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LA SOPHISTIQUE DANS LBS HISTORIENS

Protagoras est jugé d'après le Tbéetôte comme aussi d*aprôs Aristote, Plutarque, Sextus Empiricus. La doctrine métaphysique de Gorgias est ainsi qualifiée : < Û ne laisse à nous autres mortels ni Tétre ni l'apparence. Il va ainsi jusqu'aux dernières limites de l'absurde (p. 368). Aucun homme de bon sens, qui ne veut pas jouer avec le paradoxe, ne peut le suivre, etc. »

Mais l'appréciation du rôle historique est déjà fort remarquable.

< La sophistique parait l'époque de l'indépendance de la jeunesse, époque de transition, un moment par où passent les peuples et les individus; mais l'esprit, la raison ne peut s'y arrêter. Après avoir secoué le joug des anciennes croyances et des vieux préjugés, et joui un moment de la liberté, de l'affranchissement, elle a besoin de croyances positives et de vérité, de quelque chose de vrai et de positif, de creuser plus avant les problèmes, de se livrer à des recherches sérieuses.

c La sophistique ne servit qu'à réveiller l'esprit, à provoquer ces recherches; elle a suscité les grands penseurs : Socrate, Platon, Aristote; mais elle-même a disparu; elle est tombée dans le mépris. Elle a paru ce qu'elle était, un jeu frivole de l'esprit, une licence de la jeunesse » (p. 370).

Un pareil jugement, bien qu'on puisse aujourd'hui le trouver trop extérieur et superficiel, est certes fort supérieur à tout ce qui précède; mais il n'entraîne en aucune façon une réhabilitation ou une apologie anticipée de la sophistique.

Buhle {Histoire de la PhiL mod.y 6 vol.) ne nous parait pas s'être beaucoup élevé au-dessus de ce jugement. Lui aussi recherche les causes et l'origine de la sophistique, non plus l'origine extérieure, mais interne ou philosophique. Il la trouve : 1^ dans le besom d'une logique, qui devient sensible, ce qui produit l'apparition de la dialectique : 2<> cet art fut admiré, applaudi, mais comme on s'en servait dans des vues peu philosophiques, il ne tarda pas à devenir funeste, n donna naissance aux sophistes qui, avec son secours, corrompent la philosophie et la "manière de penser du peuple. Ils engagèrent par conséquent des hommes d'un esprit éclairé et d'une âme vertueuse à combattre la philosophie de l'apparence et de l'erreur avec la logique de la vérité » (p. 65 et suiv.).

Ceci nous ramène à tout ce qui précède.

On ne trouve chez cet historien rien qui dépasse le bon sens et la banalité vulgaire. Buhle recherche aussi les causes politiques et les énumère : la prédominance de la démocratie, le rôle de l'éloquence et le crédit des démagogues. « On découvrit que la dialectique et la

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rhétorique peuvent présenter une mauvaise cause sous un joiur favorable et lai faire remporter la victoire sur une bonne. L'éloquence naturelle mais simple ne suffisait plus à ceux qui voulaient jouer un rôle dans l'État. Il se trouva des bommes qui satisfirent ce besoîa et qui enseignèrent la grammaire, la rhétorique et la dialectique. >

Quoique assez sévère, le jugement de cet historien ne manque pas de justesse et d'impartialité. Ce qui a été dit depuis n'y ajoute guère et ne fait que le préciser et l'exagérer.

c Si les sophistes se fussent bornés à apprendre aux jeunes gens les régies théoriques de l'éloquence et à rectifier leurs idées sur le monde et BUT les honunes, ils eussent été réellement utiles; souvent môme ils eurent ce mérite (car on ne doit pas leur attribuer généralement des vioaa ignobles, et tous n'eurent pas pour but, en enseignant .h grammaire et la rhétorique, d'apprendre à abuser de ces connaissances) ; mais ces études étaient liées à celles de la philosophie. Alors les philosophes employèrent leurs talents non plus à rechercher la vérité, mais à travailler selon les \iies de ceux qui les soudoyèrwit. {Cf. Zellçr.) f Plus les sophistes poussaient loin ces arts pernicieux, etc., etc. »

L'utilité de la sophistique pour les progrès de la philosophie sont un des points que l'historien s'attache à faire ressortir.

a Cependant la doctrine des sophistes fut d'une grande utilité k la philosophie comme science. Elle contribua puissamment à enrichir, è épurer le langage et les idées philosophiques. Elle donna plus de sagacité et de subtilité à la pensée; elle fit découvrir, dans. certaines assertions oa certains raisonnements, une faiblesse qu'on n'avait pas soupçonnée. Enfin son inDuence funeste sur lei$ mcrars dirigea l'attention des véritables philosophes vers les principes de la morale, et l'esprit philosophique, qui jusqu'alors avait cherché la vérité hors de lui-même, réfléchit pour la première fois sur son essence, sur les règles de la pensée et du savoir contenues en lui-même et sur Is néeessitè de oonmeneer par les déterminer. » (Hist de la Pkil, mo^ deme, introd. PkiL tmcienne.)

On remarquera que tout ce qui est dit ici des services rendus par la sophistique s'applique non à elle, mais à ses résultats. L'honneur n'en revient ni à elle, ni aux sophistes, qui ne les ont ni prévus ni voulus, mais aux vrais philosophes qu'elle a suscités et qui ont rompu avec elle. C'est ce qu'ont oublié sans cesse ses apologistes.

Nous ne pouvons mentionner ici tous les auteurs qui, soit dans les hiatoffes particulières, soit dans des ouvrages d'érudition, etc., se sont occupés des sophistes grecs. Mais il en est deux que nous ne pouvons

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