LA PHILOSOPHIE DBS INDOUS LXXXIX
le parallèle. Deux sont les principales : 1® la preuve ou Vévidence; 2* ce qui est à prouver. Les autres sont accessoires : doute, motif, exemple, vérité à démontrer, raisonnement par Fabsurde, réfutation, etc.
Dans cet amalgame de la logique concrète avec la logique abstraite, Aristote ne se reconnaît guère. Ailleurs, chez Kanada, les catégories réduites à six, o&ent plus de ressemblance et une base plus solide à la comparaison. Mais la traduction est-elle bien exacte? (voy. Colebroocke), et le type grec n'a-t-il pas aidé au rapprochement? Quoi qu'il en soit, il est difficile de reconnaître Tœuvre d'Âristote.
Nous passons sur ce qui est dit des moyens de la preuve qui sont h perception, Vindiu^tion^ la comparaison, V affirmation (tradition, révélation) pour arriver à la partie principale, objet de cette comparaison, Targument célèbre qui est la base de cette logique et lui a donné son nom.
Cet argument, le Nyaya (argument complet) se compose de cinq membres avec les exemples destinés à l'expliquer. Bien des fois cité, nous le reproduisons tel qu'il est donné : 1® la thèse ou proposition, celte montagne brûle ; 2*» la raison, car elle fume ; 3<> V exemple, car ce qui fume brûle, témoin le feu de la cuisine ; i^ Y application, conformément la montagne est fumante; S* la conclusion, donc elle brûle.
n eût été difficile sous cette forme de voir, dans cet essai grossier, Targument capable de soutenir le parallèle avec le syllogisme d'Aristote. Mais il paraît qu'il a été simplifié. Il aurait été, paraît-il, réduit i trois membres.
Quelques-uns (Colebroocke) le donnent ainsi simplifié : 1"* la proposition avec ou sans exemple (majeure) ; 2o l'application {mineure) ; 3<> d'où se tire la conclusion. Mais, cette simplification admise, quel rapport un pareil embryon ou essai offre-t-il avec la théorie si savante et si compliquée qui constitue la syllogistique d'Aristote dans les Analytiques, et qui est un des plus grands monuments de l'esprit humain? Aussi l'opinion d'un emprunt d'Aristote à Gotama, ou du philosophe indou au philosophe grec, qui lui aurait servi également de modèle, est aujourd'hui abandonnée.
La métaphysique^ fruit de la logique dans ce système, est conséquente au principe et à l'esprit qui l'ont inspirée. Elle contient les objets de la
1. Voici ce qu*endit M. Barthélémy Saint-Hilaire : « L'examen le plus superficiel suffit pour montrer que le Vyaya est à une prodigieuse distance de YOrganon auquel, disait-on, il avait servi de modèle. 11 ne lui ressemble en rien et il ne contient pas la théorie du syllogitme, comme Colebroocke avait cru devoir Tavancer... L'œuvre d'Aristote est parfaitement originale... Ici plus que partout ailleurs la Grèce n'a rien dû qu'à elle seule. » Barthélémy Saint-Hilaire, Dict, des sciences phUosophi^s, article : Indous.
XC LÀ PHILOSOPHIB ORIBIfTiLLE
preure rangés en douze eatégorieg. Vâme est la première à laquelle tooi se rapporte. Vient ensuite le corps, le corps associé à rame, mais cbstiDct de l'âme. 11 7 a une âme «AÎverselle, Paramatma^ ètemeUe et infinie, une, siège de la ciHinaissaiice qui lui est eoétemelle. Elle est perçue par l'organe mental. Le troisième objet de k preuve ce sont ks organes de la sensatioB, etc. Le Mcmas, sens interne, intell^^eat, est rinetrument de la perception ou des sens intérieurs. Son existence est prouvée par l'individualité de la sensation, etc. — Inutile d'insister sur les autres catégories. Mais il convient de rele^^er ce qui est caractéristique, savoir ce qui est rdatif à la peine et à la béatiiyde. La délivrance de la peine est la béatitude : la délivrance absdue de tout mal. Les maux sont au nombre de vingt-cinq, entre autres le corps, les sens, etc. Le moyen d'obtenir cette délivrance est la sdenee, la méditation, la contemplation. On est ici sur le seuil du mysticnme.
