CVI LA PHILOSOPHIE ORIENTALE
Les formes par lesquelles cet esprit se manifesie et les mstruments dont il se sert Vy prédisposent encore moins et le rendent plus incapable d'y réussir.
De ces formes, la plus voisine de Tesprit, Tinstrument de toutes ses opérations, est la langue à laquelle s'ajoute Y Écriture.
Il y a en Chine, on le sait, deux langues, la langue vulgaire et la langue savante ou écrite et qui n'a pas moins de quarante mille caractères. Les traits saillants de la langue vulgaire, qui, on le sait, est monosyllabique, c*est, nous disent les linguistes (F. Baudry, La Chine fermée) : 1» le petit nombre de ses racines. U en résulte que chacune de ces radnes a ime foule de sens, ce qui est une souroe perpétuelle d'équivoques, qui la compliquent et en augmentent la confusion (/(£., Ibid,)\ 2® à cette pénurie des racines s'ajoute l'absence complète de formes grammaticales, ce qui ôte à cette langue toute espèce de souplesse. C'est une agglomération de mots, non un organisme vivant comme doit l'être toute langue. La oonséquence est que, sauf le langage bimàl seul, cette langue est pour les Chinois euxmêmes une énigme perpétuelle qui exerce leur sagacité et absorbe leur attention (Ibid.). Les Chinois l'admirent * (Voy. TchengKi-Tong). Les vrais linguistes signalent ce défaut comme un obstacle invincible au développement intellectuel du peuple qui la parle. Loin de seconder l'esprit dans ses opérations, elle le gène, l'arrête et le retient sur ce qui n'est que la forme de la pensée, n<Mi son objet Au lieu d'accaparer ainsi tout l'effort de l'intelligence, une langue bien faite soutient l'esprit, l'allège et lui permet de porter plus loin son activité.
La langue savante (écriture chinoise) n'est pas un moindre obstacle. Chaque mot y exprime une idée, un objet. Tout y est classé, défini, étiqueté, catalogué; c'est un vrai bazar d'idées, où chaque objet a sa place; rien n'y peut être changé* La science con* siste à étudier ces mots, signes d'idées une fois faites, fixées, arrêtées, à les graver dans sa mémoire. L'instrument de la scienod devieaC encore ainn luinEoême l'obstacle invincible à tout avancement. La sdence est immobilisée, figée, pétrifiée, cristallisée. Or, elle^néme, cette science, est toute artificielle, elle roule sur des subttKlés systématiques (Voy. De Gérando, Des Signes).
n se trouve que l'esprit chinois s*est comme enchaîné et emprisonné lui-même. U s'est bâti lui-même les murs de sa prison et s'est forgé des chaînes dont il s'est interdit de se délivrer.
1. Voy. ce qa*en dit le colonel Theng-Ki-Tong dans ses carienx articles de la Revue det Deux-Mondes : Les Chinois peints par eux-mêmes, 1884.
LA PHILOSOPHIE DBS CHINOIS CVn
BL Ia dviusAnoN chinoise, ses formes punopales. — La philosophie d^on peuple, gaoîque distincte des autres formes de sa civilisation, en est inséparaMe. Celles-ci la préparent et la rendent possible. Les principales sont : 1<> l'art; 2® la religion; 3* la science; 4® les institutions somks.
Un coup d'cBil sur chacune d'elles fera voir ce rapport :
1* Vart chinois a deux caractères frappants, l'amour du laid et l'abamce i'idéal. Le goût chinois semble fait pour être en tout Topposé du nôtre. Ce qui nous plait lui a^ée peu, ce qui nous déplaît au coslraire et nous semble laid, le bizarre, le difforme, le baroque, tout ce qui, pour nous, est l'opposé du beau, surtout de rharmonie des formes, est ce qu'il affectionne ou préfère. Aussi, les partisans de la rdaUvité du beau y trouvent un argument en faveur de leur opinion.
Nous constatons ce caractère. L'absence d'idéal en est nn autre.
En ddiors du fantastique, c'est l'imitatioa servile du réel. Le Chinois sait copier, reproduire, imil^, non créer; s'il invente ou s'il crée, c'est rasCnaturel, Je fantastique, non le vrai idéal, qui consiste non à défigurer les formes de ia nature, mais à les idéaliser. Lui, se plait à les clian^, à les mêler, les intervertir, les exagérer, les torturer ; il tombe "dans le grotesque, le kid, le hideux, le difforme, le monstrueux. Ceb est visible d'abord dans les arts du dessin, la sculpture et la peinture; le type est te magot chinois. En architecture, la pagode, à Textérieur d'un aspect moins étrange, arvec ses vastes cours, ses jardins, ses arbres, i l'intérieur est peuplée de hideuses idoles. En ddiors de Tart véritable, l'habileté fait des prodiges dans les détails et les travaux minutieux où brille l'exécution. Quant aux arts qui s'adressent au sentiment et à l'esprit, ia musique et la poésie, que sont-ils? Tout y est pour les sens. Les Chinois sont passionnés pour la musique, mais quelle musique? Ce qu'ils aiment c'est le bruit, le vacarme, comme le feu d'artÀ» qui égaie et qui éblouit les yeux. Ce peuple essentidlement prosaïque t cepcDdant une poésie, mats aussi rapprochée que possible de la prose. Tous les grands genres en sont absents. La fleur de cette poésie est le roman, de petits romans (Voy. Stanislas iuUen), oà sont rcqprésentées d'une manière charmante et naïve les scènes de la vie diûnestique. On ne cite aucune œuvre épique, lyrique et dramatique digne d'être remarquée. Les Chinab aiment les spectades, ils y passent des jours entiers. Mais les pièces dramatiques sont sans invention, sans action, sans liaison ni caractères. Le comique loi-m&De qui est un trait caractéristique de l'esprit danois, railleur, caustique et satirique, n'y est pas mieux représenté (Hue). 0 ne sied pas à un Européen de parler de costume et d'habillement. (Les représailles sont faciles el