XXXIV INTRODUCTION
sent est le monde de la liberté, non celui de l'absolue nécessité.
Sans nous étendre sur ce sujet, ce qu'il convient de dire c'est que, s'il n'est pas vrai que chaque système, dans l'histoire, y occupe la place et le rang que la science lui assigne, eu égard à la part de vérité de l'idée, ou au degré qu'il représente, il ne l'est pas davantage qu'il puisse toujours être efiiermé dans une formule étroite, précise et unique, ce qui en ierait une unité morte, sans vie; tandis qu'en réalité, cette unité est une force vivante, qui réparait et refleurit à des époques diverses sous des formes nouvelles, plus riches et plus variées. CSette manière d'envisager l'histoire, on l'a dit souvent, conduit i foire violence aux faits, à défigurer et i mutiler les systèmes pour les faire entrer dans les compartiments d'un cadre tracé d'avance ou à priori. L'arbitraire qui doit être banni de cette méthode, y est manifeste, à l'égard des philosophes. Tandis qu'elle exagère l'importance des uns, elle rabaisse ou déprécie les autres; souvent même elle dédaigne de tenir compte de leur valeur réelle et méconnaît leur influence.
Un antre grave défaut est de faire parler à tous une langue commune qui n'est pas la leur ni celle de leur époque; mais qui est celle du système qui les interprète et les juge, langue souvent barbare, inintelligible. L'histoire qui ainsi se convertit en une sorte d'algâire devient facilement l'équivalent du système qu'elle est chargée de confirmer par des exemples.
Une dernière remarque, qui parait très juste, a été faite à ce siget (V. Sdiwegler). On peut dire que cette méthode renverse l'ordre historique qu'elle a pour mission de suivre, en ce que c'est toujours par le concret non par l'abstrait que la pensée humaine débute dans Thistoire. Ainsi les and^s syst^es, ceux de Thaïes, de Pythagore et des Eléates, ou d'Anaxagore, loin d'être de pures abstractions en soi et dans la pensée de leurs auteurs, sont, au contraire, des conceptions plus ou moins matérielles nées d'une vue plus ou moins super-
DB l'exposé DBS SYSTÈMES XXXY
ficielle et vague des choses. Les catégories de la pensée moderne, Y être y le devenir ^ le subjectif et V objectif, la causalité j la finalité, etc., à travers lesquelles on nous fait sçcrcevoir ces systèmes, sont donc, sinon tout à fait fausses, propres à les fausser, surtout si on les applique dans leur signiflcation étroite et rigoureuse.
Nous nous efforcerons de nous préserver, autant que possible, de ces défauts.
§ III. — DE l'exposé et de la CRITIQUE DES STSTàMES DB LA PHILOSOPHIE ANCIENNE. — QUELQUES RÈGLES DB MÉTHODE.
Nous n'avons pas la prétention de donner les règles de la méthode que doit suivre l'historien de la philosophie dans Vexposé et la critique des systèmes. Nous ferons seulement quelques remarques propres à indiquer l'esprit selon lequel a été conçue, sous ce rapport, cette histoire générale de la philosophie ancienne.
L'historien, s'il veut se renfermer dans son rôle, doit considérer les système comme des faits qu'il n'a pas le droit de changer ni d'altérer, quel que soit le motif en apparence légitime qui le sollicite ou qu'il ait à faire valoir. Les systèmes sont des monuments de la pensée. Comme tels/ ils doivent conserver leur vrai earaclère, celui de l'époque où ils ont paru, de l'esprit ou du génie propre des hommes qui les ont produits. Si, sous prétexte de les interpréter et de rendre plus intelligible la pensée de ces philosophes, on prête à ceuxci des idées, une manière de les concevoir et de les exprimer qui ne soient pas les leurs, on manque à la règle première de l'histoire, qui est l'exactitude et la fidélité, on pèche contre la vérité historique.