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LA SOPHISTIQUB DANS LES HISTORIENS

passer bous silence parce qu'on a prétendu {Hermann^ Zeller) qu'ils avaient précédé Hegel dans la réhabilitation des sophistes. Ce sont : !• Barthélémy, Tauteur i'AnacharsiSy et Meiners dans son Histoire des sciences en Grèce et à Borne,

On s'est singulièrement mépris sur la pensée de ^arMé/emy, si Ton a cru qu'il avait eu le moins du monde l'intention de réhabiliter les sophistes. Quelques mots cités de lui suffiront à rétablir la vérité. D'abord il n'est pas dit un mot des sophistes à propos de la philosophie dans le chapitre consacré aux philosophes, c'est à propos seulement de la rhétorique et du rhéteur qu'il en parle. Or, il traite fort mal les principaux : Protagoras et Gorgias. Il distingue deux sortes d'orateurs : « ceux qui éclairent le peuple... tels que Périclès, et ceux qui ne cultivent la rhétorique que par im sordide intérêt et une vaine ostentation, déclament en public des discours superbes dans lesquels les pensées étaient offusquées par le langage », etc.

« L'impatience va jusqu'à l'indignation lorsqu'ils insinuent ou tâchent de montrer que l'orateur doit être en étal de faire triompher le crime et rinnocence, le mensonge et la vérité, elle va jusqu'au dégoût, etc. »

Il oppose, il est vrai, l'éloquence noble et simple de Prodicus, mais il se moque de ses défauts {Ibid,),

Ce qui a fait croire à une réhabilitation, c'est qu'il fait remarquer que Platon n'a pas rapporté fidèlement les entretiens de Socrate. 11 s'égayait aux dépens de Protagoras, de Gorgias, et il ajoute : « Comme on ne juge pas de Périclès et de Socrate d'après les comédies d'Aristophane, on ne doit pas juger des trois sophistes d'après les dialogues de Platon; > mais il n'en tire aucune conséquence.

Le morceau se termine ainsi :

« J'ai peine à retenir mon indignation. Quoi ! de \îls mercenaires, des ouvriers de paroles qui habituent leurs élèves à s'armer d'équivoques et de sophismes et à soutenir également le pour et le contre, vous osez les comparer à ces hommes respectables, etc.. »

Voilà, il faut l'avouer, une singuKére réhabilitation des sophistes.

Meiners leur est beaucoup plus favorable *. Mais, chez lui encore,

i. « Os possédèrent et répandirent les eonnaissanees de leur temps et même les augmentèrent. Us enseignèrent la science de la nature, selon Xénophon. Ce forent eux qai donnèrent les premiers au monde le nom de xo<r(A(K. {Mém. Socr,, l, 1.) Us apprirent à connaître île calendrier, la grandeur et les mouvements des corps célestes, les qualités et les rapports des nombres, les effets et les liaisons des sons, et enûn Tart de la dispute, de troubler les autres et de rester invincibles, etc.

« Ils inventèrent, les premiers, la politique et Tart de Téloquencc. — Us furent les premiers qui firent des recherches sur ta nature du langage^ sur Torigine et la composition des mots, leur dérivation, leur structure, la construction et Tbar-

on a confondu Tavocat avec rhistorien des arts et des sciences qui a fait très bien ressortir les services rendus par les sophistes.

La sophistique et le kantisme. — L*èrb de la camouE. — La sophistique et le criticisme, — Tennemann, son idée de la sophistique et son jugement sur les sophistes,

 la fin de ce siècle, avec Tapparition du kantisme conunenoe une ère nouvelle pour la philosophie ; une révolution 8*opère dans le monde de la pensée. Elle s*étend à toutes les branches du savoir humain, à la science philosophique en particulier. L'histoire de la philosophie ne peut manquer elle-même d'en subir Finfluence et la critique de s*y renouveler. Tennemann est l'historien de celte école. Son Histoire de la philosophie la représente. On en connaît les mérites et les défauts. Cet ouvrage, qui a pu vieillir, a conservé sa haute valeur aux yeux de quiconque est capable de l'apprécier. En tout cas, il est resté en ce genre le monument de cette période; nous devons examiner comment y est conçue et jugée la sophistique.

L'esprit de Kant y est partout, môme sa langue et ses formules qu'il impose à tous les systèmes anciens et modernes.

Quelle sera l'idée de la sophistique pour cet historien? Il est bon de voir d'abord ce qu'elle peut être pour le réformateur lui-même qui l'a inspiré et qui est l'auteur de ce mouvement. Cela pour nous a d'autant plus d'intérêt qu'entre le kantisme et la sophistique des rapports au moins d'antériorité ont élé déjà signalés.

La sophistique et le criticisme, — Il y a certes des analogies entre l'œuvre des sophistes et celle du grand métaphysicien qui, au xvm* siècle, a fondé le criticisme. Hegel a eu soin de les signaler; il n'a pas hésité à faire de Protagoras le prédécesseur de Kant, comme il voit dans Gorgias, l'auteur d'une dialectique négative mais transcendante, l'antécédent par ce côté de sa propre méthode (v. supra^ p. 275). Les positivistes eux-mêmes l'ont bien vu. Pour Hegel la formule de Protagoras est l'antécédent de la subjectivité kantienne.

Les trois thèses de Gorgias ne nous offrent-elles pas le pendant des

mooie des périodes... Ils réduisirent en régies fixes Tart de parler et d'écrire a\ec justesse et élégance. Ils parlèrent les premiers de la vertu et du bonheur, enseignèrent les devoirs de Thomme et du citoyen. ~ Us enseignèrent dans la Grèce la science de la guerre, la théorie de la peinture et de la sculpture (Cic, de Oral., m). Ils composèrent des ouvrages dont leurs ennemis (Platon lui-même) ont profité (Isoc., IV ; Cic, de Orat. ni), etc. » — Getch. der WU$en$chaften in Gri^ chenland und Rom,

Meiners ne cherche pas même à atténuer les reproches qui leur ont été adressés : le charlatanisme, la cupidité, Tambition, la vanité, etc. On a donc tort de voir en lui un apologiste des sophistes et on antécédent de la réhabilitation qui a suivi.

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