LA. RÉHABILITATION — PARTISANS ET ADVERSAIRES
diverses exigerait de nous une nouvelle étude. Nous nous bornerons à quelques indications générales.
En Allemagne^ Tinfluence s'est fait sentir plus ou moins dans toutes les œuvres qui ont eu quelque rapport avec la philosophie ancienne. On y retrouve plus ou moins partout la manière dont Hegel a conçu la sophistique, sa nature et son rôle dans le muvement général de la civilisation antique, le caractère et la place qu*il lui assigne dans la marche et la succession des systèmes. En cela on ne saurait s'étonner ; nous-môme avons adopté ce qui nous a paru vrai de ces idées. La formule hégélienne, la subjectivité sensible ^ égoïste, etc., traduit très bien la maxime de Protagoras. Si on la distingue de la première notion donnée de la sophistique (p. 2S5) et qui est fausse, elle est fort juste. De même, l'assimilation aux encyclopédistes peut être, mutatis mutandisy également acceptée.
Tout cela a été reproduit maintes fois, d'abord par les historiens de la philosophie, ensuite dans une foule d'écrits relatifs à l'histoire littéraire, religieuse, à celle des beaux-arts, des institutions politiques, de la législation, etc.
Ceci est le côté vrai et marque le progrès de la critique moderne. Quant à la réhabilitation proprement dite, qui pour nous est le côté faux, lui aussi a été accueilli par un grand nombre d'écrivains qu'il serait inutile de mentionner, parmi lesquels figurent au premier rang des historiens de la philosophie. Il suffira d'en nommer quelques-uns, tels que Amédée Wendt le continuateur de Tennemann, Th. Rixner^ Marbach^ Hermann^ Strumpf, plus tard Lange, Max Schas^ 1er, etc., ^ Ceux-ci ont réclamé contre l'opinion ancienne comme devant être au moins réformée sinon tout à fait abrogée.
n y a bien eu quelques dissidents qui l'ont maintenue et qui ont plus ou moins protesté. U est à remarquer que ces juges récalcitrants et plus sévères à l'endroit de la morale, sont précisément ceux qui soutiennent les droits de la liberté humaine. Ce sont des moralistes fidèles à la cause du spiritualisme, qui refusent de se soumettre au joug des nouveaux systèmes. En général, ce sont des partisans du kantisme ou qui se rattachent à la tradition kantienne. C'est d'abord un métaphysicien illustre, moraliste et théologien, le traducteur de Platon, Fr. Schleiermacher (Gesch. der phil,). Pour lui la sophis-
1. Karl Fr. Hermann, Gesch., md System der Platcmischen Philosophie^ 1 theil, 204 et sq. ; — Marbach, Lehrhbuch der Gesch, der Philosophie, 1838 ; — Fr. Uberweg, Grundriss der Gesch. der PUl., i thcil, 77; — A. Schwegler, Gesch. der Phil, in Umriss, 26; — Gesch. der Griechischen Phil., 2 auff., 101; — Thadd. Rixner, Handbuch der Phil., I. B. S. 148.
tique est (ptXoSo^ioc ou (jo^odo^la; elle est antî-philosophie. C'est bien le sens platonicien. H. Ritter (Hist. de U phil., 1. 1, 460) mcMitre le rapport de la sopliîstiqae avec la vie politique et les moBure grecques à odte époque. Selon lui l'esprit philosophique des sophistes ne pouvait se développer qu'à une époque oà le sérieux de la vie avait disparu, ou était obscurci depuis quelque temps, ou Tesprit de frivolité aN'ait fait de grands progrés (Ibid.). — On reconnaît chez ces historiens le souci de conserva à l'histoire son sens moral. — Brandis (Gesch. der Ëntwickelung der Gr. phil. 1852) est aussi parmi les dissidents ; mais sa critique est moins nette, son appréciation plus vague. Lui aussi a subi Tinfluaice. Il réclame les cirecHisCances atténuantes et proteste contre un jugement trop sévère.
« On n'a pas le droit de tenir les sophistes pour des hommes foncièrement corrompus {bôswillige^ gnatdverdcrbenen). ils donnent une expression en apparence sdeotifique aux points de vue généralement répandus de la vie. Quelques-uns, nommément Prodicus, paraissent avoir été des hommes honorables, mais incapables de s*élever au-dessus de leur temps, de poser à la conscience un nouveau principe de moralité. » On n'a pas eu tort de les comparer aux encyclopédistes. Eux aussi disaient tout haut ce que tout le monde pensaiL Mais les encyclopédistes n*ont-ils pas rendu le mauvais plus mauvais encore {dos scAlîmme schlimmer gemaclu)^ par là même qu'ils savaient le rendre compréhensible à la raison? »
L'observation est juste; c'est le cas pour les sophistes. Madame I>udeffand disait aussi du livre d'Helvétius : H a dit le secret de tout le monde; mais ce secret divulgué, formulé, devient une excuse; il sert de justification à la conduite des individus qui, dans le miroir de la société, voient non seulement le portrait, mais le modèle à imiter pour toute la vie individuelle et sociale.
Nous n'essaierons pas de suivre cette infiuenoe en Angleterre. Là, se mêle à la réhabilitation positiviste celle qui, dans un autre esprit, s'est opérée chez les ilUemands au point de vue de lldéalisme ou d'un tout autre systtee. On a vu seulement comlMen les auteurs anglais eux-mêmes se sont fait illusion quand Us ont cru simplement continuer l'entreprise commencée par Hegel et les Allemands.
En France, il serait curieux de suivre cette double influence, à cet égard, de l'idéalisme allemand et du positivisme anglais dont on a parié sans connaître les sources, ni surtout remarquer les différences ou les oppositions. On a répété, sans distinction aucune, ce qui est, on l'a vu, une grave erreur, que les sophistes avaient été réhabilités d'abord par Hegel, puis par Grote, etc. U est des écrivains qui, ne pou-