LA PHILOSOPHIE DES CHINOIS CV
est le héros, à en exagérer au moins, la valeur et la portée : 1® les encyclopédistes^ Voltaire en tête, dans un esprit d'opposition au christianisme; 2* d'autre part, les orientalistes (Abel Rémusat, G. Pauthier, Stanislas Julien, etc.) disposés à exalter Tobjet de leurs travaux, peu habitués d'ailleurs à distinguer des genres analogues, mais différents.
Si l'on veut en juger plus sainement, le moyen est simple, c'est : 1^ d'appliquer à la philosophie des Chinois le critérium qui doit servir à reconnaître les œuvres vraiment philosophiques; 2^ d'examiner ce qu'a produit, en réalité, la pensée spéculative chez les Chinois. Mais auparavant il y a une autre manière, sinon de trancher la question, de l'élucider, qui est de se demander préalablement si et jusqu'à quel point l'esprit chinois, tel que nous le connaissons, était capable de créer une philosophie; c'est d'examiner cet esprit en lui-môme et dans ses manifestations principales, comme il a été fait pour les Indous, avant d'interroger les monuments qu'il nous a laissés et les doctrines prétendues philosophiques ayant droit à une place dans l'histoire de la philosophie ancienne.
n. L'esprft et le caractère chinois. — La langue et L'ÉCRrruRE. — < Les Chinois sont intelligents, ingénieux, d'un esprit prompt et plein de souplesse. Us saisissent rapidement ce qu'on leur enseigne et le gravent aisément dans leur mémoire. Ds sont, de plus, d'une activité étonnante quand ils veulent s'en donner la peine. » (Hue, Y Empire chinois^ L) Le caractère chinois a aussi ses qualités, l'obéissance, le respect de l'autorité, l'urbanité, l'affabilité, la politesse. Us sont sobres, laborieux, patients, capables de supporter les fatigues et les souffrances les plus grandes sans se plaindre {Id.), Ce n'est pas à nous de relever les défauts qui leur sont reprochés : a mauvaise foi, la bassesse, le mensonge, la perfidie, un orgueil sans pareil, l'infatua* tion de leur supériorité, la haine et le mépris des étrangers, etc. Mais ce qui doit être signalé et a trait à notre sujet, c'est d'abord l'esprit positif et pratique, intéressé, tourné vers l'utUe, qui en fait une nation de commerçants, de brocanteurs et d'industriels, ensuite l'aversion pour tout ce qui est changement et nouveauté, la routine et l'esprit d'imitation, poussé, nous dit-on (Hue), jusqu'au génie et qui, selon nous, exclut toute espèce de génie. Costumes, usages, modes, tout chez eux se stéréotype et s'immobilise (/ôtrf., 30).
Il ne semble pas que ces qualités de l'esprit et du caractère chinois soient bien propres à le conduire aux hautes spéculations de la pensée philosophique.