‹ La philosophie ancienneChapitre 65 sur 194 · CXI[ LA PHILOSOPHIE ORIENTALE · texte numérisé non relu

CXI[ LA PHILOSOPHIE ORIENTALE

Toute sa vie est remplie de fables comme celle de Confucius et présente un roman inadmissible (Voy. Ritter). Il peut être considéré comme le métaphysicien et le théologien parmi ces sages ou ces philosophes. Ses écrits sont supérieurs au point de vue spéculatif : Le principal, intitulé le Livre de la Raison et de la Vertu (trad. Stanislas Julien, 182i2), est ainsi caractérisé dans sa forme. Les sentences décousues dans l'ensemble n'ont presque pas de suite dans la pensée. « Ce sont des élans désordonnés de sentiment plutôt qu'un développement régulier d'idées scientifiques » (Voy. Vindischmann) *.

« Le livre de Lao-Tzeu (Lao-King), n'est pas mis au nombre des king (livres sacrés); il n'a pas l'autorité de ceux-ci; mais il est l'ouvrage capital aux yeux de ses partisans {Tao-Sée, partisan de la raison, libre penseur). Leur manière de vivre Tao-Tao^ règle, loi, raison. Leur vie est consacrée à l'étude de la raison. Ils affirment que celui qui reconnaît la raison dans son principe possède la science universelle, tous les moyens de salut et toute vertu, qu'il a la puissance surnaturelle de s'élever jusqu'au ciel, qu'il peut voler dans les airs et [ne meurt pas. De Lao-Tzeu ses partisans disent aussi qu'il est Bouddha, que d'homme il est devenu dieu, etc. Le livre a été traduit. Le passage qui revient toujours est celui-ci : Sans nom, le Tao est le principe du ciel et de la terre; avec un nom, il est la mère de l'univers. Abel Rémusat dit que le meilleur terme pour le rendre est le Xoyoc. Mais qu'y a-t-il en ceci d'instructif? Autre passage principal souvent cité par les anciens : la raison a produit un, le un a produit deux, le deux a produit trois ; le trois a produit le monde entier. (On a cru voir là une allusion à la Trinité chrétienne.) L'univers repose sur le principe obscur ; l'univers enveloppe, comprend le principe lumineux. Ou il est enveloppé par Téther. Le plus élevé, le dernier, l'origine, le premier, l'origine de toutes choses c'est le rien, le vide, l'entiérement indéterminé. Il est aussi appelle le Tao, la raison. « Leur philosophie, dit Hegel, n'est pas allée plus loin que ces abstractions. » {Ibid,) Elle s'arrête au premier d^é (Voy. Mémoire sur la vie et les opinions de Lao-Tzeu, par Ahel Rémusat. Paris, 1823.) — Quant à la philosophie pratique^ elle est tout entière dans Confucius et ses disciples.

1. Voici ce qu'en dit AbeL Rémusat, Mil asiat,, 1. 1, p. 92. « Son livre a un titre pompeux : Livre de la Raiton et de la Vertu. Sa biographie est uiic légende : a Sa mère l'avait porté neuf fois neuf ans dans son sein. Lao-Tzeu, vieil enfant, venu avec des cheveux blancs, etc. — Ses voyages. — Ses métamorphoses. — Analogie avec Pythagore et avec Platon. — Théologien disert et subtil métaphysicien. Il n'est pas impossible qu'il ait poussé jusqu'en Judée et en Grèce. »

LA PHILOSOPHIB DBS CHINOIS CXUI

n. CoNFuaus. — (Kong-Fu-Zeu), qui vivait environ six cents ans av. J.-C, reste toujours en grande vénération chez les Chinois. Ses livres toujours cités font autorité. Leur caractère est d^être unt philosophie morale, pratique et nullement théorique.

Par son esprit et ses préceptes cette morale semble cependant s'élever au-dessus de la morale purement utilitaire. Quelques-unes des maximes, très élevées, offrent un caractère désintéressé. Aussi quand on vient à la comparer à la morale chrétienne, ou de l'évangile, on peut être frappé d'une certaine ressemblance. Ces maximes ont aussi souvent été citées comme faisant le pendant de la morale païenne la plus pure, celle de Socrate^ de Cicéron, de Marc Aurèle, etc. Par son esprit, nous dit-on encore, elle fait contraste avec la morale vulgaire, avec celle surtout des compatriotes, tout utilitaire. La justice y est donnée avec son caractère absolu ; la charité, le dévouement, le renoncement, la loi du devoir universelle et impersonnelle, l'amour de nos semblables, la fraternité humaine y sont proclamés. La vraie sagesse y est opposée à la fausse, etc. Des conseils excellents de sagesse pratique y sont donnés pour tous les actes de la vie privée et sociale.

Certes tout cela est à admirer. On ne nous dit pas comment un code si parfait, de morale pure et désintéressée, peut s'accorder avec le caractère et les mœurs du peuple le plus intéressé, le plus égoïste qu'il y ait au monde, avec ce qui est connu de ses autres défauts ou qualités, ni pourquoi il a été si peu efficace. Ce problème, nous essayerons plus loin de le résoudre.

m. Mbncius — (Meng-Tzeu) est mis par les savants delà Chine à la place qui suit immédiatement celle de Confucius. Il a reçu le nom de Ya-'Ching, qu'on peut traduire par saint du second ordre. Son style moins sublime, moins majestueux, nous dit-on, que celui du prince des lettrés est peut-être plus pur et certainement plus élégant et plus varié. Comme tous ceux de l'école de Confucius, ses livres ont été de bonne heure étudiés et commentés. Les gloses, les notes se sont muL tipliées jusqu'à l'infini. On prendra une idée de l'immensité de ces travaux d'exégèse, en apprenant qu'un bibliographe chinois du xm« siècle comptait déjà vingt et une éditions critiques du livre de Mencius. La forme, qui est souvent celle du dialogue, la manière ingénieuse d'argumenter, le ton d'ironie, la hardiesse de la pensée, la liberté d'expression, un mélange de finesse et de vigueur l'ont fait comparer à Soerate. Un examen plus attentif ferait trouver le parallèle superficiel et signaler bien des puérilités chez ce Soerate chinois (voy. Abel Rémusat, Mél. asiat., t. n, p. 299).

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