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tiles ou même paradoxales que solides et concluantes. Ainsi en est-il de Platon, de ses plus importants dialogues, des principaux écrits d'Aristote, etc., sur lesquels les débats et les controverses sont loin d'être finis. Pour nous, tout ce qui est platonicien et aristotélicien a une grande valeur. Il y a plus, comme on peut le constater, la tradition, quand elle est constante, sans que pour cela les droits du libre examen soient en rien diminués, doit entrer en ligne de compte et être prise en sérieuse considération.
Quoique la critique doive tenir très peu de place dans cette histoire, elle y a sa part et ne saurait en être absente.
La manière seule d'exposer les doctrines équivaut déjà à les juger. Marquer leur importance, leur rôle, leur action, leur enchaînement, le progrès de Tune à l'autre, est une autre façon de les apprécier. Leur valeur réelle ou intrinsèque, aux yeux de l'historien, offire comme le résumé de ses jugements sur la doctrine entière. Il y a plus, l'historien a son opinion faite sur toutes les questions soulevées et traitées par le philosophe dont il expose les solutions à ces problèmes. Il est amené à prendre parti, qu'il le dise ou non, sur la vérité de ces solutions ; l'indifférence absolue est impossible.
Mais que peut valoir une pareille critique? n'est-elle pas purement arbitraire ou personnelle? Sur ce point, il convient aussi de s'expliquer.
Il va sans dire qu'il ne s'agit pas d'une critique parfaite et définitive qui ne serait ni plus ni moins que le jugement de Dieu. La nôtre en particulier ne peut être que très superficielle et très sommaire. Mais, quelque modeste et imparfaite qu'elle soit, elle ne doit pas moins satisfaire à la condition imposée à tout jugement humain, celle d'être vraie en une certaine mesure.
DE LA CRITIQUB DBS STSTÈMBS XU
sans quoi l'auteur n'aurait le droit d'affirmer quoi que ce soit de la valeur et de la supériorité, même relative, des systèmes qu*il expose.
Une telle critique est-elle possible?
Faut-il admettre qu'en philosophie, comme on l'entend répéter sans cesse, la critique est purement relative^ personnelle ou individuelle? Soutenir cette thèse, c'est professer le scepticisme en cette matière, ce qui entraîne aussi les autres.
Il faut bien admettre qu'ici, comme ailleurs, il y a une vérité, partant une mesure de vérité ; que si cette vérité est la vérité vraie, elle est indépendante de celui qui opine ou qui juge. Elle l'est de son esprit, de son temps, de sa secte, de l'école à laquelle il appartient; elle a quelque chose A'absblu.
Mais quel sera le critérium et où le prendre? n'est-ce pas toujours un système qui en juge un autre et lui applique sa propre mesure? Là est le cercle dont il semble ûnpossible de sortir.
Une chose d'abord à faire remarquer, c'est que ce cercle dans lequel on prétend enfermer l'historien de la philosophie est absolument le même pour toutes les autres histoires. N'est-ce pas aussi avec leur manière de voir et de juger le passé, les événements, les hommes, les mœurs, les idées, les opinions des autres, que jugent tous ces historiens? Il en est ainsi en politique, en littérature, en législation, en religion, etc. Le critérium est celui du juste et de l'injuste, du beau et du laid, du saint ou de l'utile, qui sont des faces diverses de la vérité.
La difficulté ne subsiste pas moins et nous sommes tenu de la résoudre.
La solution, pour nous, n'est ni à chercher ni à trouver. Elle est dans ce qui a été dit plus haut de la vérité des systèmes ; car ce qui est vrai des systèmes est vrai de leur histoire. Elle est dans le caractère à la fois personnel et impersonnel de la raison humaine, qui les a produits, et dans la loi de progression qui régit son développement ou son évolution.
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Il ne s'agit que de l'appliquer au cas particulier dont il s'agit, c'est-à-dire à des systèmes qui sont la manifestation, dans Thistoire, de la raison sous sa forme la plus haute, la forme spéculative.
Le principe admis, en Toici la conséquence.
Sans doute, dirons-nous, le jugement porté par Thistorien sur la valeur des systèmes est personnel et sa critique est relative. Il ne peut se dépouiller de sa nuinière de voir personnelle, des formes de son esprit, des conditions où cet esprit est placé. Il doit être sujet à bien des erreurs tenant à la nature des hautes et délicates questions traitées par les auteurs dont lui-même iait connaître les soluticHts.
Est-ce à dire que sa critique, s'il est suffisamment préparé à remplir la tâche qu'il s'est donnée, n'aura aucune ^valeur absolue? Aller jusque-là, c'est le scepticisme, je le répète, avec toutes ses conséquences.
