‹ La philosophie ancienneChapitre 56 sur 194 · LB BOUDDHISME XCIX · texte numérisé non relu

LB BOUDDHISME XCIX

h(Hiimes, des soaSrances et des maux qui les aecablent, il forme l'entreprise très belle, très grande «ans doute, et qui Fhonore au suprême degré, de les en délivrer. Fils de roi il renonce au trône, à la fortune^ aux honneurs, et se retire dans la solitude ; là il se lirre sept ans aux plus rudes austérités, il &a sort pour accomplir sa mission, et prôcher sa doctrine; sa vie entière est un apostolat. Ainsi la foi qu'il enseigne est éclose, dans son esprit, de la contemplation solitaire : La vérité lui est apparue et s'est révélée à lui : ce n'est pas ainsi que naît, se forme et se développe une doctrine philosophique. La sienne se propage par des moyens étrangers à la science. Elle se proche et ne s'expose pas, ne se discute pas, ne se démontre pas. La prédication 6nie, le savant, le saint (Bouddha : savant) se retire de nouveau et sa vie s'a^ève dans la contemplation ascétique comme elle a commencé. Je mets de côté la légende et les miracles.

II. Si Ton jette un coup d'œil sur la doctrine elle-même, soit spéculative soit pratique, on en saisit le vr» caractère qui est d^être, en réalité, le corollaire du Brahmaïsme, ou de la philosophie qui l'explique, le Védanlisme.

Disciple des Brahmanes, l'auteur de cette doctrine rompt avec le Brahmaïsme; mais il le continue. S'il réforme le dogme, c'est qu'il en extrait la substance. Ce n*est pas seulement de la transmigration des Imes qu'il s'agit, mais du fond, de Tessence même de toute cette croyance. Il détruit les castes, proclame Tégalité des hommes devant Dieu. Or, Dieu c'est l'être absolu, Têtre unique et identique, en qui toute distinction s'efEace ou n'est qu'apparente. Les autres êtres ne sont eux-mêmes que des apparences. Tous sont égaux entre eux, il n'y a donc pas d'inégalité. La logique seule devait tirer cette conséquence. Çakya, le disciple, est meilleur logicien que les Brahmes. Mais si sa doctrine prévaut, si la croyance s'établit, leur pouvoir est menacé, Tédiflce social s'écroule sur lequel ce pouvoir est fondé. De là la terrible perséculion qui s'allume contre elle et qui la force à émigrer. Bouddha est un réformateur, le Bouddhisme une sorte de protestantisme qui a eu sa révocation de redit de Nantes, formidable comme tout ce qui est de l'Orient.

Un examen plus approfondi fait mieux saisir encore le vrai sens de cette doctrine :

i*Le but semblable à celui du Védantisme, c'est la délivrance ou la libération des dmes ;

2« La voie qui y conduit, la voie du salut est la science. Quelle scienoe? celle qui mène à savoir que l'individu n'est rien, la conscience d'être identique à Brahman, l'être absolu.

3** Avant d'y arriver, Tâme doit être soumise à une multitude d'épreuves; elle doit passer par une série de renaissances successives et d'existences, toutes plus ou moins malheureuses, au bout desquelles est Tétat définitif, la cessation absolue de la souffrance et de tout mal, le Nirvana, le néant de toute existence individuelle.

Tel est ridéal, le fond de la doctrine spéculative. N*est-il pas le corollaire du Brahmaïsme?

Le bien suprême, le summum bonum, c'est l'afiranchissement de la douleur, la délivrance du mal; car le mal souverain attaché à l'existence réelle c'est la souffrance ou la douleur. Elle y est à tous les degrés, sous toutes les formes de ce pessimisme.

Pour éviter de renaître dans un autre monde, le savant, le Bouddha doit user de tous les moyens, ici-bas, d'abréger les épreuves. Le plus court est de savoir qu*il n*est pas, l'anéantissement intellectuel et moral.

La doctrine pratique est parfaitement d'accord avec cette théorie.

En effet, Y anéantissement progressif y est donné comme étant le perfectionnement lui-môme. Le dernier mot c'est le néant absolu, le vide, la négation de l'existence.

Qu'est-ce que le Nirvana? Est-ce le néant absolu ou seulement le repos dans la béatitude? Les opinions diffèrent. U y a d'abord plusieurs sectes. Pour les unes, en effet, le dernier sens est plus conforme aux aspirations de l'âme humaine. Pour les initiés, les vrais savants, le néant pourrait bien être le dernier, le vrai mot de la sagesse bouddhique, comme l'affirment les orientalistes les plus autorisés. {Bumouf; Barth.'St.'HiL) Il faut tenir compte aussi, selon nous, du vague qui enveloppe toute doctrine religieuse et mystique, surtout panthéiste. Mais qui ne voit ici la conséquence rigoureuse du panthéisme indou, et la pensée finale qui gît au fond du Yédantisme^ de la doctrine des Védas?

in. Quant à la morale proprement dite, c'est elle surtout qui est exaltée dans un but de secte ou de parti. On la déclare un code de morale sans égal comparée à la morale chrétienne. Il s'agit, elle aussi, de la reconnaître et de l'apprécier.

Prise à son début elle est fort belle. Les plus belles maximes et les plus beaux préceptes y sont donnés. On y voit proclamer l'égalité des hommes devant Dieu, la fraternité, la charité, la compassion pour toutes les souffrances, la sympathie universelle pour toutes les créatures, le renoncement, le dépouillement volontaire, l'universelle pitié, l'attendrissement profond pour toutes les misères et le devoir de les

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