DE LA SUCCESSION DES SYSTÈMES XXXIII
avoir été pour quelque chose dans la création de leurs systèmes. Le cachet particulier de leur esprit n'est pas empreint seulement à la surface de leurs œuvres. Gomment n'en serait-il pas ainsi surtout des anciens philosophes, d'un Platon, d'un Aristote, d'un Pythagore, qui avaient tout un passé derrière eux, et des autres? Faire abstraction du côté individuel de ces hommes, à cause du caractère abstrait de leurs conceptions, pour s'en tenir aux formules écloses dans la tête d'un penseur solitaire, pour suivre une dialectique inflexible dans ses déductions, c'est réduire l'histoire à une sorte d'algèbre des idées ; c'est peupler le monde réel d'ombres, mettre une suite de vides entités à la place des personnages vivants de l'histoire. Non seulement le tour d'esprit de chacun de ces individus et les causes accidentelles qui l'ont modifié expliquent en partie la diversité de leurs opinions et de leurs systèmes; mais aussi leur caractère, leur volonté et leur liberté ne sont pas pour rien dans le choix des méthodes ou des moyens employés et dans la formation de leurs doctrines. C'est ce qui donne de l'importance, un haut et vif intérêt à la biographie.
Autrement on tombe dans le fatalisme à bon droit reproché à l'auteur de ce système et à ses partisans. Voir partout dans l'histoire une succession purement logique d'idées régies par les lois d'une inflexible nécessité, c'est lui retirer son caractère moral '. Il y a aussi du contingent dans l'histoire *. La trame historique est d'une nature plus flexible, plus compliquée et plus délicate que celle de la logique ou de toute autre science. Elle se compose de faits nécessaires et d'actes libres. 11 fout admettre sans doute des lois générales; mais précisément parce qu'elles sont générales, elles laissent la place au libre développement de l'activité personnelle des individus. Ces lois sont les lois de l'esprit; le monde qu'elles régis-
1. V. E. ZeUer, Préface; E. Boutroux, Otto Liebmann, die Klimax der Thewien.
2. Voyez nos Etudes sur les sophistes grecs. Surtout la 1** étude.