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IV. — ISOGRATE : La Sophlstlqae dans Isoorate

I. Autorité d'Isocratb. — Valeur de son témoignage et de son jugement. — A ces trois grands témoins juges aussi de la sophistique et des sophistes, auxquels est due l'idée que nous-mêmes en avons, idée qui s'est perpétuée pendant des siècles, il convient d'ajouter le nom d'un personnage célèbre dans toute l'antiquité, qui occupe une place distmguée dans l'histoire des lettres. Isocrale lui-môme fut un rhéteur illustre très admiré et considéré de ses contemporains ; sa maison fut, au dire de Cicéron, une officine d'éloquence. Précisément parce qu'il n'est pas un philosophe, mais qu'il est voué à la même profession qu'exerçaient les sophistes, son témoignage et son jugement, semblables à ceux des penseurs dont nous avons entre les mains les écrits, prêtent à ceux-ci une autorité et une consécration nouvelles dont la valeur ne peut être contestée.

Ce qui, aux yeux de la critique, peut affaiblir cette autorité, c'est que lui-même est comme affilié aux socratiques. Sans être classé parmi les disciples de Socrate, il semble être de la famille. Lui-même se dit rhéteur philosophe. On peut voir en lui cette alliance élroile de l'éloquence et de la philosophie, friToptxTÎ cpcXodoçoutra, Rhetorica philos(h phans^ comme on l'a dit plus tard de Cicéron, de Senéque, et de Quintilien (Y. Philostrate). Cicéron en a donné la théorie. De plus, toute sa morale, comme on- l'a fait remarquer (Havet), semble empruntée à Socralè. L'éloge que fait de lui dans le Phèdre^ Platon, qui le préfère à Lysias, éloge que traduit Cicéron S sll ne fait pas de lui un philosophe, révèle la tendance philosophique de son esprit.

Mais si par là s'explique en partie la similitude de ses opinions à

^ l'endroit des sophistes avec celles de Platon et d'Aristote, cela n'ôte pas

précisément de la valeur à son témoignage ni n'infirme son jugement.

1. IvKTTi Tiç ^Ckoaoplâ -n toO av5p<Jç 8i«vo\a. — Plat. Phèdre : inest enim natwra in h^ vkimwie pkilotophia qumdam (Orat,, Xm).

Seulement cela ne s'accorde guère avec ce que dit de lui Grote : qu'en tout point, il ressemblait aux sophistes.

Qu'lsocrate se soit fait l'allié des socratiques contre les sophistes, qu'il se soit nettement séparé d'eux, cela ne prouve pas qu'il ait eu tort de le faire et que sa gloire en ait souffert. Il n'en résulte pas noa plus qu'à son tour il les ait mal jugés ou calomniés; mais cela nous invite à rechercher et à peser ses raisons. Il avait été disciple de Gorgias. Il en reparaît peut-être un peu trop dans plus d'un endroit de ses écrits et parmi ses préceptes. Toutefois, on ne peut le nier, s'il est rhéteur, il est aussi moraliste, et ce qui le caractérise c'est que lui ne sépare pas la vraie rhétorique, ni l'éloquence vraie de la morale. Loin de là, il appuie l'une et l'autre sur elle, ce qui est le trait distioctif des vrais socratiques.

n. En quoi comme rhéteur il se rattache aux socratiques et SB

SÉPARE des sophistes. — Cc sout là les raisons qu'il donne lui-même de son aversion et de son opposition. Nous n'avons qu'à l'en louer. Le point capital, je le répète, est qu'il ne sépare pas la rhétorique de la morale et que la mesure qu'il donne à celle-ci, la vérité morale, est absolument la même chez lui que celle qu'on trouve dans Socrate, dans Platon et dans Aristote, comme l'opposé de la doctrine des sophistes.

C'est que h justice est la règle et la mesure du bonheur et non la maxime inverse, qui lui paraît odieuse et mensongère. Le passage est formel.

« Il y a des hommes assez insensés pour croire que l'injustice est blâmable sans doute, mais profitable et fort utile dans la pratique de tous les jours, que la justice au contraire est une très belle chose mais désavantageuse. Ils ne savent pas que pour obtenir profit, gloire, succès, enfin toute espèce de bonheur, il n'y a pas de plus puissante méthode que la pratique de la vertu dans toutes ses parties. »

in. Son discours contre les sopmsTES, — Dans le discours qu'Isocrate a composé contre les sophistes et que l'on regrette qu'il n'ait pas achevé, il distingue trois sortes de sophistes : l^ceux qui faisaient profession d'enseigner la dialectique avec la morale; i^ ceux qui se donnent pour maîtres d'éloquence politique ; 3** enfin ceux qui se bornaient à apprendre l'art de plaider.

Û attaque les premiers sur ce qu'ils prétendent connaître l'avenir, sur l'excellence des choses qu'ils faisaient profession d'enseigner opposée à la modicité du salaire qu'ils exigeaient, sur leur prétendu mépris des richesses. U reproche aux seconds les magnifiques promesses

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