‹ La philosophie ancienneChapitre 19 sur 194 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

elle donne lieu nous engagent à Texaminer brièvement et à reproduire ici les objections qui, à bon droit, lui ont été laites.

i^ Comme toute science, la philosophie est progressive. Prétendre que la science est tout entière contenue dans son passé ; qull n'y a qu'à le bien comprendre pour l'en faire sortir, c'est déjà contredire la loi de l'esprit humain qui le pousse en avant et l'invite sans cesse à de nouvelles recherches. Cette loi ne lui permet ni de s'arrêter ni de se reposer. Le système, qui, par cette résurrection, se donne pour un progrès de la science, n'aurait fait que l'immobiliser. — Fût-il plus vrai que les autres, il n'est pas moins soumis à la même loi qui est d'être à son tour dépassé et remplacé.

2® C'est supposer d'ailleurs que les sciences dont la philosophie suit elle-même le progrès, dans toutes les directions, sont achevées. Qui ne voit l'étrangeté de cette hypothèse surtout à l'époque où, parmi les sciences, les unes s'agrandissent et s^étendent, les autres se renouvellent, s'engagent dans des voies qui leur sont encore inconnues? Plus d'un philosophe ancien a pu avoir cette illusion de clore les découvertes de ses devanciers. Ce fut celle d'Aristote. Elle n'est pas aujourd'hui permise, quand même il ne s'agirait que de tracer les grandes lignes et d'enfermer la science dans des catégories empruntées aux lois ou aux formes de l'esprit.

3* L'histoire elle-même a démontré combien cette prétention est vaine. Le mot de Sénèque, seul est vrai : multum restât operiSj multumque restabit (Epit. 6&). Il faudrait que le champ entier de la pensée eût été parcouru, qu'il n'y eût plus de nouveaux domaines à découvrir et à cultiver, en dehors du cercle tracé par la théorie. S'il n'est aucune des sciences qui ose se le promettre, comment l'admettre de celle qui doit les embrasser toutes? Il y a plus, en appréciant ces systèmes et en faisant ressortir ce que chacim d'eux renferme de vérité, en coordonnant ces vérités, peut-on dire que leur exposé équivaut à la science elle-même dont tous les problèmes seraient

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