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LA RÉHABILITATION AU XIX* SIÈCLE

Ces systèmes sont d'une part Yidéalisme allemand dont Hegel est le dernier et le principal représentant, d*aulre part le positivisme qui, né en France avec A. Comtes transporté en Angleterre, s'y est surtout développé avec éclat, y a eu des représentants illustres et produit des œuvres considérables. Ce double mouvement devait amener successivement, dans des conditions différentes, la réhabilitation des sophistes telle que nous Tavons fait connaître, exposée et appréciée.

Nous avons déjà signalé ailleurs ces deux causes ; on nous permettra, en les rappelant, de les marquer ici d'une manière plus précise.

lo La réhabilitation hégélienne. — On connaît la nature et l'esprit général des systèmes qui en Allemagne ont succédé au kantisme. La base commune de ces systèmes qui portent le nom d'idéalisme transcendental subjectif ei objectif, c'esl l'idée d'un principe unique, absolu et inconditionnel, dont le développement fatal et nécessaire engendre l'univers entier, physique et moral. Ce principe immanent aux choses s'y réalise lui-même et s'y développe à tous les degrés de l'existence, en parcourt toutes les phases. Tous les événements qui s'accomplissent dans l'espace et dans le temps s'y produisent en vertu de la loi qui le régit lui-môme. C'est l'idée d'une évolution progressive dont tous les êtres sont des degrés, des moments ou des modes. Le moi absolu de Fichle, V absolu ie Schelling, Vidée de Hegel offrent ce même caractère.

Pour Hegel, c'est le Processus dialectique de Vidée.

Or, ces systèmes, quelle qu'en soit la haute valeur philosophique, que nous ne contestons pas, n'ont pu échapper au fatalisme. La liberté qui y est proclamée est illusoire. Le nom est conservé, la chose disparait. Elle-même, cette liberté est soumise au mouvement fatal des idées ; elle est la « libre nécessité », comme on l'appelle (Y. Schelling, Hegel). Hais le libre arbitre des individus^ il est nié, il est exclu de la science comme étant l'arbitraire, le hasard, l'accidentel ou le caprice. C'est surtout Hegel qui a appliqué cette idée à l'histoire et l'on connaît ses grandes vues historiques. Chez lui l'enchaînement logique, nécessaire et fatal des idées régit à tous ses moments, dans toutes ses phases, l'histoire des peuples et celle des individus qui les représentent. L'histoire tout entière, celle des systèmes, comme celle des événements humains, n'est que la logique elle-même, logique concrète, adéquate à la logique abstraite.

Les idées, les déterminations de l'idée, le mouvement des idées, voilà le fond, la trame de l'histoire, ce qui seul a de la valeur et de l'importance. Le reste, les individus ne sont rien ou n'ont de valeur

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que par les idée^ qu'ils rq[>résenteot Leur personnalité 8*effaee, leurs intentions, les motifs qui les ont («it agir sodI peu à eonsid^^er. Le rôle qu'ils ont joué, les résultats pour k» progrès de Thumanité, voilà Tessentiel. Eux-mêmes liront été que des instruments de Hdée ou de la force universelle qui agit et se développe en eux. Du moins c'esl ce qui s'appelle le point de rue scientifique de l'iiîstoire.

On a vu comment, à ce point de vue, s'est Taite la réhabilitation des sophistes dans ce que nous avons appelé la thèse hégélienne (aujura» p. 270, etc.).

Mais on a pu voir aussi les emberras de Facteur lorsque, descendant de ces hauteurs, il s'est vu obligé de juger au moins en passant les doctrines, au point de vue moral, en ee qui concerne la sophistique el les sophistes (269).

On a remarqué son tangage embarrassé, laconique, obecur, équivoque, ses restrictions, etc. (254). Qu'on nou$ permette d'en cî&er encore quelques exemples.

Les sophistes sont-ils bien en réalité des pbilosoplies? Certainement nous dit Hegel et les deux diefs de la sophistique, Protagoras et (jorgias sont de profonds penseurs (27S); mais d'un autre côté il feara cette distinction : « Les sophistes à cause de leur culture formelle appartenaient à la philosophie, mais à cause de la réflexion, non » (Gescb., 27, 75). Voilà pour la théorie. Que sont-ils an point de vue moral?

Il répondra qu'ils « sont mauvais par la particularité qui les rend mauvais » (Ibid.). — Cela est clair; mais quelle est cette particularité? Hegel ne le dit pas. Ailleurs encore il distingue, à leur propos, « la réflexion et la conscience delà réflexion » (Ihid.)« Cela veut-il dire que, dans le rôle qu'ils ont joué, ils n'avaient pas la conscience réfléchie de ce qu'ils faisaient, qu'à ee titre ils n'ont mérité ni les âoges qu'on leur donne, ni le blàne dont ils ont été l'objet?

Nous sommes de cet avis. Mais qui résoudra ces énigmes?

Si nous avions à interroger les disciples en particulier sur ee point délicat, on verrait combien leur Iwigage est v*ague, enabarrassé» confus et souvent peu intelligible. Nous n'aurions qu'à citer im des auteurs qui a reproduit cette réhabilitation des sophistes grecs, M. F. Herrnann^ dans son livre très estimé d'aUleurs, sur la philosophie de Platon (Geschiehte und syslem der fdalowschen Philosephie, p. 492).

