UV LA MYTHOLOGIE ET LA PHILOSOPHIE
tuel d*une caste tout entière. Ce sont là de profondes différences qui ne permettent pas de confondre les productions mytluologiques, même de Tordre le plus éle^é, avec les monuments de la science et de la philosophie.
Nous rencontrons cependant l'emploi rare du mythe, même au milieu des oeuvres de la philosophie. On sait Fusage qu'en a fait Platcm dans plusieurs de ses dialogues; mais d'abord ce n'est qu'un incident, un épisode : il occupe une place étroite et secondaire. Platon ne s'en sert que quand sa pensée, après avoir épuisé toutes les ressources de l'analyse et de la dialectique, pour arriver à la solution d'un de ces problèmes qui dépassent toujours par quelque côté la portée de l'intelligence humaine, s'arrête devant les ténèbres de l'incompréhensible et du mystère. Le mythe joue ici un rôle exceptionnel ; il n'est employé qu'en désespoir de cause et comme pis-aller. Il n'est pas même pris au sérieux : il n'est là que pour prêter une forme à une pensée générale, que personne ne confond avec le récit lui-même. Enfin, ainsi restremt et subordonné, il subit une autre transformation que lui impose la pensée philosophique : il est ramené au sens particulier, prévu, que veut lui faire signifier le philosophe, sens tantôt exclusivement moral comme dans le Gorgias et la République^ tantôt astronomique et oosmogonique comme dans le Timée. Le mythe ne cons^ ve donc plus rien qui le distingue, ni sa profondrar énigmatique, ni la diversité de ses sens, ni l'union de la forme et de l'idée, ni son indépendance. Il subit toutes les lois de la pensée philosophique, sans compter celles de l'art et du goût qui, dans Platon, surtout ne sont jamais séparées des premières.
IL — Le mytbe ainsi compris; il est aisé de préciser, en les résumant, les différ^ices qui séparent les mythes des systèmes,
1* Le mythe est une création spontanée de l'esprit, où l'iougination a une part aussi grande que la raison; 2* comme il est symào' lique^ il y a toujours à y distinguer la forme sensible de Vidée que celle-ci représente; ^ il est impersonnel; il faut y reconnaître non l'oBuvre d'un individu, mais l'esprit et le génie de toute une race ou d'un peuple oitier, un abrégé de ses idées et de sa civilisation; 4» le mythe, par cela qu'il est symbolique et énigmatique, offre plusieurs sens et son obscmrité ne peut complètement se dissiper* D ne faut pas qu'on l'oublie, cette science mystérieuse était, en partie, aussi hîen un secret pour ceux qui l'avaient faite, que pour le vnl^^e dont die formait lalcroyanoe. Les prêtres n'avaient été ici que les interprètes de la pensée^popuUire, et si quelques esprits privilégiés s'étaient élevés plus haut que les autres et avaient découvert la vérité par la force de leur
LBS MYTHES BT LBS SYSTÈMES LV
génie, ce n'éUit {XNQt ea suivant des procédé» analogues à ceux par lesquels se fait aujourd'hui la seieaee, riospiraiion y avait eu plus de part que la réflexion.
D en réBolle qu'au lieu d'un ensemble de conceptions abstraites, élaborées par lesproeédës ar^t7fcie& de V analyse et du raisonnement ^ il faut y voir le produit de Vintuition^ de la contemplation des choses ou du mouvement de la pensée humaine obéissant k ses propres lois et atteignant par la vertu qui lui est propre quelquefois aux plus hautes vérités. De même, dans ees créations toutes spontanées de Tinielligence, la forme ne devait pas être séparée du fond ou de l'idée. Dans ce produit mixte des facultés humaines mises en jeu à la fois et fortemeal ébranlées, Timagination, éveillée en même temps que la raison et travailiant de ooneert avee elle, a inventé la forme^ ïimage, le récit, non afin de revêtir une pensée générale d'une expression figurée, mais partine sorte d'instinct qui pousse l'esprit encore incapable de cooeevoir la vérité abstraite i se représenter ses propres idées sous une appèrenee visîMe, concrète, vivante et draoutique. Le symbole et le récit foûi mm corps avec le précepte, le dogme^ la vérité religieuse qulls reeèlent. Les deux termes sont fondus ensemble, se pénètrent sans que l'esprit puisse se les représenter isolément.
Tout autres sont les systèmes éclos de la pensée philosophique ou de la réflexion.
l^'Le système, on l't dit, est uneetéalioa libre et abstraite, réfléchie, delà raison; son but est d'expliquer rationneliemeni, à J'aide de principes abstraits, l'ordre et la formation des choses. L'imagination y a bi^ aussi sa part, mais secondaire; en tout cas, la forme sensible jointe à l'idée facilement sa détache de l'idée; elle laisse voir clairereneot celle-ci qui demeure abstraite; i"* tout s'y enchaîne logique* metU d'après les lois de la pensée ou du roisonnement; 3"* la forme elle-même est abstnile cMame l'idée, non coacrète, symbolique ou figurée^ Ce caractère d'abstraction de Vidée et du signe qui la représente constitue l'oeuvre philosopUque et la distingue essentiellement de l'sauvre mythola^^que ou symbolique.
Toute conception qui n'a pas ce double caractère doit élre exclue de l'histoire de la philosophie; elle doit être renvoyée à Thistoire des religions et de la myUiologie.
Un autre point sur lequel il convient d'insister, c'est que l'auteur d'un ^stème, le philosophe, n'est pas luinodême un personnage légendaire ou mythnkgique, nuds un hmnine connu dans rhistoire et qui a dû attacher son nom à snn «euvre^ Le système étant «ne création personnelle, c^ qfû l'a conçu s'en déciare l'auteur et en porte laresponsa-