‹ La philosophie ancienneChapitre 3 sur 194 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

de ce livre ne vise pas si haut; sa tâche, déjà très difficile, mais plus modeste, est simplement de mettre au courant de la science actuelle, et de ses plus récents travaux, le lecteur instruit qui s'intéresse à ces matières, en ce qui concerne les principaux systèmes de la philosophie ancienne. Il devra se borner à exposer ces systèmes dans leurs traits principaux, en marquer la suite et l'enchaînement, en indiquer la valeur, sans entrer dans les détails, ni les soumettre à une critique approfondie, ce qui eût dépassé de beaucoup l'objet et les limites de son entreprise.

Malgré le caractère que doit conserver ce travail, un certain esprit ne peut manquer de s'y révéler; des vues personnelles y seront émises en beaucoup d'endroits; des jugement généraux et particuliers devront suivre ou accompagner l'exposé des doctrines. L'auteur n'y sera pas toujours d'accord avec les historiens dont le savoir et l'autorité sont le plus universellement reconnus et à l'avis desquels il aimerait toujours à se ranger en profitant des lumières que lui fournissent leurs écrits. On conçoit dès lors que des éclaircissements lui paraissent nécessaires sur des points importants que le lecteur, comme lui, jugera sans doute à propos d'élucider dans cette introduction.

La divergence des opinions en matière philosophique aujourd'hui, comme on sait, plus grande que jamais, s'étend à l'idée elle-même qu'on doit se faire de la philosophie. Gela nous fait un devoir de nous expliquer tout d'abord sur cette idée et sur la nature des systèmes philosophiques dont nous avons à retracer l'histoire. Nous ne pouvons nous dispenser, aussi, d'examiner les opinions les plus accréditées qui, selon nous, si elles devaient prévaloir, auraient pour résultat, d'ôter à l'histoire de la philosophie en général et à celle de la philosophie ancienne en parti-

IDÉB DBS SYSTËMBS PHILOSOPHIQUES m

culier, sa véritable importance, ou, tout au moins, d'en affaiblir considérablement l'intérêt.

La meilleure définition qu'on puisse donner de la philosophie est encore, à notre avis, la plus ancienne; celle qu'Aristote a formulée dans sa métaphysique : « la science qui a pour objet les principes », tj o^^ta uepl cupyjkt; £itt<rrfi(A7j tU e<rct (Met.), XI, 1. — « La philosophie première est la science des premières causes ou des premiers principes » {Ibid.). Toutes les autres définitions données par les divers auteurs au point de vue de leurs systèmes, au fond, s'y ramènent : Science de Vidée ou de r essence des choses (Platon), science de la vérité y science des premières vérités^ science de l'universel, science de Vinconditionnel ou de VabsolUj science de Vidéal; science de la science, etc. Toutes ces formules ne font que reproduire, sous divers aspects, la pensée d'Aristote, qu'aucune ne contredit, que toutes présupposent et ne font que développer.

Cette définition de la philosophie nous permet aussi de donner une idée exacte des systèmes que retrace son histoire et dont nous aurons à étudier le développement dans le cours de la philosophie ancienne.

Un système philosophique, c'est l'explication, donnée par la raison, de l'univers considéré dans son ensemble et dans son principe. C'est aussi la solution formelle ou virtuelle que fournit ce principe à tous les problèmes généraux que fait naître dans l'esprit humain, capable de réflexion, le spectacle du monde physique et moral, sur la nature, l'origine et la fin des êtres, la cause première de leur existence, leur ordre et leur enchdnement, les lois générales qui en règlent le cours. L'homme, comme objet principal, y est compris avec toutes les questions que luimême se pose sur sa propre existence, sur sa nature, son origine et sa destination, sur la vérité de ses connaissances, sur la règle de conduite qu'il doit tenir dans la vie, sur la marche des sodétès, l'avenir et le développement de l'humanité, etc., etc.

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Un système philosophique est une réponse à toutes ces questions.

Le mot grec l'indique, un système (o-uTnifjLa) est un ensemble organisé, une synthèse; c'est un tout dont toutes les parties sont liées entre elles au moyen d'un principe qui en forme l'unité. Cette conception fondamentale, Tidée première qui en est la base, se reproduit dans toutes les divisions et toutes les questions particulières qu'elle sert à résoudre ou à expliquer. Un système, c'est l'œuvre philosophique par excellence; toute recherche philosophique y tend et doit y aboutir. Il n'y a pas de vraie philosophie sans système. Aussi tous les philosophes, qui marquent vraiment dans cette histoire, ont un système, dont la base est une idée unique présente dans toutes ses parties, qui en forme le lien, le centre, et le constitue. Vêlement humide de Thaïes, les nombres de Pythagore, Vunité de Parménide, le devenir d'Heraclite, les atomes de Démocrite, les idées de Platon, Vacte et la puissance d'Aristote, VUn premier des Alexandrins, le cogito de Descartes, la substance de Spinosa, les monades de Leibnitz, les formes de la raison de Kant, le moi de Fichte, Vabsolu de Schelling, Vidée hégélienne, la volonté de Schopenhauer, etc. sont de semblables principes. On verra plus loin en quoi les systèmes philosophiques diffèrent des autres conceptions analogues, mais distinctes de la pensée humaine, en particuUer des résultats dus aux sciences exactes et positives.

Cette explication suffit pour démontrer que la base de tout système philosophique est métaphysique. Elle seule, la métaphysique y fournit le principe; seule aussi, elle contient tous les autres principes qui viennent se grouper autour du premier, qui s'y rattachent, en dérivent ou y conduisent et qui méritent ce nom de principes : principes de la pensée ou de la connaissance [cognoscendi) principes de l'essence et de l'existence [essendi et existendi). Sans eux comme sans lui l'ensemble reste inintelligible; les parties sont juxtaposées, non coordonnées et uni-

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