‹ La philosophie ancienneChapitre 63 sur 194 · LA PHILOSOPHIB DES CHINOIS CIX · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIB DES CHINOIS CIX

Tempéchent de librement se mouvoir. Sans doute, cet esprit s'est fait connaître par des découvertes où il a devancé, en quelques points, les modernes; mais, dès le premier pas, il s'y est arrêté; il n'a pu en féconder et en perfectionner aucune. La science, il ne saurait l'avoir ni la cultiver, emprisonné qu'il est dans la lettre, enchaîné dans ses formules. L'obstacle invincible est d'ailleurs dans cet esprit lui-même incapable de généraliser. L'empirisme le plus étroit le domine. Le fait particulier est tout pour lui ; il s'y attache, l'étudié, le retourne sous toutes ses faces, mais il ne s'élève pas au delà jusqu'à la loi, à la généralité. De ses découvertes dues au hasard ou à celte méthode toute empirique il n'a su rien tirer, rien développer ni appliquer.

Cette science, ainsi faite, s'enseigne partout à tous les degrés, invariable et sans qu'on puisse la réformer. Nulle part, les maîtres ne sont plus en honneur, elle mène à tous les emplois; mais on voit ce qu'elle est et ce que vaut Tinstruction qui en résulte, comme réducation qui doit s'y joindre et la compléter.

n en est de même des arts utiles et mécaniques. Le métier, la fabrication, dans celle-ci le fini des détails avec les matériaux employés, voilà ce qu'on admire; mais aucun art, fruit de la science, n'a fait de grands progrés; la routine l'aurait étouffé dés sa naissance. Ainsi en est-il des autres arts, de la médecine par exemple, qui en est aux plus grossières recettes. Quant à l'art de la guerre, que l'orgueil national interdisait d'emprunter aux autres peuples, on sait où il en est et pourquoi il commence à faire exception.

4^ Sur les mceurs et les institutions nous n'avons pas à nous étendre. Le trait le plus saillant des mœurs, déjà signalé comme vraiment typique et dérivé du caractère chinois, est le mercantilisme empreint dans tous les actes et toutes les relations de ce peuple. Ce qui lui a fait appliquer ce que Platon (Rép., III) dit des Égyptiens. Cela encore est peu d'accord avec les qualités exigées de l'esprit philosophique {Ibid.j VI). L'attachement au passé, l'horreur du changement, plutôt prisés du philosophe grec, ne nous paraissent pas plus favorables.

La famille est le centre de la société. Tout y est réglé sur ce type et ce modèle. Le gouvernement est patriarcal. L'organisation domestique, la condition des femmes, les vertus et les défauts de la vie privée et publique, le despotisme et les abus éternisés de l'administration, impossibles à réformer, tout cela est bien connu et parait étranger à notre sujet. On se demande seulement conmient des philosophes ont pu vanter cet état de choses à cause de la durée

ex LA PHILOSOPHIE ORIBNTALB

de cet empire et faire oasuite de très belles phrases sur le progrès des idées chez les autres nations.

Tel est le milieu social, ou le terrain, sur lequel a dû, si elle a pa germer, croître et se développa en Chine, la philosophie. Â.us8i croyons-nous avoir résolu a priori la questiim posée au début : celle de TeTÛstence d'une philosophie chinoise et de vrais philosophes chinois.

La philosophie, c^est la spéculation la plus haute, la pensée abstraite, libre et désintéressée; ses fruits naturels, ce sont les systèmes. Gomment avec les qualités de cet esprit, ce qui l'exprime et lui sert à s'exprimer^ avec les instruments qu'il emploie pour penser et s'exercer en tout sens, comment à côté des œuvres qu'il enfante et qui sont les formes de sa dvilisation, concevoir qu'une philosophie réelle et digne de ce nom ait pu édore, avoir des représentants où elle puisse se reconnaître, produire des oduvres marquées du caractère philosophique, en un mot des s]rstèmes f Estce parce que l'esprit positif s'y révèle, que sans imiiginalion, dégagé de symboles, prosaïque, froid, calculé, ingénieux et subtil, il est sceptique ou libre penseur? Gda ne suffit pas. G'est précisément ce prosaïsme qui a dû faire obstacle à tout essor de la pensée. Là où dans l'art, dans la religion etc, l'absence de tout idéal est manifeste, ou bien là où cet idéal est placé dans une forme toujours la même et immobile, là où la science et les sciences positives, ellesmêmes retenues dans le môme cercle fermé, sont incapables de généraliser, comment la liberté de la pensée, la condition première de toute philosophie aurait-elle pu se manifester? Si, chez un tel peuple, celle-ci, au sein d'une telle civilisation, s'offi^t à nous avec des monuments dignes de figurer dans son histoire, ce serait la plus grande anomahe que l'histoire ancienne et moderne eût à noos offrir, l'énigme la plus difficile qu'elle eût à déchiffrer. Ce fait extraordinaire s'est-il produit? C'est ce que fera voir l'examen rapide des hommes et des oeuvres qui représentent cette philosophie.

IV. Les philosophes chinois. — Caractère général de leurs OEUVRES. — Quand on vient à examiner ce que disent de ces philosophes et de leur philosophie, les auteurs qui, les ayant étudiés dans leur langue et dans leurs œuvres, ont essayé de nous les faire connaître, on trouve que, de leur aveu, la partie spéculative ea théorique est absente ou se réduit à peu de chose. La morale à peu près en fait tous les frais. Ou bien encore ces auteurs confondent ce qui est chez eux traditionnel, émané d'une sagesse antérieure à la phikrâo-

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