‹ La philosophie ancienneChapitre 191 sur 194 · ÉTAT ACTUBL ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUBL ET CONCLUSION

livité égoïste. Mais qui ne voit qu'au fond c'est en style moderne dire la même chose que les anciens? La sophistique, nous dit-il, n*est qu'une direction de Tespril, une tendance (Streben), et Platon a eu tort d'en faire (Cf. Hermann) une catégorie générale, etc. Mais plus loin lui-même, l'auteur^ ne montre-t-il pas très bien le lien logique qui unit toutes ces parties de la doctrine des sophistes, la théorie de la Connaissance, TEristique, TEthique, la Rhétorique, etc.?Il va plus loin, il reconnaît la Gliation des anciens et des nouveaux sophistes (Ibid.).

Quant au jugement général sur les sophistes au point de vue moral et de leur honorabilité, c'est là surtout qu'il nous semble difficile d'accorder l'auteur avec lui-môme. Il commence par déclarer qu'on les a injustement traités. Il semble donc qu'il admette la réhabilitation. U reconnaît toutefois, dit-il, leurs défauts, et voici en quels termes il en parle : « Les sophistes sont les émancipateurs de leur temps, les encyclopédistes de la Grèce. Us ont les avantages et les inconvénients de ce rôle. On ne peut le nier, les hautes spéculations, le sérieux moral, l'esprit scientifique, qui s'absorbe dans la considération des choses, cet esprit que nous avons si souvent occasion d'admirer chez les philosophes antérieurs ou postérieurs, tout cela fait défaut chez les sophistes, lis apparaissent comme pleins de prétention et de forfanterie. Leur vie vagabonde, leurs leçons salariées, leur empressement à quêter des élèves et le succès, leurs rivalités mesquines, leur jactance souvent ridicule forment un contraste remarquable avec la grandeur simple d'un Socrate, avec la noble fierté d'un Platon. Leur doute étouffe en son germe toute tendance scientifique, leur éristique aboutit pour tout résultat à la confusion de l'interlocuteur. Leur éloquence calculée pour l'apparence est au service de l'injustice aussi bien que de la vérité. Leurs idées sur la science sont basses, leurs principes moraux sont dangereux. Même les meilleurs et les plus grands ne sont pas tout à fait exempts de ces défauts, etc. » (p. 542, tr. fr.).

Le portrait, on le voit, n'est pas flatté. On se demande après cela quelles sont donc ces accusations injustes dont M. Zeller prétend décharger les sophistes. Le moyen, dit-il, c'est de distinguer deux faces à la sophistique, « la face de derrière » (Ruchte), celle qu'on vient de voir (et elle n'est pas belle), et une autre face, la face antérieure sans doute. Qu'est-elle? c'est celle des services qu'ils ont rendus, de leur l^itime tentative, des efforts qu'ils Qnt faits pour propager les arts et les sciences, etc. (Ibid.)

Mais, dira le moraliste qui n'a pas oublié que l'auteur a réclamé contre Hegel en faveur de l'activité libre, ces services, ont-ils voulu les

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rendre? Ces efforts, quel en a été le but? Par quels motifs ont agi ces hommes? Ou vient de le voir, Tégoïsme, Tintérêt, la vanité, etc., ont été ces mobiles. C'est sans le savoir et sans le vouloir qu'ils ont rempli ee rôle. Cette face de devant pourrait bien n*ètre qu'un masque, l'apparence d'une fausse sagesse, comme disent les andens. Est-oe parce côté qu'il faut r^arder la sophistique?

Nous l'avouons, on ne voit pas bien comm^ tout cela s'accorde avec ce que l'auteur dit à son début :

a A considérer tous les côtés choquants et faux de la sophistique, on pourrait être tenté d'adopter l'opinion autrefois universellement admise et qui n'a pas manqué de partisans môme dans les temps modernes; mais cette opinion est injuste. Désormais nous déchargeons les sophistes des accusations dirigées contre eux... Un progrès conférable s'est opéré dans le seais historique, etc. ^ »

Soit; mais de ce Janus à double face, laquelle des deux faces est la vraie? La belle ou la laide? la laide selon nous; car elle seule répond à l'idée. Or, l'idée de la sophistique est ce qu'elle esl^ l'idée d'une chose mauvaise en soi, par conséquent laide, xjt fkp xocxà alerxp^ xaXta. (Platon, Gorgias, 463). L'opinion qui s'y attache n'est donc pas ii^uste et le progrès dans le sens histori^fue n'y peut rien changer.

CoNCLosioif GttNÉRALi. — Tel est l'état de la question. Nous avons entrepris nous-méme de l'élucider, ou, du moins, essayé de la tirer de la confusion qui règne encore autour d'elle aujourd'hui dans les meilleurs esprits. En supposant que' notre manière de voir soit jugée trop étroite et arriérée, on ne peut lui refuser d'être nette et précise. Pour éclaircir le problème, nous avons, nous aussi, distingué deux faces, la face kistorique et la hoe philosophique^ dont le côté naoral, selon nous, ne doit pas s*isoler.

Le rôle historique des sophbtes, la critique moderne, nous l'avons dit et nous nous plaisons à le redire, l'a déterminé et mis en lumière. Elle l'a mieux fait connaître ou plutôt elle l'a fait connaître, car il était inconnu des anciens, inconnu des sophistes eux-mêmes qui n'en ont pas eu l'idée. Aussi, ceux qui plaident pour eux n'ont à l^ur en attribuer en rien les mérites. L'honneur en revient tout aitier à la puissance souveraine qui gouverne le monde, qui y distribue les rôles, les fait exécuter par des acteurs bons ou mauvais, souvent médiocres

1. M. Zellcr a beaa parler de Pinflaence considérable qoe ces tiommes oat exercée, du tribat d'hommages que plusieurs d'eutre eux obtiennent, etc., qu'ils n'ont été ni des bavards frivoles ni des charlatans de philosophie, etc., c*est changer la question.

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