Cela suffit pour donner une idée de ce système^ mraumeit curieiix de la dialectique, de la logique et de la métaphysique indiennes^ œuvre de cet esprit plein de sagacité, capable de s'élever aux plus hautes régions de la spéculation abstraite, doué d'une certaine pubsance d'analyse, mais aussi d'une subtilité qui surpasse infînimeat celle d'Aristote et fait songer à la scolastique plutôt qu'à la saine, claire et méthodique intelligence des Grecs, subtile aussi, mais réglée et mesurée, non retenue, comme celle-ci, dans des liens qu'dle ne saurait briser, dont les œuvres, bien autrement savantes et fécondes., sont devenues, dans la philosophie comme dans les arts, des modâes à imiter ou à contnraer et à pâ*{ectioBner.
Le syllogisme d'Aristote a discipliné l'esprit modenie. Qn'est-fl sorti de l'argument complet, si vanté, de Gotama et de ses catégories? d'innombrables commentaires où est ensevelie une science diffuse, confuse et fausse. Elle-même, cette logique, qui a servi a«x autres écoles, leur a fourni le moyen de perpétuer les mêmes erreurs, ph» capable de retenir l'esprit dans le môme cercle que de le guider dass la voie où les sciences de raisonnement elles-mêmes ont besoin d'un instrument qui régularise leurs recherches et formule leurs résultats.
4* Le Sankhya de Kanada (Veiséchika). Nous avons peu de chose è en dire ; son caractère principal est d'être surtout une physique atomiâtique, qui lui a peut-être fait donner son nom (\lcesha, différence). Kanada se fonde, pour exposer sa doctrine, sur le texte des Féefoi, dont, d'ailleurs, il semble s'écarter sur les points tes plus graves. U réduit l'ensemble des choses à six grandes classes <mi ea&é-
lA PHILOSOPHIS DBS INfiOUS XGI
gories qu'il étudie suceesstvement et à Taîde descpielles il veut expli- <pBter le moade. Ces catégorte& aonl : 1^ b stébstcmce; 2<> la ftâctlUé; 3* YmcHon; 4^ le eommmu; S* le propre; 6"" la rdolion. Paraû les substances au sombre de neuf on voit paraiire à la suite de la terre^ de Teau? de Fair^ etc. ; le temps, le lieo, et après le temps et le Ueu^ Flme qu'il fait immatérKlIe^ de même qu'il faii les atomes étemels. Les qoalitës au nombre deringt-quatre sont perceptibles à la sensation OQ amplement întelligibkft. L'action ou mouvement est de cinc| espèeesw Aux six caiégories on classes de Kanada quelques disciples- en ajou* Sent une septième qiâ est h négation om l'absence absoîne de loute& les aulns. (B.-St-Hii., ibid.)
L'aperçu qu^on. vient de donner de ces systèmes, très incomplet et très imparfait saitô* deule,. est loin de jêûms les faire connaître comme BOUS k déwons. Mais siks promecoeo faites par les savants trop épris de leur découverte au morne»! de leur apparition, et eelles qui s'y sont ajoutées depuis n'oai pas encore été réalisées^ à quoi cela tient-il f Les raisons, selon noos, oat été dit^. Puisse le chaos de la philosopfaie indoue, au moment on la mythologie védique et brabonïque nous livre ses secrets, avoir aussi son toir et être débrouillé. Mais, jusqu'ici, il est difficile 4e voir aatie chose an tout cela que des essais fort cnri^ix. sans doute, et des efforts de l'esprii humain pour sortir d^un cercle où un ensemble de circmmtaaaes fatales l'ont toujours retenu et le retiennent attaché, pour se dégager des autres formes de la pensée dent il ne peut s'affranchit et dont la religion védi<|ue et bramaïque est la principale.
C'est ce qii peutdomier quelqpie iniérôt & l'examen qui doit suivre de la philosophie à laquelle ette-même a donné son nom et qui est celle du Védanta.
IV. Lb PANTHÉisia ET LE uvsTicisvs DES IflDOBs {La phllosophie du Védanta). — Parmi tous ces systèmes, en effet,, il en est un qui domine et (|ni ébce tetts les autres pacce qu'il est k plus dans l'esprit général de toute ceile philosophie. C'est le panthéisme^ avec le mouvement de la pensée qui y correspond, le my^sticisme. Il convient d'appekr sur lui l'attention et d'en faire ressortir les caractères.
Le panthéisme esi k premier et k demkr mot de toute cette civilisation ; il est l'esseoee et le fond de toutes ses formes. Dans TOrknt, dans l'Inde surtout, l'espiil humain est absorbé dans la contemplation de l'infini. La notion d'un être unique ^ en face duquel toute réalité, viflibk ou phénoménak^ disparait, toute exisknce individuelle est un