‹ La philosophie ancienneChapitre 172 sur 194 · I. — Xi»8 Kcol— sooimllqaM QOBtemporaln«s · texte numérisé non relu

I. — Xi»8 Kcol— sooimllqaM QOBtemporaln«s

I. Les Mégariqubs. — Quoique empreinte de Tesprit soeratique (191), cette école, issue de l'éléatisme, n*est pas sans analogie avec la sophistique. Elle dégénère vite en éristique. On connaît ses disputes subtiles et quelquefois futiles, ses arguments devenus célèbres (voy. p. 195). Les derniers représentants, Stilpon, Eubulide^ AkxinuSj Diodore Cronus, semblent tout à feit dignes de figurer à côté des Euthydème^ des Dyonysodore , Et» toutefois, cette école a conservé sa place et son rang séparés. Toute solidarité, toute parenté de oes hommes avec les sophistes est déclinée par eux, et le public luimême ne les a pas confondus.

Les raisons sont faciles à donner : 1* c'est que, malgré les moyens et les formes semblables, le but est différent. Le but est sérieux, c'est le bien absolu, qu'ils croient ainsi prouver et défendre, ainsi que Zenon l'avait fait pour le mouvement.

Gela seul les classe parmi les philosophes. Par là, l'école entière conserve la noblesse de son cn'igine; ses maîtres et ses ancêtres sont Parménide, Xénophane, Zenon, non Gorgias ou Euthydème. Elle ne se mésallie pas, et Gîcéron pourra dire des mégariques : Megaricorwm fuit nobilis disciplina. (Âcad., II, 22.)

i* V Eristique elleHmême, qu'ils ont cultivée, n'est pas la sophistique. Âristote a marqué très bien la différence, c La dispute, dit-il, est un combat, les disputeurs sont des lutteurs, les lutteurs voulut vaincre à tout prix; les disputeurs en font autant; c'est le plaisir de la victoire, ces hommes ont la passion de la dispute.

« Les hommes passionnés pour la dispute et les sophistes tiennent les mêmes discours, mais non pour le même but. Le même discours peut être sophistique et éristique. En tant qu*il cherche une victoire apparente, il est éristique; en tant qu'il vise à une sagesse apparente, il est sophistique. » {Aéf. des soph., ch, IX.)

Les Grecs furent toujours pasdonnés pour la dispute (p. 83-196). Pour eux elle est un jeu, mais un jeu de l'esprit, k ce titre, libérale et dësmtéressée. Il en est comme de la gymnastique et des jeux des athlètes. On sait tout ce qu'ils ont dépensé de subtilité dans ces exer-

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cices. Les scholastiques seuls leur sont à comparer; ils aimaient ces jeux d'esprit, les énigmes, etc.

Les sophismes des Mégarîques sont de pareils jeux, non de vrais sophismes (v. p. 196).

n. Les Cyniques. — Eux aussi ne sont pas sans ressembler à quelques égards aux sophistes. Ântisthéne avait été disciple de Gorgias avant de Têtre de Socrate. Sa logique ou dialectique ressemble assez à la sienne (p. 209). Lui aussi donnait des leçons au public. De ce commerce il lui était resté Toslentation, la vanité, le ton oratoire, l'emphase du rhéteur (20i). Toutefois, ni lui, ni Diogène et les autres cjnoiques ne furent rangés parmi les sophistes. Diogène fut appelé Socrate en délire (204); Antislhène, Socrate caricaturé (202). Les derniers cyniques, Ménédème, Ménippe, dans Lucien, jouent un rôle grotesque ; mais ce sont des pseudocyniques, non des sophistes. La raison est la même. Ils jouent leur rôle pour le jouer, par vanité, non par intérêt; non quœstus causa (Cic). Quant aux vrais cyniques, malgré les ridicules, il y a quelque grandeur dans la doctrine et dans les hommes (215). L'école stoïcienne reconnaîtra dans la secte son aïeule, non dans la sophistique.

m. Les Cyrénaïques. — La parenté parait ici beaucoup plus grande. La morale du plaisir est déjà tout entière dans les sophistes (voy, Platon, Gorgias; Rép.^ IX.; PhHèbé)\ Arisiippe, le chef de l'école, avait été leur disciple. Aussi Âristote le dasse parmi les sophistes ; plus d'un historien (Ritter) a fait de môme. Son genre de vie, ses mœurs dissolues, son humeur voyageuse prêtent encore plus à ce rapprochement. Et pourtant lui et son école sont restés en dehors du cercle des sophistes. Il a conservé un grand crédit auprès des moralistes anciens et modernes qui vantent ses préceptes (voy. Hor., Ep. I). Lui-même n'aurait pas accepté le titre de sophiste. Diogène appelle chien royal, non sophiste, le courtisan de Denys. C'est que, chez lui, le côté socratique est encore resté le plus saillant : la liberté gardée dans le plaisir. Son mépris de l'argent le relève, quoiqu'il soit à un rang peu élevé parmi les philosophes. Socrate, qu'il comprend mal, qu'il imite encore moins, mais qu'il admire, est resté son modèle. Ses préceptes d'ailleurs reposent sur une base théorique sérieuse, la sensation, qu'il croit vraie et justifiée. Aussi a-t-il fondé une école secondaire, mais qui a eu les phases d'une existence distincte. Beaucoup de bons esprits ont vanté et saisi ses préceptes (Horace, Montaigne, Charron, etc.). Il est l'antécédent d'Epicure, non

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le continuateur et le disciple des sophistes. De ses successeurs, il n'y a rien à dire.

