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LES POÈMES ET LES SYSTÈMES LXIU

nages, s*il ne les exprime en son nom lui-même. C'est là ce qui, dans l'Iliade et YOdyssée par exemple, s'appelle la philosophie d'Homère^ celle à' Hésiode dans les Travaux et les Jours, dans les poèmes à* Eschyle^ de Sophocle ou de Pindare, la philosophie de ces poètes.

Qu'elle conserve ce^nom, peu importe; mais c'est une grave erreur de confondre ces conceptions avec les œuvres véritables de la philosophie et d'exiger qu'elles aient une place dans son histoire. Il suffit de rappeler encore ici brièvement les différences.

La pensée artistique et poétique, on l'a dit, est beaucoup plus libre que la pensée religieuse mythologique et traditionnelle; la réflexion y a une part plus grande; mais elle ne va pas jusqu'à se dégager de la représentation sensible. Si elle n'est symbolique, elle ne cesse pas d'être figurée; jamais elle n'est tout à fait abstraite et ne doit Vêtre. 11 en résulte que l'œuvre du poète, qui, outre l'idée totale et génératrice, renferme d'autres idées également générales, semées dans son cours, ne les offre jamais sous la forme pure et avec l'enchaînement logique qui constituent le véritable système. L'ensemble et les détails sont d'ailleurs soumis partout à la loi du beau, non du vrai. Il y a plus, aucune de ces idées, l'idée générale ellemême, n'apparait à l'esprit du poète dans sa généralité pure; elle tient un milieu flottant qui lui permet d'allier les idées accessoires les plus différentes, souvent très hétérogènes ou du moins sans lien étroit ni accord systématique. On a beau extraire tous ces éléments et vouloir les réunir pour les accorder, ils ne peuvent toujours se convertir en système. Celui qui essaie cette combinaison et qui s'efforce d'opérer celte conversion est condamné à n'y réussir qu'imparfaitement, s'il n'y échoue. Il ne le fait d'ailleurs qu'après coup et son œuvre toute d mterprétation est comme pour la mythologie, artificielle ; la plupart du temps elle est trop étroite, exclusive et conjecturale. De tous les côtés elle est débordée par la richesse inépuisable des trésors que le poète lui-même inspiré, c'est-à-dire inconscient, a répandus dans son œuvre. Celle-ci, création vivante, entre les mains de l'anatomiste qui l'étudié est un squelette ou un corps sans vie divisé dans ses membres (disjecti membra pœtœ). Pour le reconstituer et rendre la pensée conséquente, il est condamné à être plus logicien que le poète, plus savant, plus philosophe, plus métaphysicien que lui, et alors à s'écarter plus ou moins de la vérité.

11 est d'autres cAtés à envisager dans les poètes contemporains de la philosophie ou postérieurs, et qui se sont inspirés de ses idées. U en sera parlé aillmirs. (V. p. 11 du texte.)

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