Toute la question est de savoir si la science dont il s'est fait l'historiwi est une science véritable, si, comme les autres sciences, elle a fait des progrès j si, ces progrès, il est possible de les suivre et de les marquer ; s'il en est ainsi de chaque partie de cette science, comme de la science entière : de la psychologie, de la logique, de la morale, du droit naturel, de l'esthétique, etc. Dès qu'on l'admet, on admet aussi qu'il y a moyen d'y démêler comme ailleurs le vrai du faux dans les doctrines, et cela pour les philosophes anciens comme pour les nouveaux. Il suffit d'être au courant de cette science et des progrès qu'elle a faits dans chacune de ses branches et dans son ensemble.
L'historien, donc, s'il est suffisamment instruit, appliquant aux doctrines antérieures et aux systèmes anciens en particulier la mesure que lui met dans la main la science elle-même au degré où elle est parvenue, d'abord les comprendra, puis les jugera. Il le fera avec sa façon de voir personnelle, sans doute, mais non entièrement personnelle et individuelle. Disposant
DB LA CRITIQUE DBS SYSTEM BS XLIll
d'une mesure de vérité supérieure à celle qui Ta précédé dans la science , il peut juger et apprécier les systèmes antérieurs qui n'ont pas atteint cette mesure, et cela sans qu'on soit en droit de dire que son jugement est purennent personnel. Son jugement est-il faux, arriéré, trop étroit, les raisons sur lesquelles il s'appuie sont-elles mauvaises, lui-même sera contredit et rectifié par une critique, meilleure et plus vraie; la fausseté de son opinion sera démontrée comme cela est de toutes les opinions humaines.
Ycut-on nier qu'il en soit ainsi pour la philosophie et la critique de ses systèmes? Tobjection se reproduit pour toutes les autres histoires et pour tous les historiens, comme pour tous les genres et toutes les formes de la critique, littéraire, juridique, etc. Et nous défions qu'on y réponde.
Ce sujet ne peut être traité ici à fond; mais, vu la gravilé et la force du préjugé contraire, nous demandons à insister.
L'historien des systèmes, disons-nous, s'il est suffisamment éclairé et au courant de la science dont il retrace les progrès, la marche et les développements, bien qu'il y ait toujours plus ou moins de partialité et de vues personnelles dans la manière dont il juge et apprécie les systèmes, leur appliquant la mesure de vérité qui est la science elle-même au degré où elle est parvenue et où les auteurs de ces systèmes l'ont eux-mêmes conduite, peut en chacun d'eux reconnaître et distinguer la part de vérité qu'ils contiennent. Il peut avec plus ou moins d'exactitude et de sûreté discerner et montrer en quoi ils sont vrais ou faux, supérieurs ou inférieurs à d'autres et à leurs devanciers, en quoi il» ont échoué ou réussi dans la solution des problèmes qu'ils ont agités, en quoi ils se sont rapprochés ou éloignés de la vérité totale ou plus grande que la science aujourd'hui conçoit ou dont elle est en possession, et qu'eux-mêmes ont prépa9*ée par leurs erreurs souvent autant que par leurs découvertes. Il peut faire voir en quoi ils ont été dans la vérité ou tenu le droit chemin, en quoi ils ont erré ou dévié, ce qui leur
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a manqué pour être plus vrais ou plus complets, et pour atteindre un plus haut degré de vérité et de perfection, en un mot relever les mérites et les défauts.
Cette critique sera toujours elle-même très incomplète; mais c'est le sort inévitable de tous les jugements humains.
Peut-on nous dire en quoi l'historien de la philosophie se trouve ici placé dans une position différente de celle des écrivains des autres histoires? Nous serions curieux de l'apprendre.
A l'époque de crise intellectuelle et' de trouble moral, social, etc., que traversent aujourd'hui les esprits, on entend répéter sans cesse inconsidérément que tout est relatif et soumis à un perpétuel devenir, que rien n'est absolu^ etc. Ceux qui parlent ainsi, eux aussi, souvent sont des critiques fort distingués par leurs qualités judicieuses ou brillantes. Ils s'inquiètent peu de savoir si leur critique elle-même n'en est pas atteinte, et par là ne perd pas toute autorité, si elle n'a plus de valeur aucune pour quiconque veut y réfléchir. Ces virtuoses de la pensée s'en tirent en disant que la critique, elle aussi, est un artj qu'elle aussi comme les systèmes est œuvre de génie^ c'est-à-dire à leurs yeux toute personnelle. Ils le prouvent, sans doute, par le talent qu'ils déploient dans leurs écrits. Seulement, c^est un air qui se joue pour les profanes à la porte du temple. S'il réjouit fort les oreilles du vulgaire, les esprits sérieux qui croient à la vérité et à la science en sont moins charmés. — Mais nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit plus haut à ce sujet, et nous poursuivons.
Pour nous, donc, nous persistons à croire que l'historien de la philosophie, s*il n'est pas trop au-dessous de sa tâche, s'il est suffisamment au courant des progrès de la science dont il retrace le développement, la marche et les progrès, quand il apprécie la valeur des systèmes, ne fait pas qu'émettre sur eux son opinion personnelle ; car ce n'est plus seulement alors le sentiment de celui qui juge, c'est la raison elle-même plus