XCII LA PHILOSOPHIE ORIENTALE
pur néant, se retrouve partout dans les conceptions aussi bien abstraites et réfléchies que concrètes ou symboliques. La pensée indienne en est si remplie et si pénétrée, qu'elle n'en sort jamais tout à fait, ou si elle en sort, c'est pour y revenir et y rentrer. Religion, poésie, art, institutions, etc., tout porte l'empreinte profonde de cette idée.
Ce panthéisme naturaliste, c'est l'absorption complète de tous les êtres dans un être unique^ la permanence et l'invariabilité de cet être sous la multiplicité et la variabilité de ses formes. Les transformations de cet être, ses incarnations ou métamorphoses n'altèrent en rien sa nature immobile d'être absolu. De cette unité primitive tout sort et tout y retourne par un mouvement qui lui-même n'est qu'apparent. L'âme humaine identique à l'âme universelle y participe. Elle-même est sujette aux mêmes changements ou vicissitudes de formes, au bout desquelles elle rentre dans le sein de l'éternelle substance.
Tel est le fond de toutes les croyances, de toutes les doctrines, de toutes les œuvres où cette croyance s'afBrme et se réalise, art, poésie, et d'abord de la croyance religieuse. La philosophie qui en est sortie ne pouvait y échapper, ou si un instant elle essayait de s'en affranchir, elle devait y retourner, s'y confondre et s'y perdre de nouveau.
Ce système, qui efface tous les autres, est le fruit d'une philosophie qui, elle-même, est religieuse, théologico-philosophique, d'une théologie où le dogme révélé est formulé d'une manière abstraite, appliqué à toutes les questions de l'ordre métaphysique, moral, social, etc.
Nous voulons en donner une idée générale aussi exacte que possible.
Ce système, on l'a dit, c'est le second Mimansa spéculatif ou théologique, qui s'appelle aussi Védanta. Objet de récentes et savantes recherches auxquelles nous renvoyons *, placé sur les confins de la philosophie et de la théologie, il n'intéresse pas moins les philosophes que les mythologues.
Le dogme fondamental de la religion des Brahmanes, c'est, on le sait, une Trinité, Mais cette trinité elle-même, la trinité védique et brahmaïque, la Trimourti des Indous, n'est pas l'idée première. Celle-ci, le véritable principe, c'est Y être unique Brahmany dont les deux autres dieux Brahma^ Vischnou et Siva eux-mêmes, ne sont que des déterminations ou la manifestation. Cet être indéterminé, sans attributs, sans activité, sans forme, dans lequel Vêtre et le non^être, le sujet et Vobjet sont identiques, est Vêtre véritable.
C'est là le point de départ de cette religion. Tous les systèmes reli-
1. Voy. Paul Regnaud, Hewe philosophique, 1. 1, II, IV, VI, VII;P.Deus8en8, etc.