‹ La philosophie ancienneChapitre 17 sur 194 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

Mais, si à la philosophie on refuse le titre de science pour en faire un art, une œuvre d'imagination non raisonnée et de sentiment en y mêlant comme ingrédient la raison intuitive, sans dire ni en quoi ni comment et dans quelle mesure cette raison fonctionne, en quoi s'y ajoute la raison discursive, etc., on tombe dans le vague et la confusion d'une doctrine com* posite qui ne sait se définir ni se formuler et que Ton a le droit de qualifier de syncrétisme j à la fois crùtco-positiviste, demisceptique ou probabiliste , sentimentale, éthique, esthétique et mystique, reflet des doctrines antérieures qu'elle ne saurait concilier, exposée elle-même à se contredire. Elle met à la place de la science un je ne sais quoi qui n'a pas de nom exact et ne saurait se définir, qui n'est ni science, ni art, ni religion, mais une forme mixte et bâtarde de l'esprit, dont les œuvres ne valent pas la peine que l'on prend pour les connaître et les juger, qui rend l'étude de son histoire fort obscure et inutile, loin d'être comme elle l'est, si elle est bien faite, hautement instructive et intéressante.

§ IL — UTILITÉ DE L'hISTOIRB DE LA PHILOSOPHIE POUR LA PHILO- SOPHIE ELLE-MÊME. — SES LIMITES. — L*HISTOIRE NON ADÉQUATE A LA SCIENCE. — APPUCATION AUX SYSTÈMES DE LA PHILOSOPHIE ANCIENNE.

I. Longtemps l'histoire de la philosophie a été négligée ou peu cultivée. Un médiocre intérêt s'attachait à des systèmes qui n'étaient considérés que comme des rêves de la pensée humaine. L'importance de cette étude a été beaucoup mieux comprise et appréciée de notre siècle; nous n'avons pas à rappeler l'ardeur avec laquelle ont été poursuivies et se continuent tous les jours, les recherches en tout genre sur tous les points relatifs aux systèmes de la philosophie ancienne et moderne. Mais on nous permettra de joindre ici quelques

LA PHILOSOPHIS ET SON HISTOIRE XXYII

réflexions sur les services que cette étude est appelée à rendre à la science philosophique elle-même, sur la portée qu'on doit lui attribuer et sur la nécessité de la maintenir dans les justes limites qui ne doivent pas être dépassées.

D'abord, à la considérer sous le rapport de la méthode et des qualités de l'esprit qu'elle développe, on ne peut méconnaître les avantages précieux qu'elle procure.

Elle nous montre comment les problèmes naissent, se détachent les uns des autres, se posent sous leurs diverses faces, comment ils ont été débattus, quels procédés la raison humaine a suivis pour les résoudre, comment une méthode une fois mise au jour se développe, engendre des solutions et des systèmes. Ainsi se déroule sous nos yeux la série des conséquences que renferme un principe et que la logique en fait éclore. Chaque méthode, dans l'histoire, se justifie ou se condamne elle-même par ses résultats. L'histoire de la philosophie contient donc pour le philosophe un haut et utile enseignement. Elle lui apprend à se préserver des écarts dans lesquels sont tombés les plus grands génies en s'engageant témérairement dans de fausses directions ou en se laissant aller à des tendances exclusives; elle développe chez lui des qualités qui ne font pas moms partie essentielle de l'esprit que du caractère philosophique : la prudence, la réserve, une sage défiance; elle agrandit son coup d'oeil, le délivre des vues étroites et intolérantes. Loin de le iaire tomber dans le scepticisme, qui ne peut naître que d'une étude superficielle des systèmes, elle le soutient et l'affermit dans ses convictions, en lui révélant la continuité et la perpétuité des grandes vérités qui forment le fond commun des doctrines philosophiques {perennis philosophia, Leibnitz), vérités qui, sous des formes différentes, modifiées et développées par l'esprit des siècles, des peuples et des individus, se dégagent peu à peu des erreurs auxquelles elles étaient mêlées, finissent par triompher de toutes les attaques, et, sorties intactes des discussions qu'elles ont fait naître.

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