LA SOPHISTIQUE DANS UCS HISTORIENS
a précédé le lôtra ei qû i*ee( a|^é le sièole des lumières (Aufklarung)^ ou le siéde de la philosophie.
Les historiens de la philosophie au xvm® siècle. — A la fin du xviufl siècle, cependant, se produit un grand mouvement historique qui s'étend à toutes les œuvres de Tesprit, aux monuments de la pensée abstraite comme aux autres manifestations de Tactivité humaine. L'histoire de la philosophie a sa part dans ce mouvement. Le désir s'éveille de connaître les opinions et les systèmes des philosophes, même des temps les plus reculés, de ceux de la Grèce en particulier. Alors apparaissent non plus seulement des érudits, mais de véritables historiens de la philosophie, dont les œuvres prennent ce titre ; et même la plupart s'annoncent comme joignant à Texposilion la critique ^ !
€es histoires, alors comme plus tard, sont marquées de l'esprit du temps et de celui des écoles auxquelles les auteurs appartiennent. L'absence de méthode et de critique, malgré les titres, s'y font précisément remarquer. U y aurait pour nous peu d'intérêt à nous arrêter à ce que disent les premi»^ de ces historiens, au sujet des sophistes. Euxmêmes n'y attachent aucune importance. Les plus intéressés par leur doctrine à les réhabiliter n'y songent pas. Tous se .bornent à répéter ce qu'avaientdit lesauteursanciens, Platon, Aristote,Diogène de Laërce, etc.
Quasi aux jugements, ils renchérissent encore sur la sévérité des premiers auteurs. Aussi Deslandes^ le premier de ces historiens, dans le livre IV, sur Socrate et ses disciplesy a un article très court consacré à la « secte des sophistes x>. Mais lui, sceptique, ennemi de la métaphysique, les traite en termes fort durs.
a Avant les jours de Socrate, il s'était élevé dans la Grèce une secte de gens fiers et hardis qui s'attiraient, par leur complaisance, les suffrages du peuple et qui trafiquaient lâchement de la parole. Vrais fanfarons, ils cherchaient plus à plaire qu'à persuade}*, plus à amuser les hommes qu'à les éclairer. Une vanité insupportable, etc..« > L'auteur renvoie] à Platon, liv. V, ch. xxvi *.
Stanley est encore plus sobre de détails et de jugements. Lui se home à citer Cicéron à peu près avec ses propres paroles '.
1. G. Hornias, Hist, pkUoi., lib. septm., Lugd., 1655; -*- Stanley, 1710; — Dcslanies, Eût, crUiqut^ de la pkil., 3 vol., Amalerdam, 1737 ; — Bruckcr, UUL critka phiL, 1741;— Tiedemann, n87-1797; — Tennemann, 1798-1819.
2. Voy. Rv. V, ch. xcn, Qaelqnes mots stir Protagoras non comme sophiste, mais disciple da JMnoerite : « lai peai-ètrc le premier crecketev ipù. seii devem philosophe »y rien de la doctrine.
3. lis $e opposuii SocraUs... Jiwenef «6 manibus eonm colloquiis revocabat, atqne eos q^ ingénie et ehquentiû prù ditinit hue tisque eraiU habUi vanos este verborum captoret ign<fmU» aertm quœ profikraUur, etc.
Nous arrivons à un historien beaucoup plus grave et plus savant, dont la critique aujourd'hui est sans doute à peu prés nulle ou trop étroite, mais dont la savante histoire n*a pas cessé d*être consultée. Nourri de Tesprit cartésien, lui-même de Técole de Leibniz et de Wolf, Brucker fait attention aux sophistes, mais il ne leur accorde pas une place distincte ; il se contente de les mentionner incidemment m schola socratica et en plusieurs endroits, quand il s*agit du procès de Socrate et des causes qui ont amené sa condamnation. A ce sujet, il reproduit le jugement de Tantiquité sur les sophistes. Il se sert des paroles mêmes de Cicëron : Hinc homines ambition^ etc., 1. 1, p. 549. Puis il renvoie à Philostrate, de Vita sophistarum. Ailleurs Protagoras, Gorgias, Prodicus sont rattachés aux diverses écoles d'où ils sont sortis. Pour lui la sophistique ne forme pas une école particulière.
L'ouvrage de Tiedemann^ par son titre : Esprit de la philosophie spéculative {Geist der speculativen Philosophie), depuis Thaïes jusqu'à Socrate^ semble promettre quelque chose de plus original et de plus profond sur Tesprit même de la sophistique et un jugement plus indépendant, peut-être plus favorable aux sophistes. On n*est pas tout à fait détrompé. Tiedemann fait certainement faire un pas à la question. U accorde une place étendue dans son cadre aux causes extérieures et sociales qui ont influé sur la marche des idées et en partie engendré la sophistique. Dans le chapitre trop court qu'il a consacré à ce sujet, il recherche les causes de Vapparition des sophistes. Celle-ci n'est plus un fait isolé. U la considère comme l'effet naturel de la culture grecque. Ses causes sont : 1^ l'exemple donné par l'école d'Ëlée, la dialectique qui détruit la certitude des connaissances; 2<» le rôle de l'éloquence dans les républiques grecques; 3* une culture plus raffinée des esprits. Sous ces diverses influences se développe Fart de disputer, de soutenir le pour et le contre. Alors apparaissent des hommes doués de talents supérieurs qui profitent de la disposition des esprits et la font tourner à l'avantage de leur réputation. lis réunirent Téloquence à la sagesse, et surent, par la nouveauté et la construction des périodes non moins que par Thabileté des raisonnements à soutenir le pour et le contre, acquérir une admiration universelle. » {Ibid.),
On peut déjà voir ici quelque chose du plaidoyer en faveur des sophistes qu'ailleurs nous avons fait connaître «t apprécier. Mais il ne faut pas s'y méprendre : l'historien raconte, il ne juge pas. L'appréciation, chez lui, est tout aussi sévère qu'elle a pu paraître chez les précédents; spéculativement et moralement, lui aussi condanme les sophistes. La sophistique entière lui parait absurde.