‹ La philosophie ancienneChapitre 57 sur 194 · LB BOUDDHISME CI · texte numérisé non relu

LB BOUDDHISME CI

secourir. Splendides vertus ! nous dit-on. L'humilité, Tesprit de sacrifice y sont sans cesse prêches. Beaucoup de pensées très pures et très élevées, sublimes, y sont exprimées. On s'extasie devant des maximes comme celles-ci : a Ma loi est une gr&ce pour tous, etc. — Insensé, que te senîront tes belles fourrures et tes richesses, si, ornant le dehors, tu laisses le dedans sans culture, etc., etc. »

Tout cela est fort beau, sans doute, mais c'est le début, le prélude. Ce n'est encore qu'une morale transitoire et inférieure, préparation à une morale supérieure seule vraie et conséquente au principe. S'en tenir à la première, c'est ne pas même la comprendre.

Toute morale a son idéal de perfection, le vrai but où elle conduit. La vraie sagesse ou la vertu consiste à y tendre. On y va par degrés, mais on y va ou l'on doit y aller. Or, ici, quel est cet idéal? la cessation absolue de la douleur dans la cessation elle-même de l'existence. Le moyen, on l'a vu, c'est l'anéantissement progressif. Le but c'est l'inaction, le vide absolu, le vide fait successivement dans toutes les activités, énergies, facultés, désirs, affections de l'âme.

Dès lors, la vraie morale bouddhique est celle-ci, et en voici les points capitaux :

!• L'inaction supérieure à l'action, le mépris des œuvres;

2^ Le détachement de toute affection, l'extinction du désir, par conséquent la rupture avec toutes les affections et les liens, les devoirs de Ja vie, privée, sociale, etc. ;

3** La science acquise, par degré, du néant de la vie et la vie conforme à cette science, qui est la suspension absolue de toute activité intellectuelle, morale, physique, en un mot le quiélisme absolu. C'est ainsi qu'on devient Bouddha, un savant, un saint.

Partout est enseignée cette morale dans le Bouddhisme et c'est la vraie. L'autre est inférieure ou pour les ignorants, le vulgaire, les profanes. L'extinction du désir y revient sans cesse dans des maxhnes comme celle-ci : « Le penseur qui, libre de soucis et d'affaires, ignorant le désir, atteint à la parfaite quiétude, je l'appelle Brahmane. »

Le catéchisme bouddhique est rempli de maximes semblables; nous laissons de côté les absurdes, les hideuses superstitions.

On a dit qu'il ne fallait pas rendre l'auteur responsable des erreurs de ses disciples et des grossières superstitions de ses adeptes. Sans doute, mais c'est éluder ou ne pas comprendre ; on ne peut nier que ce ne soit là le sens et le fond de toute la doctrine à la fois védique, brahmaïque et bouddhique.

- La morale bouddhique conséquente en dogme métaphysique n'est autre que lequiétisme ; l'apathie, la résignation, une résignation toute

en LA PHILOSOPHIE ORIENTALE

passive, le mépris des actes non dissimulé, l'anéantissement progressif donné comme le vrai perfectionnement, la voie du salut. « Efforoe-toi de t'anéantir. Plus tu cesses d'être quelque chose pour toi-même, pha tu deviens identique à Dieu et tu retournes à ton essence. Toate activité est mauvaise. Au contraire, Tentiére inaction, Tabsolu repos est la plus haute vertu, la sainteté, la félicité. Le sage est d'autant plus parfait que, fermant la porte à tous ses sens, il se rapproche le plus possible de la pierre et de la plante. » Aussi la maxime favorite de ces mystiques est celle-ci : « Être assis vaut mieux que courir, d(»mir que veiller. De lout le meilleur, c'est la mort. » {Rixner^ I, 29.)

Une doctrine, surtout morale, se juge aussi par ses effets, Tarbre par ses fruits. Qu'a produit celle-ci comme religion et, si Ton veut, comme philosophie? L'auteur a voulu affranchir les âmes, les relever, les maraliser, les purifier ; il aurait totalement échoué dans son entreprise.

n vient affranchir les âmes et il les laisse dans la servitude ; il veut les relever et, en d^it de sa prédication, elles s'abaissent ; on les voit croupir dans l'ignorance, l'avilissement, la torpeur morale et intelleotuelle. Cette religion si pure, elle tolère, si die ne les autorise, les plus honteuses et dégradantes pratiques, les superstitions les plias absurdes. Tel est le spectacle que nous offre cette doctrine antérieure de plusieurs siècles au christianisme dans les contrées où elle est suivie et pratiquée. Nous n'avons pas ici de comparaison à faire avec le christianisme, son dogme et sa morale. Mais peut-on nier qu'il ait relevé les âmes et r^énéré le monde, qu'une civilisation nouvelle en soit sortie, qu'elle ait germé, grandi sur le sol par lui fécondé?

Tout ce qu'on peut dire du mysticisme et de ses excès, d'ailleurs condamnés, et que nous n'avons pas à juger, ne toudie en rien au fond du dogme ni à la doctrine morale. Celle^ est, par son essence, l'acheminement par les œuvres, dans la vie présente, à une vie meilleure, étemelle, qui en est la récompense et le couronnement Ge que prêche le christianisme, n'est-ce pas, après uoe vie d'épreuves courageusement et saintement supportées, une résurrection glorieuse, non l'anéantissement dans la mort? L'opposition est manifeste; il faut être aveugle ou aveuglé pour la méconnaître.

IV. Pour en revenir à notre sujet. Çakya Houni, le Bouddha, pour nous, est un sage et non un philosophe. Tout au plus, c'est un k^ cien inspiré qui, d'une religion qu'il accepte en la réformant, déduit le corollaire direct, la vraie conséquence. Est-il aussi un grand nonliste? S(Ht, mais sa morale est double. La morale première as^ lîeUe mais puren^ent provisoire, n'est qu'un échelon qui mèneà lasecondo.

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