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LA PHILOSOPHIE ORIENTALE LXXIX

Tout près et à côté s*ofire le contraste frappant d'une civilisation toute opposée, qui, comme ceUe-ci, compte sa durée par des milliers de siècles. Là c'est un prosaïsme complet qui domine. Un bon sens étroit quoique raffiné et subtil, qui n'a nul souci de l'idéal, attacbé au passé et au réel, amoureux de la routine, conduit tout, règle tout, maintient tout dans le même état. Lui aussi exclut tout progrès . Toutes les formes par lesquelles cet esprit positif se manifeste dans Tindustrie les arts, la religion, etc., font avec le génie oriental une parfaite contradiction. Mais en politique, la similitude reparait. Un despotisme avilissant pèse sur toutes ces races et sur tous ces peuples; il s'y renouvelle et s^y perpétue sous des formes toujours les mêmes. C'est le pays des castes ou des classes, des théocraties et des dynasties, de la hiérarchie sociale où tous les rangs sont fixés et échelonnés. Les révolutions fréquentes se succèdent sans rien changer aux idées, aux mœurs et aux institutions. L'immobilité est sous cette mobilité. L'Orient en est encore là aujourd'hui. C'est le spectacle qui s'offire à nos yeux. Cet état de choses qui dure depuis tant de siècles doit-il cesser? Quand et comment ce grand fait se produira-t-il s'il doit arriver? Ce n'est pas à nous de le prédire.

n. La phoosophus en orient; sa. place et son rAlb. — U en résulte que si l'Orient, comme on l'a dit souvent, est le monde des religions, des révélations, des traditions et des mythes, la philosophie avec ses systèmes, bien qu'elle ait pu aussi y apparaître, et que son existence y soit attestée par des monuments marqués plus ou moins de son empreinte, n'a jamais dû s'y développer librement; elle n'y a toujours eu qu'une place secondaire et intermédiaire. Le rMe qu'elle a dû jouer est équivoque et subordonné, difficile à assigner, précisément parce que la pensée vraiment philosophique n'y a pas été tout à fait ellemême et qu'aucune de ses vraies conditions ne s'y est pldnement réalisée. EUe flotte dans un milieu qui n'a rien de fixe. Jamais die n'a été assez libre, assez indépendante, pour que nettement elle se montre à nous distincte et séparée des dogmes, enecnre moins des autres formes, non seulement mythologiques et religieuses mais poétiques, morales, énigmatiques, etc. Toujours la poésie s'y est mêlée comme eUe s'est mêlée elle-même à la poésie et apparaît dans ses œuvres, telles que l'^pée et le drame. (Màhabarata, Sakontala.) La science ne l'ac^ compagne jamais, ce qui foit qu'dle n'a pas besoin de s'^ distinguer ; mais c'est un défaut capital, (m l'a vu (suprà) d on le verra encore mieux, qui a dû contribuer à l'immobiliser. L'art, ce cousin germain de la phÛosophie, comme la poésie est sa sœur légitime, l'art en Orient

Lxxx l'orient

a produit des œuvres et des monuments du genre architectural d*une grandeur colossale et d'une magnificence sans pareille. La poésie dans rinde et surtout dans la Perse a toujours fleuri, et le génie poétique n'a presque pas cessé d'y produire des œuvres d'une fraîcheur, d'une grâce et d'une beauté naïve que nous admirons. Mais il ne faut pas s'attendre à trouver, même là où l'esprit spéculatif a semblé prendre l'essor le plus élevé, chez le peuple le mieux doué sous ce rapport, et voué à la vie contemplative, un développement régulier et complet de la philosophie, malgré tout ce qu'ont dit là-dessus les orientalistes.

Quant à nous, étranger à ces recherches, incompétent pour en bien juger les résultats, n'ayant d'ailleurs à nous occuper que de l'Occident et de la philosophie ancienne telle qu'elle s'y est révélée chez les Grecs et les Romains, nous ne parlerons de ces monuments dus à la sagesse orientale, que comme de ce qui pourrait être donné pour des antécédents ayant besoin, dit-on, d'être connus pour faire comprendre et apprécier les systèmes appartenant à la philosophie ancienne grecque et romaine.

Or, nous l'avouons et nous le disons sans détour, par tout ce que nous avons pu connaître, au moyen des publications qui ont été faites sur l'Orient, les plus récentes comme les plus anciennes, il nous est impossible d'accorder à ce qu'on appelle vulgairement la philosophie orientale l'importance que la plupart des savants et des écrivains qui s'en sont occupés eux-mêmes lui attribuent. Si les caractères que nous avons assignés à la pensée philosophique, pour la reconnaître et la distinguer sont vrais, si les limites que nous avons tracées sont exactes, sans nier tout l'intérêt qui s'attache à ces études, qui ont pour objet des manifestations de l'esprit humain toujours très curieuses et très utiles à connaître et à examiner, nous ne pouvons croire qu'il soit nécessaire de s'y être livré, comme on le dit souvent, pour étudier, exposer, comprendre et juger d'autres œuvres, selon nous essentieUement originales et indépendantes.

Lorsque, dans ces systèmes éclos sur un autre sol, nés d'un autre esprit dans un autre monde, on a fait la part de la partie religieuse et des dogmes, des mythes qui la symbolisent; quand on a fait aussi celle de la poésie, et de ce qui est de son domaine, restitué ce qui leur appartient aux autres formes de la pensée, également voisines mais distinctes, à la morale, etc., que reste-t-il de vraiment philosophique? Peu de chose ou beaucoup moins qu'on ne dit. C'est ce qui deviendra plus évident par le coup d'œil même superficiel jeté sur ces systèmes.

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