Il faut bien en convenir, ce côté faible du système, le fatalisme tant de fois signalé, a une excessive gravité daBs l'histoire. Toutes les fois qu'il s'agit de Kbertë, de la liberté des individus en qui résident la moralité des actes et le caractère, ce vice radical apparaît^ Le sphysx

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se dresse avec son énigme. Le mieux est de se taire. Le silence aussi est d'or pour les philosophes. Du moins il est très commode. Le moyen d'échapper est de dire que Ton traite la question au point de vue sdentifique, WissensehaftHehty et que la science n'a pas à s'occuper de ces questions (v. p. 269, 271).

2° Après la réhabilitation hégélienne, est venue plus tard Yapologie positiviste. Nous avons indiqué aussi (p. 281) qaelqaes-uns des motifs du vif intérêt et de la sympathie que les sophistes grées avaient dû inspirer aux partisans ou aux adeptes du positivisme. Nous avcMis signalé la parenté en ee qui concerne k relativité de la connaissance, le dédain ou le rqet de la méta(Aysiqne. Mais il faut y ajouter, conune cause principale, la fatalité historique non mcmis empreinte dans ce système que dans le précédent.

Le positivisme, lui aussi, qu'il l'admette ou n<m, est fataliste. Le déterminisme qu'il professe n'est qu'une variante du fatalisme. Le libre arbitre pour lui n'est pas moins une chimère, une entité métaphysique. La volonté humaine, en tout et toujours, est déterminée par des motifs. Cette éccde n'a pas de termes assez méprisants pour qualifier le préjugé de ceux qui admettent )e lihre «rbitre, qui croient que l'homme maître de ses actes l'est aussi de ses déterminations ; qu'il est capable de rompre, par un acte de sa volonté libre, la chaîne fatale et nécessaire des effets et des causes ; que par là même, dans le monde phénoménal et non simplement nouménal, l'homme intervient efficacement dans sa propre destinée, h change et la modifie; il y a plus, qu'il n'est pas étranger à la marche générale des événements humains»

Ce point de vue appliqué à rhbtdre a pour conséquence de n'attacher d'importance, dans la conduite ou les actions des hommes, qu'au rôle qu'ils ont joué et aux résultats qui sont sortis de leon actes. Mais on fait abstraction des motifs et du caractère, des intentions, en un mot de ce qui a été lihre chez eux, de ce qui constitue en réalité le caractère moral. C'est là ce qui, selon nous, explique, surtout, la revendication en faveur des sc^bistes chez les représentants de ce système. Et c'est ce qui apparaît partout dans le pkôdoyer que nous avons eu à juger.

Peut-être trouvera-ton singulier que ce soit précisément sur le terrain moral que cette revendication se soit faite. Mais si l'on y regarde de plus prés, on cessera de s'en étonner.

Le positivisBe est fatalisle puisqu'il est déiermmiste ; mais sa méthode est expérimeitfale. Il doit donc respecter les faits.

Les fails et leurs lois, voilà toute la science, son objet unique. Chez lui, donc, le coté réel, celui de Tindividualité des personnages, sera maintenu dans Thistoire. Sa méthode ici le retient et l'empêche de faire des individus, comme le fait Tidéalisme, de purs symboles de ridée. Mais si, dans ce système, le fatalisme n'est pas apparent et à la surface, il est au-dessous, au |sous-sol, si l'on peut s'exprimer ainsi.

£n effet le fond est toujours le déterminisme. Le caractère des individus, leurs actes, leur conduite, tout s'explique par les causes latentes ou visibles qui les ont déterminés, causes physiques ou physiologiques, causes sociales, par ce qui s'appelle le milieu, le moment, etc. Ainsi disparait de nouveau le caractère moral de Thisloire.

Ceci appliqué aux sophistes a dû servir à les réhabiliter. Ces notabilités honorables ont été les représentants, Texpression ni plus ni moins des idées et des mœurs de leur temps. Ils n'ont fait qu'enseigner et propager les idées reçues, etc.

Néanmoins, ils différent entre eux par de fortes qualités individuelles; il y a plus, ils n'ont pas de doctrine commune. Chacun a son opinion personnelle. Socrate lui-même, le premier des sophistes, ne diffère que par une plus forte personnalité (p. 301).

Quant aux motifs qui ont fait agir tous ces personnages, ce serait aller trop au fond des choses que de s'en enquérir. Il est sage d'être discret ; il est permis même d'être muet sur ce point qui reste aussi étranger à la science positive. Cela regarde les moralistes métaphy- ^ siciens, comme Platon, Aristote, etc. A eux de scruter les mystères de « l'incognoscible » que recèle la conscience humaine.

Les sophistes ont rendu de grands services à l'humanité ; ils ont contribué à détruire les préjugés, propagé les arts et les sciences, que veut-on de plus ? Bien curieux et bien hardi est Thistorien qui s'aventure au delà de ce qui est connu, palpable, sur ce terrain miné de la liberté des individus.

Platon, Aristote, Xénophon, Socrate lui-même, qui étaient des métaphysiciens, l'ont fait, ils ont eu tort. Aussi ont-ils mal compris et mal jugé la sophistique et même calomnié les sophistes.

Telle est, selon nous, la principale cause, ce qui donne le secret du plaidoyer, du reste fort habile, savant, quelquefois éloquent des positivistes.

II. Son influence. [Partisans et adversaires.) — Cette influence s'est exercée non seulement en Allemagne et en Angleterre, mais en France et dans les autres pays. L'étudier et la suivre dans ses formes

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