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LU LA MYTHOLOGIE ET LA PHILOSOPHIE

religieuse y est symbolisée dans des images empruntées au monde visible, surtout à la forme humaine. La pensée, enveloppée dans une représentation sensible, apparaît ainsi à l'esprit, incapable de la concevoir d'une manière abstraite ou métaphysique. Le tout est mêlé de conceptions arbitraires, d'incidents fortuits, ordinairement empruntés aux circonstances accidentelles où le mythe a pris naissance, et qu'il est difficile de retrouver et de désigner avec certitude.

Le mythe a cela de commun avec Yallégorie que, comme elle, il exprime une idée générale ; il en diffère en ce que, dans l'allégorie. Vidée préexistait à la fortnCy que celle-ci a été cherchée et trouvée pour répondre à l'idée, et lui a été adaptée après coup. Vallégorie doit sa naissance à un procédé réfléchi et artificiel ; elle n'est pas le fruit de la spontanéité et de l'inspiration comme le symbole et le mythe. Il suit de là qu'il est beaucoup plus facile de pénétrer le sens de rallégorie^ d'en dégager la pensée, de la présenter d'une manière abstraite et générale; tandis que dans le mythe et le symbole, Timage et la pensée sont étroitement unies, parce qu'elles ont été élaborées enseinble, qu'elles sont sorties du môme travail intellectuel et de l'action combinée de plusieurs facultés. C'est là ce qui a trompé beaucoup d'esprits distingués, Winckelmann en particulier. La môme erreur se rencontre chez Bacon^ qui, dans son traité de la Sagesse des anciens, a, le premier, jeté un regard profond sur le sens moral des mythes de l'antiquité païenne. Cette méprise avait déjà été commise par les stoïciens et les alexandrins qui confondirent le mythe philosophique, véritable allégorie, avec le mythe réel. Dans celui-ci, il y a quelque chose de caché pour l'inventeur lui-même ; il est essentiellement exotérique. Son interprétation est postérieure à sa création, et s'il devient esotérique, c'est que plus tard il est interprété philosophiquement. Mais alors il perd son caractère, et de mythe devient une allégorie philosophique. L'esprit a brisé la lettre, souvent altéré le sens, ou lui a donné un sens supérieur et abstrait. Ainsi ont fait les alexandrins pour tous les mythes de l'antiquité orientale et grecque.

Ainsi les mythes renferment un sens plus ou moins profond et qu'on pourrait appeler philosophique; mais ce sens reste en partie caché pour ceux-là môme qui l'ont découvert et l'ont exprimé sous cette forme : ils n'auraient pu ni le concevoir d'une manière abstraite, ni l'exprimer dans le langage également abstrait qui convient à la science. La raison et l'imagination sont encore ici attachées au môme joug. La figure et Vidée ne font qu'un et sont inséparables. Le voile ne peut tomber tout à fait devant les yeux de l'initié. Il y a

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toujours dans le symbole et le mythe quelque chose d*obscur et d*énigmatique que le prêtre lui-même ne saurait pénétrer ni expliquer. C'est ainsi qu'il faut entendre cette antique science sacerdotale^ si bien renfermée dans les sanctuaires qu'elle n'a pu en sortir. Elle était si profonde qu'elle fut un mystère, même pour ceux qui en étaient les inventeurs et les dépositaires. On sent que le souffle de l'inspiration a passé par là ; souvent on entrevoit de grandes idées, mais la pensée reste vague parce qu'elle ne sait se limiter ; elle est exprimée dans un langage grandiose et représentée par des images vives ou dans des scènes intéressantes, mais elle n'arrive pas à se formuler nettement, parce qu'elle n'a pas une conscience claire, réfléchie d'elle-même.

n ne faudrait donc pas chercher dans ces mythes un système (Tidées abstraites liées et encbainées par des rapports logiques, rien qui ressemble à un système de philosophie. Ce qu'il faut y voir, c'est un ensemble de conceptions et de croyances coordonnées entre elles par les lois naturelles de la pensée, et revêtues d'une forme qui est inséparable du fond. C'est là ce qui a trompé les historiens qui, comme Brucker, ont cru trouver les vraies origines de la philosophie dans les fables mythologiques des anciens peuples et se sont fait un devoir d'interroger tous les sanctuaires. C'est confondre deux développements difiérents de la pensée humaine, les procédés de la science et de la réflexion^ avec les intuitions spontanées de la raison et de l'imagination.

Toutefois, on ne peut nier que dans les mythes des nations les plus avancées en civilisation, telles que ceux de Flnde, de la Perse, de la Chaldéeou deTEgypte, on ne rencontre des traces de spéculation, des conceptions abstraites, des essais de systèmes et les origines de toutes les sciences. Ce sont les mythes que l'on a appelés philosophèmes {philosopkemata) ; mais ces mythes, vraiment sacerdotaux et d'un caractère plus ésotérique, se distinguent encore des systèmes philosophiques en ce que le mélange de la forme et de l'idée subsiste toujours, et que le mythe ou le symbole, en se rapprochant de l'allégorie, n'arrive pas à la formule abstraite. Il conserve son caractère équivoque, énigmatiqué et figuré, U n'a pas, non plus, à un degré suffisant, la régularité systématique d'un tout exposé et développé comme un ensemble de conséquences dérivant d'un même principe. Enfin, ces conceptions sont anonymes, elles ne sont pas données comme le résultat d'une recherche personnelle, d'un travail individuel de la pensée, mais tantôt comme une révélation, tantôt comme un ensemble d'observations indiquant le travail collectif, le développement intellec-

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