LA SOPHISTIQUE DANS LUCIEN
sophistes, Celsus, dont les paroles sont celles-ci : cujus hœc verba sunt : orator simile tantum vert petite et ensuite : Deinde paulo post non enim bona conscientia sed Victoria litigantes est prcemium; quaey si vera essenty pessimorum hominum foret hwc pemiciosa et nocentissimis moribus dare instrumenta et nequitiam prœceptis adjuvare.
m. Tacite, Sénèque, etc. Épictètb, Maro-Aurèlb. — Nous avons déjà cité Sénéque. Nous n'avons pas à interroger les autres stoïciens : Epictète, Marc-Aurèle, etc. Il est clair que leur réponse est la môme. La manière dont ils entendent la sagesse leur interdit de penser et de parler autrement de ce qui est pour eux le contraire ; eux qui regardent comme des insensés tous les hommes qui s'en écartent et dont les actes ne sont pas dans un parfait accord avec leur idéal.
Nous ne dirons que quelques mots du Dialogue des orateurs attribué à Tacite. Dans le parallèle qu'il établit entre le plan d'études oratoires suivi par les anciens et celui des modernes, il s'exprime ainsi : a Voilà ce que persuadaient les anciens et, pour arriver à ce but, ils comprenaient qu'il ne fallait pas déclamer dans les écoles des rhéteurs, mais nourrir son esprit des sciences qui traitent du bien et du mal, du juste et de l'injuste, de ce qui est honnête et honteux, etc. Et voilà pourquoi les anciens orateurs embrassaient dans leurs études la jurisprudence, etc. Or, c'est ce que les parleurs modernes négligent. Ils ignorent les lois, sont les premiers à se moquer du droit civil. Ils ont surtout pour l'étude de la sagesse une horreur profonde. Voilà selon moi la première et la principale cause qui nous a écartés si fort de l'éloquence dùtique. »
IV. Lucien. — On ne trouverait pas, que nous sachions, un seul auteur de quelque renom chez les Romains, qui ait pris la défense des sophistes anciens et qui ait essayé de les réhabiliter. Et cependant l'époque était favorable. La race des sophistes n'était pas éteinte. Loin delà, voici un nouvel âge d'or qui renaît pour la sophistique et où elle refleurit. Dans le siècle, en particulier, des Antonins, des chahres s'élèvent de toutes parts où toutes les branches du savoir humain sont enseignées, en particulier l'éloquence et la philosophie. Le nom luimôme de rhéteur et de philosophe est remis en honneur. Il reprend sa signification première, où rhéteur, savant, érudit, sophiste et philosophe étaient synonymes.
n faut admettre, du reste , ici une foule de nuances et de degrés. Cette espèce se multiplia, on le sait, d'une façon incroyable vers la fin
de la société grecque et romaine. Être philosophe était une profession, et donnait une sorte de position sociale. L*esclave affranchi os l'homme libre, faute de mieux, la prenait et cherchait à en tirer le meilleur parti possible. Cela se voit surtout chez les Romains déjà dans les derniers temps de la république ; sous les empereurs, Us pullulent à Rome et dans toutes les parties de l'empire. Ces hommes, sans avoir de système à eux, ni même de vraies convictions, s'attachaient à une secte particulière et en professaient les principes, qu'ils comprenaient de la façon la plus étroite et dont ils tiraient les conséquences les plus outrées, souvent les plus paradoxales. Il y avait ainsi de faux stoïciens, de faux platoniciens, de faux péripatéticiens, des cyniques, des épicuriens et des pyrrhoniens. Plusieurs exerçaient l'emploi de précepteurs dans la maison des riches ; ceux qui avaient quelque talent de parole donnaient des leçons publiques. D'autres se contentaient de poser devant le public et de jouer un rôle. Us affectaient un genre de vie particulier, laissaient croître leur barhe et portaient le manteau de philosophe. C'était un moyen d'attirer sur soi l'attention et de se singulariser, de se distinguer au moins de la foule et d^imiter les vrais philosophes, que le vulgaire ne saurait reconnaître que par leur extérieur. Non seulement la plupart étaient sans talent et d'une parfaite ignorance, mais beaucoup d'entre eux cachaient sous une apparence de gravité prétentieuse des mœurs fort peu régulières ; car ils ne se mettaient guère en peine d'accorder leur conduite avec leurs discours. Souvent même ils se livraient à toute sorte d'excès et de vices, que la licence des temps excusait ou fsôsaii tolérer. On les trouve souvent désignés et livrés au ridicule dans les écrits d'Horace, de Perse, de Juvénal et de Sénèque.
C'est à Lucien surtout que nous aurions à nous adresser si nous voulions savoir à quel degré d'abaissement était tombée la sophistique chez le plus grand nombre des rhéteurs et des sophistes de son temps. Mais c'est des anciens qu'il s'agit ici et de Tidée elle-même de la sophistique dont nous suivons l'histoire.
Or, bien que lui-même, Lucien, le rtiéteur satirique, confonde souvent dans ses Dialogues, où il croit imiter Platon, les philosophes et les sophistes, il n'est pas moins vrai qu'il maintient nettement la différence entre la sophistique et la philosophie. C'est ce qu'il fait quand il parle des anciens sophistes, qu'il ne ménage pas plus que les nouveaux. Il n'y a qu'à lire en particulier le dialogue intitulé les Fugitifs, où Jupiter^ père de la Sagesse, reçoit sa fille, la Philosophie, qui vient se plaindre à lui des mauvais traitements qu'elle a endurés parmi les hommes.