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LA PHILOSOPHIE ET LA SAGESSE ORIENTALES

, I. Gaaactères généraux de la aviusATiON ORIENTALE. — De toutes les formes de la civilisation, la philosophie est la dernière qui apparaisse, comme étant la plus avancée, dans la vie des peuples et dans leur histoire. Très peu de nations, même des plus civilisées, sont arrivées jusqu'à elle. Des races entières qui peuplent la surface du globe en sont totalement dépourvues. H en a été ainsi à plus forte raison, dans l'antiquité, en Occident, de toutes les régions du monde appelé barbare antérieur ou étranger à la Grèce. C'est en vain, comme on l'a fait remarquer, qu'on est allé k chercher sous les chênes des druides et dans les forêts de la Germanie, ou qu'on Ta fait venir des bords du Don avec le Scythe Anacharsis. (Barthélémy.) L'Orient seul aurait à nous offrir des monuments propres à figurer dans son histoire, je veux dire des systèmes. Et encore l'Orient, ce berceau de la civilisation européenne, malgré sa haute réputation de sagesse, fait à peine exception. Dans deux contrées seulement, Vlnde et la Chine, se sont produites des doctrines, avec les noms des auteurs qui les représentent, à qui le caractère philosophique puisse être accordé, et l'on verra k quoi elles se réduisent Et pourtant tous ces grands Étals, ces vastes empires qui, à défaut d'histoire bien connue, ont laissé après eux de si imposants souvenirs, la Perse, l'Assyrie, l'Egypte, etc., dont les monuments, la langue, l'écriture, etc., sont l'objet de si curieuses révélations, attestent une culture intellectuelle fort avancée dans les arts, l'industrie, la religion, la sociabilité, etc., Pas la moindre trace de la pensée spéculative n'est à signaler dans les œuvres qu'après elles ces nations pour la plupart nous ont laissées. C'est que, pour qu'elle paisse naitre et se développer, la philosophie, des conditions sont nécessaires, plus

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difficiles et plus rares que celles qui président à la naissance et aux progrès des arts et de Tindustrie, de la religion, de la législation et des sciences même, du moins dans ce qu'elles ont d'élémentaire et qui suffit à leurs premières découvertes.

Nous n*insisterons pas de nouveau sur ces conditions qn'U est bon toutefois de rappeler.

La pensée philosophique, a-t-on dit, c'est la pensée abstraite, libre de toutes les entraves, détachée des dogmes et ne relevant que d'ellemême, purement rationnelle, parlant un langage abstrait comme ellemême, dégagée de toute forme concrète, non seulement symbolique, allégorique et mythique, mais poétique et figurée. La forme parabolique proverbiale et sentencieuse ou énigmatique n'est pas la sienne ; éparse et fragmentaire ou aphoristiqne, elle témoigne qu'elle est encore incapable de s'analyser et de se formuler, de se coordonner logiquement et de se constituer en système. Ses procédés quoique réfléchis ne sont pas ceux de la réflexion seule; d'autres doivent s'y ajouter supérieurs au raisonnement ordinaire et qui sont ceux de la pensée pure, ayant la vertu de pénétrer jusqu'à l'essence des choses et à leurs premiers principes. Or, pour qu'il puisse s'exercer ainsi, l'esprit humain a besoin non seulement que toutes ses puissances inférieures ou moyennes soient écloses et aient porté leurs fruits, mais que la faculté supérieure, maîtresse et souveraine se soit montrée comme telle, qu'elle les ait contenues, refoulées, disciplinées, qu'aucune, du moins, ne lui fasse obstacle; que les sens et l'imagination ne l'offusquent pas, que le sentiment lui-même ne trouble pas le calme de ses méditations; que son langage, qui doit être abstrait, soit clair de la clarté abstraite, sobre d'images et de métaphores; que son mode d'exposition, au lieu d'être saccadé, coupé, dogmatique, soit simple et uni, discursif en un mot; qu^il affecte les allures d'une méthode régulière elle-même, raisonnée et discutée.

Or, l'homme ne peut arriver à cette manière d'envisager les choses et de s'exprimer que, quand tout à fait en sécurité sur lui-même et sur ses moyens d'existence, délivré du souci de ses besoins naturels, il a pu aussi se satisfaire dans l'accomplissement des fins plus hautes de sa vie active et sociale. Il faut que, devenu capable de se replier sur lui-même, il soit parvenu à la conscience claire et réfléchie de sa nature propre, qu'en lui se soit éveillé le sentiment vif et distinct de sa personnalité. Alors, il interroge d'un œil calme le monde extérieur qui l'environne. Le cours régulier des choses lui apparaît ; l'ordre de la nature se révèle à lui exempt de l'arbitraire et du caprice des puissances occultes ou surnaturelles. Lui-même se détache de la

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