‹ La philosophie ancienneChapitre 178 sur 194 · II. — lies Alexandrins · texte numérisé non relu

II. — lies Alexandrins

Pour achever cette revue ou plutôt cette enquête sur la sophistique dans la philosophie ancienne, irons-nous demander aux Alexandrins ce qu'ils pensent des anciens sophistes, les contemporains de Socrate, de Platon et d'Aristote ? notre recherche serait peu fructueuse ; en tout cas, elle aboutirait au même résultat. Il faut d'ailleurs ici distinguer les époques et les hommes. Il y a d'abord une période d'érudition où les savants qui ne sont nullement philosophes sont occupés à recueillir et à retrouver, compulser, amasser les documents du passé sans que la critique elle-même vienne les éclairer. Ce sont des rhéteurs ou des grammairiens, des philologues, des polymatbes ou des polygraphes, des érudils de toute sorte. Ils ne font qu'enregistrer ce qui a été dit ou écrit avant eux, «n particulier ce qu'ils savent des anciens philosophes sans porter sur eux de jugement ou sans que leur jugement ait la moindre valeur. Ainsi en est-il de Philostratey qui a laissé une Vie des sophistes : vita sophistarum^ de Diogène de Laerce et d'autres dont les écrits fournissent des documents précieux, mais, d'où la critique est absente. Ainsi en est-il d'^tinape, l'historien de l'école d'Alexandrie. Tout y est mêlé, les philosophes avec les

sophistes ^ Nous n'avons pas à nous enquérir du jugement de ces hommes. Ce sont d'ailleurs des biographes, des curieux qui ne voient que le côté extérieur des choses sans comprendre le sens et la portée des doctrines qu'ils rapportent.

Vient ensuite la période d'éclectisme où l'on cherche à réunir et à concilier les doctrines, mais sans qu'apparaisse une pensée originale qui soit le lien et serve à les combiner. Plutarqtxe est le principal représentant de cette époque ou de ce moment. Mais lui-même, historien et moraliste, n'a pas de doctrine qui lui soit propre ; il est plutôt platonicien et Ton doit s'attendre à ce que son jugement ne fasse que répéter ce qui est dans ses plus illustres prédécesseurs.

La troisième période offre un plus haut intérêt : le système Alexandrin y est arrivé à se former et à se constituer ; elle seule «ompte de vrais philosophes. Mais si nous nous adressons à eux, à Plotin^ à Proclm et même à Porphyre, à Jamblique, etc., il n'est pas à croire qu'ils consentent à descendre de leurs spéculations transcendantes ou mystiques, pour s'occuper des anciens sophistes. S'ils daignent abaisser leurs regards sur cette sagesse vaine et superficielle, fausse et mensongère qui s'appelle la sophistique, nous retrouverons encore chez eux, qui prétendent concilier, par une interprétation supérieure^ les grands systèmes qui ont illustré la Grèce, un écho répété de la voix de ces graves philosophes.

Et toutefois, il ne faut pas oublier ce que cette philosophie a d'original, son caractère propre et le rôle qu'elle a joué dans l'histoire. La philosophie d'Alexandrie, néo-platonicienne, est d'abord un vaste éclectisme où entrent non seulement tous les systèmes, mais toutes les formes de la pensée antérieure, religieuse,.poétique et philosophique, orientale, grecque, judaïque, etc. De plus, dans cette résurrection du passé, pour opérer l'accord et la fusion de tous ces systèmes et de ces doctrines, les Alexandrins adoptent une méthode ou un mode d'interprétation symbolique très hardi qui transforme tout, donne à tout un sens nouveau, profond quoique arbitraire et transcendant. Avec cette méthode, ils sondent les origines, interrogent tous les monuments de ce passé mystérieux et interrogent les vieux symboles. La sophistique a chance d'avoir ici sa place et même d'être, si l'on veut, réhabilitée. Mais elle sera elle-même interprétée d'une façon symbolique.

1 . Nous nous bornons à cet échantillon pris dans la Vie des Sophistes de Philostrate et dont voici la traduction latine : Sophistas veteres oppeUabant non sohm oratonm qui declamitarent et prœstarent, verum etiam philosophorym qviprofiuente orationis celeritate cogitala eloquerentur de quibus pHus diàere necesse est IPhilost, VU.toph,,!):-

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