocpwrJiç XPU***^*^Ç ^'^^ ^fltivojiivïi; aoç{aç, dXX' ohx ooffrjç {Mét.^ rv, 2; /éîrf., ch. i).

c La sophistique n'est pas autre chose qu'une sagesse apparente^ qui n'est point réelle, et le sophiste ne cherche qu'à tirer un lucre d'une sagesse apparente qui n'a rien de vrai ; il est clair que ces gens-là cherchent plutôt à sembler faire œuvre de sagesse qu'à le faire réellement sans le paraître » {Réf. sophist., I, ch. n).

IV. Ses applications principales. — Aristote ne s'en tient pas à cette définition générale, il l'applique. Il marque d'abord avec précision ce qui distingue la sophistique au point de vue de la science et de son objet, à celui de la méthode et du raisonnement, comme instrument et forme de la science ou de la démonstration scientifique. De même, pour l'art de la dispute, il distingue la fausse dialectique de la vraie quiy elle aussi, a pour objet le probable ou la vraisemblance. Il le fait pour la morale, pour la politique, la science que les sophistes se vantent d'avoir fondée, pour Véloquence ou la rhétorique qui, chez les anciens, ne s'en sépare pas.

Nous ne pouvons qu'indiquer chacun de ces points en invitant le lecteur à faire lui-même plus en détail cet exameiu

l» La métaphysique. U s'agit d'abord, comme l'avait dit Phiton (Théétète), de fonder la science. La sophistique y reste étrangère; car elle traite de Vaccid/ent^ non de Vétre. C'est ce qu'avait dit Platon

(voy. Théétète^ Sophiste). La science a pour objet l'essence. Aristole ajoute : c< De pareils raisonnements, dis-je, ne sont jamais ce que cherche la science reconnue partout comme telle; il n'y a que la sophistique qui en fasse son objet. > Elle seule, la sophistique, traite de Taccident, ainsi le mot de Platon n*est pas sans justesse. La sophistique, a-t-il dit, roule sur le non-étre [Mét.^ XI, 8). Aucune science ne traite de l'accident . L'accident, c'est ce qui n'arrive ni toujours, oi de toute nécessité, ni dans le plus grand nombre de cas {Ibid,).

L'instrument de la science c'est le raisonnement^ et la forme de la science est la démonstration, La sophistique rend Tune et l'autre impossibles. Le raisonnement s'appuie sur le principe de contradiction, La sophistique qui admet l'absolue égalité des contraires nie la valeur de ce principe.

Elle-même est enveloppée dans une série de contradictions, ce qui prouve qu'elle n'est pas sérieuse et qu'elle se détruit elle-même en voulant s'affirmer. C'est ce que Platon a merveilleusement fait voir au moyen de la dialectique. Aristote le confirme, et il le fait avec les expressions les plus fortes. Platon avait dit que le sceptique loge en lui le contradicteur avec la contradiction. Aristote montre que le sceptique, en niant la vérité, l'affirme par là même qu'il la nie. La parole intérieure dément, chez lui, la parole extérieure; le sceptique doit rester muet; il ressemble à un animal ou à une plante {Mét,^ lY, 4).

2** Logique. Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit de la Logique ou de l'art de raisonner des sophistes. Aristote, qui démêle toutes les formes subtiles et captieuses du raisonnement sophistique en même temps qu'il en signale et dévoile les vices, les dénonce. La revue qu'il en fait se termine par ces mots :

€ Il y a donc nécessité que ceux qui veulent jouer le rôle de sophistesy cherchent des discours du genre de ceux que nous venons de dire; car c'est là ce qu'il leur faut, puisque c'est le talent qui les fera paraître sages, et c'est là ce qu'ils désirent et se proposent. »

3*^ Morale. Dans sa Morale^ avant d'en exposer les bases, Aristote signale les effets funestes, sur l'esprit et la volonté, du genre de raisonnement qu'emploient les sophistes. N'est-ce pas d'abord jeter le trouble et Tincerlitude dans l'esprit, doute et incertitude qui, se communiquant aux actes et à toute la conduite humaine, y engendrent les plus déplorables conséquences? Il s'exprime ainsi :

c Le raisonnement sophistique, lorsqu'il en arrive à tromper par le mensonge, ne fait que créer le doute dans l'esprit de l'auditeur. Les sophistes s'attachent à prouver des paradoxes pour faire preuve de grande habileté, quand ils y réussissent. Mais le raisonnement qu'ils

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