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DB LA CRITIQUE DBS SYSTÈMES XLVII

une multitude de points que les anciens, encore xao'ms leurs devanciers, n'avaient pas même soupçonnés.

11 n'est donc pas vrai que la raison, dans cet ordre des idées, le plus élevé, soit condamnée à parcourir éternellement le même cercle. Ce cercle d'ailleurs s'élargit, Thorizon s'agrandit, ce qui est encore une manière pour elle de progresser. Les sceptiques eux-mêmes qui soutiennent leur thèse reconnaissent que leur scepticisme s'est perfectionné, qu'il s'est enrichi d'arguments nouveaux, et qu'il a mieux compris la loi qui régit la pensée humaine. Entre les premiers sceptiques qui furent les sophistes et Pyrrhon, de Pyrrhon à Enésidème, à Sextus, des anciens à Montaigne, à Pascal, i Hume, à Kant, il y a de notables différences à l'avantage de ces derniers.

Si Ton voulait pousser à Tabsurde l'opinion contraire, on dirait à ceux qui la soutiennent que, s'ils sont conséquents, ils doivent s'engager aussi à soutenir et à prouver que de Thaïes à Soorate, de Socrate à Platon et Aristote et pour toute la suite de cette histoire, il n'y a pas eu le moindre progrès dans la vérité, qu'il en est ainsi au moyen Age, d'Alcuin à saint Thomas, de saint Thomas à Descartes, à Leibnitz, qu'il ne s'est rien découvert, rien approfondi, rien éclairci; qn^ ainsi rien ne justifie la réputation de ces hommes regardés comme les plus hautes intelligences et la place qn*ils ont conservée dans la mémoire de leurs semblables. Il faut dire aussi que, de même qu'il n^ a aucune vérité nouvelle i constater dans leurs systèmes, il est impossible d'y signaler et relever aucune erreur, de faire voir en quoi et pourquoi ils ont erré, qu'il n'y a pas plus de raison de choisir parmi les choses qu'ils ont dites, de relever leurs contradictions, etc., etc., ce qui, on en conviendra, ne peut être admis d'un esprit sérieux.

Or n'est-ce pas sur tous ces points que roule la possibilité de la critique?

Notre conclusion est que, s'il y a du relatif, il y a aussi de

XLVni INTRODUCTION

l'absolu dans la critique des systèmes comme dans les systèmes eux-mêmes.

La nôtre n'a nullement la prétention d'être infaillible ni meilleure qu'une autre. On jugera ce qu'elle vaut. Puisset-elle» dans sa mesure très modeste, avoir au moins quelque chose de cette impersonnalité qui la rattache à la science philosophique au degré où elle est parvenue.

N'oublions pas aussi qu'il est une autre critique , toute impersonnelle et en quelque sorte immanente aux systèmes. Celle-ci se fait d'elle-même, mais par l'histoire, non par l'historien, qui nous fait assister au mouvement des idées. Elle est le résultat de la lutte des systèmes. Ceux-ci, dont aucun n'est tout à fait vrai mais non plus totalement faux, se combattent et se réfutent les uns les autres.

Dans la guerre acharnée qu'ils se livrent, chacun d'eux excelle à mettre à nu les défauts, les côtés faibles des systèmes contraires. Rien n'est plus clairvoyant pour apercevoir ces défauts que l'auteur d'un système nouveau, qui veut en remplacer un autre ou cherche à le supplanter. Il l'attaque à la fois dans ses principes et dans sa méthode, dans ses résultats généraux et ses conséquences; rien ne lui échappe. L'exemple le plus frappant, dans la philosophie ancienne, est celui d'Aristote succédant à Platon et de la manière dont il critique son maître. Platon lui-même. Bacon, Descartes, Kant, etc., font de même à l'égard de leurs devanciers. Cette critique, dira-t-on, est toute négative ; elle détruit et n'édifie pas. C'est une grave erreur. En réalité rien n'est détruit, de ce qui est vrai, par cette critique, mais bien plutôt est assimilé. Platon n'est pas détruit dans ce qu'il a de vrai. Vidée, par Aristote. La vérité des systèmes leur survit toujours, critiquée, parce qu'elle est incomplète, mais toujours augmentée, éclairée, mieux comprise et approfondie. C'est le mouvement même de la pensée, la dialectique de l'histoire.

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