‹ La philosophie ancienneChapitre 30 sur 194 · L LES ANTÉCÉDENTS DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

L LES ANTÉCÉDENTS DE LA PHILOSOPHIE

la sagesse populaire {paraboles^ proverbes^ sentences j gnomes^ aphorismes, etc.) et où I on peut reconnaître aussi une certaine philosophie, i^ La même difficulté s*offre au sujet des premières découvertes ou inventions des arts et des sciences {mathématiques y astronomiques^ physiques)^ découvertes qui apparaissent chez des nations sans doute très civilisées [Egyptiens^ Chaldéens), mais où la philosophie proprement dite n'a pas eu d'existence réelle ou n*a pas laissé de traces dans les monuments. Tout cela, selon nous, doit rester en dehors du domaine propre de l'histoire de la philosophie ancienne, ou n'en fait pas, do moins, partie intégrante. Ce sont, tout au plus, des antécédents devant être mentionnés au déhut, ou plus tard compris dans l'exposé des doctrines, quand la trace des emprunts est visible, que les rapports directs et significatifs se sont étahlis, et que cela est nécessaire pour expliquer la pensée des philosophes, la naissance ou la formation des systèmes.

Que les premiers historieoa de la philoiophie {Brucker^ Stanky^ etc.) tient cru devoir donner une place importante dans leurs écrits à ces productions de la pensée antérieures à la philosophie, cela se conçoit et a son excuse ators dans l'absence de critique. Ce qui étonne, c'est qu'aujourd'hui, la môme confusion si souvent se reproduise. On n'en peut faire un bien grave reproche aux littérateurs, aux érudits, aux archéologues peu habitués à la rigueur du langage philosophique; mais cela est moins pardonnable à quiconque s'occupe de la philosophie ancienne, de ses monuments et de ses œuvres.

Quant à nous, étant donnée l'idée de la philosophie et de ses systèmes telle qu'elle a été définie, nous n'hésitons pas à exclure tout ce qui nous parût hétérogène et ne devoir pas y rentrer. Aussi l'apparition du premier système, comme vrai monument philosophique, sera la date précise où commence cette histoire. Mais comme la question ne manque pas d'intérêt, que tout ce qui est propre à jeter sur elle quelque obscurité dans les esprits doit être écarté, on nous saura gré peut-être de la traiter ici, avec quelque détail. Outre l'avantage de motiver notre opinion, il y a celui de montrer, en les comparant, les rapports entre ces formes diverses de la pensée, voisines, mais distinctes de la philosophie»

LA. MTTHOLOGIB BT lA PHILOSOPHIE LK

I. — lA Mythologie et la Phlloeoplile ancienne. ILiOS Mythes et les Systèmes,

Longtemps, on n'a m dsûs h mTtlMdc^ aneienne, en particulier dans les fables de la Grèce, qu'un recueil de fictions brillantes nées de rimagination des poètes, ou des mensonges forgés par les prêtres dans le but de tromper la foole ignorante et superstitieuse. Tant que cette opinion a pré?aiu, la mythologie n'a pas été prise au sérieux. A quoi bon s'occuper de ces fantaisies faiiarres^ de ces cmtes absurdes dont s'amuse la crédalité des peuples dans leur enfance? Tout au plus la mjrthologie pouvait-elle o&ir qndqne importance parce que la poésie et Fart lui empruntent souvent leurs sujets. On a fini par comprendre qu'on s'était trompé, que beaucoup de ses fables renferment un sens profond, que de grandes vérités y sont cachées sous Je voile du sjrmbole ou d'une allégorie fine et ingénieuse. A mesure que l'on a pénétré plus avant dans Tétnde des mythes, on y a découvert des observations sur la nature et les lois du monde physique, le souvenir des grands événemoits historique8,des préceptes de morale d'une haute sagesse, des aperçus profonds sur la divinité et ses attributs, sur Itme humaine et ses destinées, en un mot toute une science cachée au fond de ces symboles et de ces récits.

On est tombé alors dans Terreur opposée, qui est de confcmdre la sagesse religieuse et sacerdotale, empreinte dans ces mythes, avec la sagesse philosophique d'où naissent les systèmes.

Essayons de pr^er les différences.

I. — La mythologie a été très bien définie : « une symbolique des idées T> (ScbelHng, ûber Mythen). Le mythe, auOoç, la Saga, est un récit fabuleux, sans doute, mais non forgé à phisir et purement imaginaire '. Le contenu est toujours une notion générale; c'est la conception naïve, plus ou moins grossière, plus ou moins vraie et profonde, selon le degré de culture intellectuelle, du monde et de ses lois. Les principaux phénomènes de la nature, ses puissances ou forces cachées, la cause ou les canses de l'ordre qui &*y révèle, la divinité et ses attributs, crax-ci personnifiés dans d'autres divinités, les faits principaux et les lois de l'ordre moral, les événements historiques ou les traditions, tel est le fond essentiel des mythes. L'idée ou la croyance

1. « La mythologie est le produit de rimagination^ mais non de Tarbitraire. Elle est Tœnvre de la raison imaginative (phantasierenden Yemonfl) qui prend poor objet reseesee des choses, mais n*a d*aatre organe qaa la représeaialion sensible. » Hegel, Gêsck. âer Phil^ 1, 98.

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