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LA SOPHISTIQUE DANS CICÉRON

des autres sophistes, de Protagoras S de Prodicus, d'Hippias, etc. Mais il ne faut pas attendre de lui qu*il aille bien l(Mn dans cette apologie, ni qu'il songe à réhabiliter des hommes que Platon et Aristole ont jugé si sévèrement, encore moins qu*il prenne sur lui de retracer d*autres figures que celles qui sont dessinées dans les Dialogues de Platon ou de les corriger. A cela il y a plusieurs raisons. La première, est l'autorité de ces grands philosophes, Platon et Aristote, devant laquelle toujours il s'incline, celle même de Xénophon ou d'isocrate.

Aussi, quand il s'agira de donner de la sophistique et des sophistes une définition , celle-ci paraîtra en entier empruntée à Aristote. Sophistœ appellabantur qui ostentationis aut guœstus causa philosophabantur {Acad.^ II, 33). Ailleurs, il évoque toute la pléiade des sophistes, il décrit leurs qualités, surtout comme maîtres dans l'art de bien dire, magistri dicendi. Mais l'éloge finit mal pour eux. Leurs défauts y sont mis en relief et c'est le vice principal qui clôt la période, celui de faire d'une mauvaise cause une bonne '.

Ailleurs est taxée d'audace impudente Tentreprise téméraire d'avoir une réponse prête à donner sur toutes sortes de sujets *, audax negotiuniy dicerem impudens, etc. {de Fïnib., II). Socrate, leur adversaire, qui les a tous réfutés et confondus, a le beau rôle, Socrate dont l'habileté dans la dispute surpassait la leur. On voit dans Platon qu'ils ont été par lui tournés en ridicule, lusos videmits a Socrate {Ibid.,L9).

Voilà pour le fond ; quant à la forme, Gicéron, qui n'est pas ennemi du style orné, oppose au langage étudié des sophistes, à sa vaine parure le langage plus simple et sans fard des philosophes : celui-ci nihil habet mirabile^ nihil astutum, casta, verecunda virgo, incorrupta quodam modo. Celui des sophistes, qu'esl-il? il est paré de faux ornements.

i. Protagoras rarum Uhutrium disputator qui deinde communi hci appeUati iunt {Brutus).

2. Tum etiam magistri dicendi muHi subito ex$titerunt : Tum Leontimu Gorgias, ThrasytiMckus Chalcedonius, Protagoras Abderites, Prodicus Ceus, Hippias Eleus in honore fnagno fuit; aliique multi temporibus eisdem docere se pro/itebantur, arrogantibus $ane verbis, quemadmodum causa inferior {Ua enim loguebantur) dicendo fieri superior, possit, (Cic, de Cl. Orat.j 8).

3. Eorum erat iste mos, qui tum sophistœ nominabantur, scholam eteplicare, quorum e numéro primus est ausus Leontinus Gorgias^ in conventu poscere quœstionem : id est, jubere dicere qua de re quis vellet audire : audax negotvum, dicerem impudens (De finib,, II, 1).

Sophistis opposuU se Sacrâtes, qui subtUUate quadam disputandi refeUere eorum instituta solebat verbis. (Cic, de CL Orat., 8). Sopkistas ut e Platane UUelligi potest, lusos videmus a Socrate {de Finib,, II, 1).

Ils recherchent des pensées plus brillantes que justes, aiment à s'éloigner du sujet, à y semer des fables. Ils craignent moins la hardiesse des métaphores, ils se servent enfin des mots comme un peintre des couleurs ; ils courent sans cesse après les antithèses, les contrastes, les chutes semblables pour donner de Téclat à leurs tableaux. {Oral. XIX.)

On peut se demander si c'est la seule autorité des grands noms qu'il vénère , qui a déterminé ces jugements et l'idée que Cicéron s'est faite de la sophistique et des sophistes. Nous ne le croyons pas, et nous avons essayé ailleurs d'en donner les preuves (Études sur le Gorgias), Selon nous, la principale raison c'est que Cicéron, s'il est orateur et rhéteur^ est aussi moraliste et, on peut le dire, un grand moraliste. C'est que, pour lui comme pour Isocrale, le rhéteur philosophe, l'éloquence ne doit jamais se séparer de la morale. Or l'éloquence séparée de la morale c'est, a-t-on dit , ce qui caractérise la sophistique.

L'auteur du de Officiis, du de Finibus et des Tusculanes ne pouvait, à ce point, se renier et se déjuger lui-même. Il devait suivre ici la voie qui, comme moraliste, lui était rigoureusement tracée, celle qui avait été ouverte par Socrale, continuée par Platon, Aristote et les stoïciens. *

II. QuiNTiLiEN. — Lui-même est rhéteur et donne des préceptes de son art. C'est chez lui, sans doute, que l'on pourrait attendre quelque essai de réhabilitation des sophistes. Mais on serait vile détrompé. L'auteur des Institutions oratoires n'est pas l'ennemi déclaré des sophistes, mais non plus leur avocat. Il a un faible pour eux, il énumère leurs titres parmi les principaux rhéteurs, mais c'est simplement comme rhéteurs qu'il les juge ainsi. Dès qu'il s'agit des principes, lui aussi se range de l'avis de Platon, d'Aristote et d*Isocrate. U comprend même beaucoup mieux que ne l'avait fait Cicéron, la vraie pensée de Platon dans le Gorgias et le Phèdre (voy. notre Étude) , Cette pensée, c'est que la rhétorique a pour but le triomphe de la justice et du bien et que jamais la vraie éloquence ne se sépare de la morale. Aussi blàme-t-il hautement ceux qui pensent autrement, les sophistes et leurs émules. Doctores hujus artis,,. PlcUoni non Rhetoricen videri malum, sed eam veram nisi justo et bono non contingere. Adhuc autem in Phœdro manifestiuSy eux opinioni nos quoque accedimus *. Il cite un partisan obscur de la doctrine des

1. Doctores quoque hujtts artis parum idonei PUUoni videbantiO' qui rheiorken êjustilia separarent et verig credibilia proferretit.

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