Up — litts Aeoles greoquM après Platon et Aiistoto.

I. L'Idée de la sophistique dans ces écoles. — L'idée qu'on se fait de la sophistique dans toutes ces écoles ne diffère pas de celle des contemporains de Platon et d'Âristote. Il serait oiseux de le démontrer, n est évident que ni les péripatéticiens qui suivent la ligne d'Aristote, ni les académiciens qui succèdent à Platon, ne doivent professer une autre opinion que les maîtres. Quoique peu favorables à la spéculation les stoïciens et les épicuriens, qui se combattent, ne professent pas moins un dogmatisme absolu qui les éloigne entièrement de la sophistique. Les uns enseignent une morale rigide dont la base est la raison. Les autres placent le bien dans la sensation; mais la condition du bonheur est la vertu. La manière d'entendre la sagesse diffère dans l'une et l'autre école, mais en cela elles se rencontrent. Quant aux sceptiques et demi-sceptiques qui se rapprochent le plus de la sophistique, nous verrons en quoi ils s'en séparent.

n. Les stoïciens. — L'idéal de la sagesse (l'idéal du sage), chez les stoïciens, est l'antipode de la sophistique. Aussi les stoïciens doivent afficher un mépris profond pour tout ce c[ui ressemble à cette sagesse vénale et intéressée. Sénèque est l'interprète de ce sentiment quand il dit : Nullos autem pejus mereri de omnibus mortalibus quam qui sapientiam veluti aliquod vénale artificiumdidicerunt, (Ep. 18.) La philosophie est dans les actes, non dans les paroles : re et vita^ non verbis modo est philosophandum. (Ep. 48.) — Facere docet philo* sophiay non dicere, — Vitam rébus proba^ etc.

Ses écrits sont remplis de ces maximes que lui-même n'a pas assez pratiquées. Et toutefois, entre les stoïciens les plus conséquents et les sophistes, il n'est pas sans apparaître quelque ressemblance, ne fût-ce que dans la subtilité paradoxale qui caractérise leur mode d'argumentation, aussi dans l'orgueil et la vanité, une certaine ostentation dans les discours et dans la conduite, qui sont les défauts qu'on leur n reprochés. Mais ce sont là des caractères extérieurs. La manière paradoxale elle-même a son principe dans le dogmatisme absolu de cette école, les nécessités d'une doctrine exclusive qui n'admet de milieu en rien et ne peut se soutenir, dans les controverses avec les adversaires, que par des distinctions subtiles et verbales, comme cela se voit plus

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tard chez les scholastiques. — Quant à la forme du langage, le style obscur, concis, sentencieux des stoïciens contraste avec l'emphase oratoire et la phraséologie soignée des sophistes!

m. Les Epicuriens. — On a déjà montré à propos d'Aristippe ce qu*a de commun la doctrine d'Epicure avec celle des sophistes. Sa base, qui est le plaisir sensible, reproduit la formule de Protagcnras, qui lui-même n'a fait que suivre Démoerite. Hais, quoi qu*on puisse dire, on n'a jamais songé à faire d'Epicure un sophiste, ni de sa philosophie le pendant de la sophistique. Epicure est un vrai philosophe, un sage même, on peut le dire. Les adversaires les plus décidés, Cicéron, Senéque le reconnaissent. Pourquoi? c'est qu'il croit à la vérité de son système. C'est que lui-même, tout inconséquent qu'il est peut-être, croit à la vérité qu'il pratique et dont il fut, dans sa vie, un modèle. Son école, la société qu'il fonda, cette société d'amis, est assinûlée à celle de Pythagore. Aussi ses disciples enthousiastes célèbrent ses vertus (v. Lucrèce).

IV. PyRRHONIENS, nouveaux ACADÉMCIENS, SCEPnOUES ET DSMI'SGEPn-

QUES. — L'idée qu'on doit se faire de la sophistique devient d'autant plus claire avec ces écoles, que la similitude semble plus grande et que la ligne de démarcation doit être tirée d'une façon plus précise. C'est ce qui a lieu quand on compare d'abord le pyrrhonisme et la sophistique.

!• Le pyrrhonisme et la sophistique. — Ce que le pyrrhonisme a de commun avec la sophistique c'est que, comme elle, il est une négation de la vérité. II y a plus, il hérite et s'empare de tous les arguments émis ou employés déjà par les sophistes. Il les classe même et les catégorise. La filiation paraît manifeste. Il semble que la ressemblance est parfaite, et que la réhabilitation doit commencer. Il n'en est rien cependant. Ni le sceptique Pyrrhon, le chef de cette école, ni ses adhérents ou successeurs n'ont voulu accepter cette généalogie.

Ce n'est pas seulement que le nom fût odieux et ridicule, c'est qu'en effet les différences sont profondes.

Pyrrhon a donné son nom au scepticisme. Les sophistes l'avaient, il est vrai, précédé. Mais la sophistique c'est la négation, une négation qui elle-même est une affirmation. De plus, chez eux, cette négation est hardie, audacieuse, outrecuidante. Elle se vante et promet de tout prouver; elle a foi dans la toute-puissance de la parole. Elle enseigne cet art, l'art de persuader. Le doute n'existe pas chez les sophistes. Or, le doute, c'est ce qui constitue le vrai scepticisme. Pyrrhon lui n'affirme,

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